I. Sur ce mot, voir infra, p. 170, note
kJ. Donnons, en noie toul au moins, quelques exemples de es quiproquos, el des inconvénients et dangers que peuent présenter les abréviations. On se rappelle la plaisantMie de Voltaire à l'adresse d'un de ses ennemis, Jean- 'rançois Boyer (1675-17.').')). qui, après avoir été nommé rêque de Mirepoix (aujourd'hui chef-lieu de canton du délartemenl de l'Ariège), devint, précepteur du dauphin, puis iremier aumônier de la dauphine, et membre de l'Académie rançaise, membre de l'Académie des sciences, membre de Académie des inscriptions el belles-lettres, etc., etc. Ce rèsillustre personnage avait coutume de signer « Boyer, 'anc. évéque de Mirepoix » ; et c'est uniquement grâce à ette insignifiante circonstance que son nom n'est pas lujourd'hui totalement oublié. De l'abréviation anc, Voltaire «'était amusé à faire âne : Boyer, l'Ane évèque de Mirepoix :
... Il croyait mettre l'abréviation d'ancien, et il signait -on nom toul au long ». (Voltaire, lettre à d'Alembert, • juillet 1760 : Œuvres complètes, t. VI, p. 680; Paris, édit. lu journal le Siècle, 1860.) — L'abréviation SS. (Saints) a lonné lieu, il y a moins d'un siècle, à une plaisante confusion. Sainte-Beuve conte qu'un érudit, M. de Sinner. ayant reçu les manuscrits de Leopardi (1708-1857), en publia des ■xtraits dans le Hheinisches Muséum (Bonn, 1854) : « Une faute typographique qui s'y est glissée a causé une singulière méprise, qui s'esl reproduite depuis dans l'édition de Florence (1845). M. de Sinner avait parlé d'un recueil, fait par Leopardi, des frne/men ls des SS. Pères: or, ces -Ns'. Pères -ont devenus, par un lourde main de l'imprimeur allemand, 55 Pères, et. dès lors, les plus modestes ont répété que Leopardi avait recueilli les fragments de cinquante Pères le l'Église. Il y on a un peu moins. » (Sainte-Beuve, Por- Iraits contemporains, l. IV, p. 567, note.) — De même, la succincte abréviation "2 - S., employée par un corres-
2° En revanche, typographiquement et théorique ment, la suppression de la lettre finale toute seule esl condamnée comme inutile : « les abréviations d'une lettre ne sont pas acceptées » (Emile Leclerc. op. cit.. p. 158) ; et cela se conçoit, puisque cette lettre finale est remplacée par un point, c'est-à-dire par un signe
pondant de l'Intermédiaire des chercheurs et curieux (20 juji 1007, col. 74), pour signifier Deux-Sèvres (département de.- Deux-Sèvres) : ce correspondant s'étonne — et il n'y i guère de quoi cependant — que le prote , ou plutôt le compositeur, s'obstine à traduire ce 2- S. par 2- 5. — Comnu preuve des erreurs et bévues auxquelles peuvent donner liei les abréviations exagérées, on cite la mésaventure arrivée i l'helléniste Gail (1755-1820), lorsqu'il composa l'index biblio graphique de son édition d'Anacréon. Rencontrant dans ui catalogue l'annonce d'un exemplaire des Odes de ce poète suivie de la mention e. bro., au lieu de traduire cette men tion, ainsi qu'il le fallait, par exemplaire broché, il la pri pour un nom de ville, et indiqua l'édition de cet exemplair* comme imprimée à Ébro. Cette bourde et d'autres pareilles valurent au malheureux savant des lazzis et brocards dj toutes sortes. Les critiques d'outre-Rhin lui décochèrefi l'épithète latine de socors, que de mauvais plaisants tradui sirent par sot corps, et le terrible Paul-Louis de déclarer dans une lettre à son futur beau-père, que Gail lui « parai trop sot pour .être ridicule ». (Cf. Curiosités littérairet p. 286; Paris, Paulin, 1845: petit in-8, s. n. d'aut.; —et Paul Louis Courier, lettre à M. Clavier, datée de Rome, 1< 15 octobre 1810 : Œuvres, p. 548; Paris. Didot, 1865; in-IS. — Encore une anecdote, à propos des amphibologies eau sées par les abréviations exagérées : elle m'est fournil par Décembre Alonmer, dans sou volume Typograpfa et Gens de lettres, p. 125 (Paris, Michel Lévy, 1804, in-IS «...Voyez ces prospectus de dentistes qui font précéder leoi qualité d'un grand M avec un petit n au-dessus iM : \< public lit : « Médecin-Dentiste » ; et, si fou demande l'exhi bition du diplôme, ils vous répondent fort tranquillement « C'est Mécanicien-Dentiste qu'il faut lire ».
i caractère occupant une place équivalente à celle de
lettre enlevée. Ainsi on n'écrira pas, ou plutôt on
• devrait pas écrire, pag. pour page, niais p. ; — tom.
>ur tome, mais t. ; — librair.-édit. pour libraire-éditeur,
,us lihr.-rdit. Cependant on rencontre fréquemment >s abréviations de ce genre; il en est même qui sont contestablement admises, comme loc. cit., pour loco tato, au lieu de /. cit. ou /. c. C'est que ces simples (très /. (pour loco),p. (pour page), /.(pour tome), etc. initiant insuffisantes et incompréhensibles, on a gé utile d'en laisser plusieurs à leur suite, de moins jourter le mot, et comme, ainsi qu'il va être dit, on ne iii régulièrement àa/rrêter qu'après une consonne (loc., ig., tom., etc.), seule, la voyelle finale s'est trouvée tranché» •.
3° On ne devrait jamais terminer une abréviation >rès une voyelle ; mais comment, par exemple, abréir distinctement les mots blanc et bleui Certains hraires n'hésitent donc pas à se servir, dans leurs dalogues. de l'abréviation bla., pour blanc, blanche) à îrire chi., pour chine etc. La règle, mais règle frénemmenl inobservée sans risque d'ambiguïté ni de )Hfusion, c'est « d'exprimer, dans toute abréviation, ou les consonnes qui appartiennent à la première llabe non énoncée » (Daupeley-Gouverneur, op. cit., 93); par conséquent, d'écrire: aveh. pour archives, hl. ou biblioth. pour bibliothèque, bull. pour bulletin. ■et. ou dictionn. pour dictionnaire, fasc. pour fascicule, st. pour histoire ; et non : arc. bib., but., diction., fas., s. Cependanl on rencontre couramment Ici. (au lieu ' letir.) pour lettres, lig. (au lieu de lign.) pour lignes, "\ au lieu de œuvr.) pour œuvres, elc, etc. i Encore en règle générale, il vaut mieux, dans une cution, un titre d'ouvrage, etc., qu'on veut abréger, ire supporter l'abréviation au substantif. (Cf. Emile : clerc, op. cit.. p. 150.) Ainsi on écrira : Classifw.
décimale plutôt que Classification décim. ; — Prescrip. trentenaire plutôt que Prescription trenten. ; — Pap. quadrillé plutôt que Papier quadr il. ; — Bel. monastiqui plutôt que Reliure mon. ou monast. ; — etc. La raison de cette règle, c'est que l'abréviation du substanti! se saisit généralement mieux que celle de l'adjectif. 1 n'est pas douteux que Hel. monastique ne soit plus clair que Reliure mon. ou même Reliure monast. Mai» si c'était l'inverse qui dût se produire, on n'hési terait pas à faire supporter l'abréviation par un autn mot, à écrire, par exemple, Miscellanées bibliogr., d< préférence à Mise, ou Miscell. bibliographiques, parc que l'abréviation Mise, ou Miscell. est moins claire qu l'abréviation bibliogr. Donc, et pour mettre la règl susdite au point, la rendre plus exacte et plus précise « c'est le mot qui, sous sa forme abrégée, reste le plu facile à comprendre, — mot qui est très souvent 1 substantif, — qui doit supporter l'abréviation ». L'es sentiel, encore une fois, est d'épargner le plus possibl au lecteur toute hésitation et toute peine, et de se fair promptement et parfaitement comprendre.
5° Enfin, et contrairement aux procédés suivis dan les anciens manuscrits et les premiers livres, il cor vient, dans les textes ordinaires, d'user des abréviation le moins possible. Non seulement elles sont une caus fréquente d'indécisions et d'embarras, voire d'erreurs mais encore elles nuisent presque toujours au bo aspect typographique. Ce n'est que dans les notes t dans les ouvrages spéciaux : dictionnaires, grammaire.1 manuels, catalogues, répertoires, annuaires, guide vade-mecum.etc. qu'elles peuvent être employées ave plus ou moins do réserve, el sont couramment admises
1. Voir une liste d'initiales abréviatives, de siglcs, du V Intermédiaire des chercheurs cl curieux, 20 août 1907, <\<
•il i '«-'207.
acier (gravure sur a : gravure
sur acier); adresse (let.av.a.:
lettre avec adresse); an, anmV :
autographe (1. a. : lettre autographe) ; autographié, e ; avant (a. J.-C. : avant Jésus- Christ); avec (let. a. s. : lettre avec signature); azuré, s (f. a. :
fers azurés).