‹ Le livre (volume 3)Chapitre 123 sur 163 · Ap. Sainte-Beuve, op. cit., t. I. p · texte numérisé non relu

Ap. Sainte-Beuve, op. cit., t. I. p

PREDILECTIONS PARTICULIERES. 247

fie mi^me du poète allemand Wieland (1753-1815) : le dernier livre lu lui semblait le plus beau ; ce qui taisait dire à Gœthe' : « Tûchons de ne pas ressembler à Wieland... et gardons-nous de sa délicate mobilité, par suite de laquelle la dernière chose qu'il lisait etïaçait pour ainsi dire tout ce qui avait précédé ».

BoiLEAU (1056-1711) plaçait en première ligne Homère; puis venait Térence. Il donnait le pas aux anciens sur les modernes, à l'exception d'un seul auteur, Pascal, qu'il mettait à côté des plus grands. « Mon Père, disait Boileau au Père Bouhours, lisons les Letirex provinciales^ et, croyez-moi, ne lisons pas d'autres livres. » Le jésuite Bouhours ne devait pas être tout à fait de l'avis de Boileau-,

Malebranche (165S-1715), ayant lu par hasard le Traité de V homme de Descartes, en fut vivement frappé, aussi vivement que La Fontaine des vers de Malherbe; il abandonna toute autre étude pour la philosophie de Descartes, et consacra le reste de ses jours à la métaphysique"'.

1. Conversa liunyi icciwillies! par Hckennann, l. II. p. ô'IiK '2. Je rappelle que les délails et les citation.s sans indicalions de sources proviennent de Vfagnot, Manuel du bihlio- ,>lnle, t. I, pp. 29-415.

.". Notons que le célèbre phdosophe oratorien n'avait, en levanche, aucun goût pour l'histoiie et la tenait en très piètre estime. « ... Presque toutes les anciennes histoires ne <ont guère que des contes. Malebranche, à cet égard, avait i-.-iison tic dire «lu'il ne faisait pas plus de cas de l'histoirp

2(à8 LE LIVRE.

Leibmtz^ (1646-1716) faisait, dit-on, consister toute sa bibliothèque dans les œuvres de Platon, d'Aristote, de Plutarque, de Sextus Empirions ^ d'Euclide,

([ue des nouvelles de son quartier. » (Voltaire, DicAionnaire philosophique, art. Ana, Anecdotes; t. I, p. 97. Paris, édit. du Siècle, 1867.) Voltaire disait, lui {op. cit., art. Donation; t. I, p. 506) : « L'histoire n'est autre chose que la li^te de ceux qui se sont accommodés du bien d'autrui ». Nous verrons plus loin (p. 265) Mme du Deffand nous dire que " tout ce qui est histoire d'une nation me paraît un recueil de gazettes, que les auteurs arrangent pour autoriser leurs systèmes et faire briller leur esprit ». « .... Si l'on ment de la sorte pour des choses qui se sont passées devant votre nez, que faut-il croire de ce qui est loin de nous et de ce qui est survenu il y a bien des années ? Je crois que les histoires, excepté ce qui regarde la sainte Écriture, sont aussi fausses que les romans ; la seule différence, c'est que ces derniers sont plus amusants. >- (Madame, duchesse d'ORLÉANS, princesse Palatine, lettre du 51 mars 1718, Correspondance, t. I, p. 589. trad. G. Brunet. Paris, Charpentier, 1869.) Le traducteur de cette correspondance ajoute en note à cet endroit : « L'idée que Madame indique ici a été développée avec quelque érudition dans un ouvrage de l'abbé Lancelloti : FaYfalloni degli antichi hislorici, Venetia, 1756 (1656). Ce livre a été traduit par J. Oliva et a paru en 1770 : Les Impostures de Vhistoire ancienne et profane, 2 vol. in-12. L'auteur a réuni, pour en montrer l'absurdité, toutes les fables, tous les farfalloni racontés par les historiens, tel que l'emploi du vinaigre dont Annibal fit usage pour faire fondre les rochers des Alpes, et la perle qu'avala Cléopàtre. ••

1. La véritable orthographe, conforme à la signature, est Leirniz. •' Les lettres autographes qui nous restent de ce génie incomparable sont toutes signées Leibniz. » (Hœfer. Nouvelle Biographie.) Cf. aussi Michaud, Biographieuniverselle; Lat{Oi:s,se, Grand Dictionnaire; la Grande Encyclopédie; etc.

2. Sextus Empiricus, philosophe, astronome et savant médecin grec, originaire de Mitylène (fin du ir siècle), ainsi surnommé parce qu'il avait adopté l'empirisme en méde-

d'Archimède, do Pliiio (rAncicn), do Cicéron et de Sénèque (le Philosophe?) *. Jeune, lorsqu'il étudiait les langues anciennes, il donnait la préférence à Tite-Live et à Virgile, et, dans sa vieillesse, il pouvait encore réciter Virgile presque tout entier mot pour mot-.

GuARLES XII, roi de Suède (i()8'2-1718), avait pour Quinte-Gurce une prédilection particulière, due à son vif désir de ressembler au héros de cet historien. ^

Le célèbre marin et ingénieur militaire Renau d'Éliçagaray, dit Petit-Renau (1652-1710), collaborateur et ami de Vauban, manifestait, paraît-il, une aversion prononcée pour tous les livres, à l'exception d'un seul, la Recherche de la vérité, de Malebranche ^.

L'érudit Pierre-Daniel Huet, évêque de Soissons, puis d'Avranches ( 1650-1721), nous apprend « qu'il avait coutume, — dans sa jeunesse tout au moins, — chaque printemps, de relire Théocrite sous l'ombrage renaissant des bois, au bord d'un ruisseau et au chant du rossignol^ ».

cine. Il a été l'apologiste du scepticisme, qui, selon lui, devait conduire au repos de l'àme et à un équilibre parfait de la raison. (Cf. Eugène Talbot, Histoire de la littérature grecque, p. 5'21.)

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