‹ Le livre (volume 3)Chapitre 21 sur 163 · Id., VI · texte numérisé non relu

Id., VI

l'amour des livres et de la lecture. 31

« Ces prtils fails cl quelques autros que nous trouvons dans Plino ne sont pas dénature à prouver qu'il y eût à Romo un ^rand zèle pour les lectures publiques, surtout dans la classe des auditeurs : on y assistait par habitude, tout en maugréant coiitre l'usage, comme beaucoup de personnes chez nous s'astreignent aux visites du !'' janvier, tout en appelant de leurs vœux l'abolition de cette assujettissante coutume. Parmi les invités, les uns ne venaient pas du loul, les autres faisaient un acte de complaisance forcée, et regardaient comme du temps perdu celui qu'ils passaient à écouter une lecture; aussi ne se piquaienl-ils pas d'une grande exactitude. Ils musaient longtemps à la porte de l'auditoire, faisaient demander si le lecteur était arrivé, s'il avait débité sa préface, si son livre avançait. Alors seulement ils entraient,' lentement et les uns après les autres. Ils s'asseyaient; mais, du reste, pas d'attention, pas un mot d'encouragement, pas un geste d'approbation, et, comme nous l'avons vu, ils saisissaient toutes les circonstances qui pouvaient faire diversion à l'ennui du récit. La plupart même quittaient la séance avant la fin, les uns en dissimulant autant que possible leur sortie, les autres ouvertement et sans géne^ Cette indifférence ne refroidissait pas le zèle des auteurs, et chacun des jours des mois d'avril, de juillet et d'août, spé- 1. Cf. Pline le Jeune. 1.15: VL 17

cialement consacrés sans doute à ces solennités, était marqué par une lecture publique'.

« Les plus mauvais écrivains n'étaient pas les moins zélés.... Pour ces récitateurs fanatiques, tous les endroits étaient bons : dans des thermes publics, au milieu du forum, ils étaient tout aussi à Taise que dans leur propre maison ^ Martial a personnifié, sous le nom d'un certain Ligurinus, cette malheureuse manie de récitation qui faisait de chaque petit poète un fléau pour ceux qui l'approchaient^. »

Nous avons déjà entrevu tout à l'heure ce Ligurinus, que Martial menaçait de « laisser souper seul* ». Voici encore deux des épigrammes qu'il lui décoche :

« Veux-tu savoir pourquoi personne n'aime à te rencontrer, pourquoi l'on se sauve dès qu'on t'aperçoit, pourquoi, Ligurinus, autour de toi règne une vaste solitude? Tu es trop poète. C'est un bien dangereux défaut. La tigresse furieuse de l'enlèvement de ses petits, la vipère que brûle le soleil de midi, le scorpion malfaisant, sont moins à craindre

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