MicnELET,.Uo/iJowrn«/j 1820-1825, pp
Ions rinterroger.... Où donc trouver des amis véritables? Dans les livres. Là sont des gens qui ont souffert et qui ont raconté ce qu'ils ont souffert, des amis qui ont vécu souvent plusieurs siècles avant nous, mais qui nous consolent, parce qu'ils viennent mêler leurs souffrances à la nôtre \... »
l. De Véducatioa qu'on se donne à soi-même, conférence publiée par la Revue des Cours littéraires, t. III, 24 mars 18C6, pp. 281-288. Voir aussi d'Edouard Laboulaye une conférence sur les Bibliothèques populaires, eod. loc., 50 décembre 1865, pp. 85-88: la Manie des livres, à projws d'un catalogue (du catalogue de la bibliothèque du trop fameux Libri), dans les Études morales et politiques, par É. Laboulaye, pp. 551-572 (Paris, Charpentier, 1871; 5<= édit); et Sur un catalogue, eod. loc, pp. 575-58(j. Cf. encore les considérations suivantes, empruntées à A.-L.-A. Fée (1789-1874) (Voyage autour de ma hibliothèque, pp. 1-2; Paris, Berger-Levrault, 1856) : « Les livres sont des amis, a-t-on dit, et personne plus que moi n'est disposé à les qualifier ainsi; j'ajouterai môme que, parmi ces amis, il en est vers lesquels on se sent attiré par des sympathies si nombreuses qu'on serait tenté de voir en eux des parents dignes de tout notre respect et de tout notre amour. Une bibliothèque qui les réunit tous devient une sorte d'assemblée de famille, à laquelle on peut demander des conseils ou des consolations. Écoutez-les parler, les uns avec enjouement, les autres avec gravité; tous vous diront, en bons termes, ce qu'il faudrait que vous fissiez pour être sage et heureux. Ils vous instruisent en vous récréant, et, sans se lasser jamais, répandent sur vous des trésors inappréciables de douce morale et de saine philosophie; ceux même qui ne peuvent vous convaincre font entendre à votre oreille des sons harmonieux, dont les combinaisons savantes vous émeuvent comme le ferait une musique délicieuse. Ainsi rassemblés, ces auteurs forment une société choisie, composée des gens que vous aimez le mieux. Discrets et spirituels, ils parlent quand on le désire, se taisent quand on le veut: jamais incommodes et tou-
El le moraliste américain William-IIenry Ciian- MNG (1810-1884) :
« C'est surtout par les livres que nous jouissons du commerce des esprits supérieurs, et cet inappréciable moyen de communication est à la portée de tout le monde. Dans les plus beaux livres, les grands hommes nous parlent, nous donnent leurs plus précieuses pensées et versent leur âme dans la nôtre. Remercions Dieu des livres ! Ils sont la voix de ceux qui sont loin et de ceux qui sont morts; ils nous l'ont les héritiers de la vie intellectuelle des siècles écoulés. Les livres sont les vrais niveleurs.... Qu'importe ma pauvreté? Qu'importe que les heureux du siècle dédaignent d'entrer dans mon obscure demeure? Si la sainte Ecriture entre et séjourne sous mon toit, si Milton passe mon seuil pour me chanter le Paradis, Shakespeare pour m'ouvrir les mondes de l'imagination et les secrets du cceur humain, Franklin pour m'enrichir de sa sagesse pratique, je ne manquerai pas d'amis intellectuels... *. »
jours complaisants. Plusieurs d'entre eux se sont fait connaître à vous dès votre entrée dans la vie; les autres seulement à la maturité de Tàgc, ou même dans la vieillesse. C.eux-ci vous ont laissé passer sur la terre sans rien perdre de leur éternelle jeunesse; ceux-là vous permettent de deviner que le temps a marché pour eux, comme il a marché pour vous. Ce sont ces changements que je veux essayer de constater.... >•
1. CuANNiNG (W.-II), a/j. Fertiaui.t, ic!i Amoureux du livra, p. 188.
Dans son autobiographie, Ma Vocation\ Ferdinand Fabre (1827-1898), un romancier dont le talent d'observateur et d'écrivain méritait plus de gloire et de succès, fait l'aveu suivant : « Les livres m'ont toujours fort troublé; dès mon enfance... j'ai eu pour les livres je ne sais quel respect profond, quelle attention émue. Je me suis dit souvent depuis : « C'est dans les livres que l'homme a caché ce qu'il « a de plus noble, de plus haut, de plus vertueux, « de plus vaillant.... »
« J'aime mes livres comme je les aimais à vingt ans, nous dit Tenait de Latour (1779-1862), dans ses Mémoires d'un bibliophile^; je les aime peut-être même avec plus d'ardeur, car, tout bien considéré, je les connais mieux, et il n'arrive point, dans l'amour des livres, ce qui arrive, hélas ! trop souvent dans Tautre amour, savoir que, lorsqu'on est parvenu à bien connaître l'objet de sa flamme, on est tenté de laimer un peu moins.... Parmi les goûts si divers que la Providence a départis aux humains, l'amour des livres est celui qui, après avoir donné, pendant la prospérité, les plus grandes, les plus véritables jouissances, ménage, pour toutes les peines de la vie, les plus douces, les plus pures, les plus durables consolations. »
C'est ce qu'a également éprouvé et ce que nous