J.-N.-M. DE GuERLE, Recherches sur le Satyricon. Œuvres
La reine Christine de Suède (1626-1689) professait le même culte pour le même Pétrone, « qu'elle mettait au-dessus de tous les auteurs latins », nous apprend un de ses familiersS et pour Martial, « qu'à l'âge de vingt-trois ans elle savait tout entier par cœur* », ce qui, soit dit en passant, révèle de singulières dispositions chez une jeune personnel Ajou-
complètes de Pétrone, trad. Panckoucke, p. xxvii. (Paris, Garnier, 1876.)
1. Ap. Adolphe Retté. la Revue [ancienne Revue des Revues), 1" octobre 1904, p. 549.
2. Gui Patin, ap. Adolphe Retté, ibid.; et Peignot. op. cit., t. I, p. 131.
5. Pétrone et Martial, qui ont si amplement et complaisamment décrit les amours hors nature et toutes les immondes puassions de la Rome vieillissante, peuvent être considérés comme les deux écrivains latins « qui bravent le plus l'honnêteté ». Les dispositions de la jeune Christine ne se démentirent d'ailleurs pas, et il n'y a aucun doute sur la facilité et la Ucence de ses mœurs. Elle était, nous conte et nous démontre la Princesse Palatine (voir sa lettre du 10 novembre 1719 : Correspondance, t. II, pp. 185-186; Paris. Charpentier, 1869), « livrée à tous les genres de débauche ». Quant à ses lectures préférées, l'anecdote suivante révèle une fois de plus la liberté de goûts et d'allure de cette souveraine. <■ Saumaise étant à Stockholm, et au lit, malade de la goutte, lisait pour se désennuyer le Moyen de parvenir; la reine Christine entre brusquement chez lui sans se faire annoncer : il n'a que le temps de cacher sous sa couverture le petit livre honteux {perfacetum quidem, ai subturpiculum libellum). Mais Christine, qui voit tout, l'a vu; elle va prendre hardiment le livre jusque sous le drap, et, l'ouvrant, se met à le parcourir de Tœil avec sourire; puis, appelant la belle de Sparre, sa fille d'honneur favorite, elle la force de lui lire tout haut certains endroits qu'elle lui indique, et qui couvrent ce noble et jeune front d'embarras
tons, comme coiTcctif, (lu'ollc faisait aussi un ras particulier de Catulle, de Sénèquc le Tragique et de Lucain ^ et qu'elle ne se lassait pas de lire Pascal. « Vous êtes, écrivait-elle à l'auteur des Provinciales'^, le précepteur du genre humain et le flambeau du monde ; je lis vos ouvrages, je les médite sans cesse, et je sens que mon esprit se réveille, se fortifie et s'anime avec une telle nourriture.... »
Ménage (16i5-160ii) regardait Plutarque comme l'auteur le plus essentiel; il disait, ainsi que Théodore Gaza^ : « Si tous mes livres étaient au feu, et que je n'en pusse sauver qu'un, ce serait Plutarque ».
Antoine Arnauld, le grand Arnauld (1612-1694), aimait passionnément Cicéron, et il estimait, avec son coreligionnaire Claude Lancelot\ « que lui seul doit tenir lieu de beaucoup d'auteurs, et entretenir agréablement ceux qui aiment les Belles-Lettres durant toute leur vie^ ».
et de rougeur, aux grands éclats de rire de tous les assistants. Huet tenait l'histoire de la bouche de Saumaise, et il la raconte en ses mémoires. » (Sainte-Beuve, Tableau de la poésie française au xvi" siècle, p. 272, n. 3. Paris, Charpentier, 1869.)