Cf. Peignot, op. cit., t. I, p
4. Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. lîl, pp. 40 et 452.
Louis DE LoNGUERUE, savant critique (1652-1723), estimait si peu les poètes, qu'à sa mort on n'en trouva pas un seul dans sa bibliothèque. Il les considérait comme des écrivains frivoles, qui n'apprennent rien : quand on a quelque chose à dire, on le dit en prose*. L'abbé de Longuerue avait cependant lu beaucoup de poèmes, el, dans une conversation qu'il eut un jour avec Louis Racine, il passa en revue les principaux poètes, et dit son fait à chacun. Il népargna que l'Arioste : « Pour ce fou-là, il m'a quelquefois amusé ». Cette antipathie pour les vers et pour les poètes se retrouve chez d'autres grands écrivains, chez Pascal, par exemple-. Duclos, quand
L '• Pour écrire en prose, il faut absolument avoir quelque chose à dire. Pour écrire en vers, ce n'est pas indispensable. " (Mme AcKERMAXx, Pensées (Vune solitaire, p. 26.) « La poésie est un mensonge. Les gens qui veulent dire nettement leur pensée la disent en prose. >< (Louis Ulb.xch, lu Confession cVun abbé, p. 80.)
2. (\{. Pensées, \vl. VII, § 25 {Œuvres complètes, t. I, p. 289; Paris, Hachette. 1860; in-18): « On ne sait pas en quoi consiste l'agrément, qui est l'objet de la poésie. » Etc. Parmi les déprédateurs de la rime et des vers, on cite encore Malebranche, La Motte et l'abbé Prévost.... Stendhal en voulait particulièrement au vers alexandrin, qu'il prétendait n'être souvent qu'un cache-sottise, et comparait « à une paire do pincettes brillantes et dorées, mais droites et roides -. (S-\inte-Bei VE, Portraits contemporains, t. II, p. 178, n. 1: Causeries du lundi, t. IX, p. 317; et Tableau de la poésie frauraise au xvF siècle, p. 61, n. 2 (Paris, Charpentier, 186!>i. «... Malgré son essai de tragédie en vers de Cromv:ell, malgré les deux fragments versifiés reproduits dans ses Œuvres complètes, H. de Balzac affirmait n'avoir jamais pu assouplir ^a plume à écrire de ces phrases en lignes inégales, termi-
il rencontrait quelques passages poétiques très remarquables, disait : « Cela est beau comme de la prose' ».
L'académicien Claude-F'ranrois FnACiuiKH (lOOr)- I7'2H) aimait passionnémeni Homère. La première l'ois qu'il le lut, il souligna au crayon les passages qui le frappaient le plus; la seconde fois, il fut surpris de retrouver des beautés qu'il n'avait pas aperçues d'abord, il les souligna encore. A la Iroisième lecture, nouveaux passages admirés qui semblaient lui reprocher une injuste préférence dans les deux premières lectures. Il en fut de même à la qua- Irième et à la cinquième, de sorte qu'à la sixième le livre se Irouva presque souligné d'un boni à Tau Ire-.
lires chacune par une assonanco. Il avait poul-ètro, sur la vorsification, les mêmes idées que Stendhal, lequel disait. »|u'un limeur lui faisait l'efîet d'un homme qui, ayant rusacje (le ses deux jambes, s'astreindrait à marcher à clochepied. » (Julien Lemer, Balzac, fta rie, son minore, p. 247. Paris, Sauvaitre, 1892.)
1. « Ce mot de Duclos fait tout à fait contraste avec celui • le Voltaire, qui est si connu : « Entrez, entrez, monsieur, je ne fais que de la vile prose >• ; et avec cet autre de l'abbc Delille, à qui M. Walckenaer faisait observer qu'un de ses beaux vers du poème de V Imaginât Ion était pris mot à mot dans la belle prose des Éludes de la nature de Bernardin de Saint-Pierre : « Ce qui n'a été dit qu'en prose n'a jamais été dit ». (Peigxot, op. cit., t. 1, p. 200, n. 1.)
2. A propos d'Homère, rappelons ce mot célèbre Lorsque j'ai lu Homère, j'ai cru avoir vingt pieds de haut, •
disait le sculpteur Bouchardon. (i4p. Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. Épopée: t. I, p. r»4G: Paris, édit. du jour-
L'évêque de Rochester Atterbury (1662-1752) savait par cœur tous les bons auteurs du siècle d'Auguste, mais il donnait lô préférence à Virgile. Parmi nos livres, ceux qu'il estimait le plus étaient les Essais de Montaigne, les Pensées de Pascal, YHistoire universelle de Bossuet, le Télémaque de Fénelon; puis Rollin, La Fontaine, Boileau, Jean- Baptiste Rousseau, Molière et Racine.
Le maréchal de Villars (1655-1754) aimait tant les poésies d'Horace qu'il en avait toujours un exemplaire dans sa poche *.
Le maréchal et vice-amiral d'Estrées (1660-1757) partageait ce culte pour Horace, et emportait toujours avec lui, dans ses voyages sur mer, les œuvres de ce poète.
Jean-Baptiste Rousseau (1671-1740), passant en
revue, dans son épître à Clément Marot, les poètes
latins qu'il faut, avant tous autres,
consulter, Lire, relire, apprendre, méditer,
nomme Virgile, Ovide, Horace, Catulle et Tibulle. RoLLiN (1661-1741) se sentait le plus ' vif attrait
nal le Siècle, 1867.) Voici textuellement le propos naïf de Bouchardon : « Il y a quelques jours qu'il m'est tombé « entre les mains un vieux livre français que je ne connais- « sais point; cela s'appelle l'Iliade d'Homère. Depuis que " j'ai lu ce livre-là, les hommes ont quinze pieds (de haut) « pour moi, et je ne dors plus. » (Note de Georges Avenel. rip. Voltaire, ibid.).