XI,' 5. Cf. suprciy p. 50, note
l'amour des livres et I)k la lecture. 39
\('l Auguste dans la pcr-soiiue de Nerva. D'où vicnl, .suivant Juvénal, la détresse des gens de lettres? C'est (]ue Rome n'a plus des Mécène, desProculeius, des P'abius, des Lentulus, des (^otta*. *
On sait quelle sollicitude l'empereur Auguste témoigna aux lettres et aux gens de lettres, que de marques de faveur reçurent de lui Virgile et Horace, entre autres. Ses bienfaits se répandaient même sur il'obscurs écrivains, et Macrobe raconte à ce sujet cette curieuse anecdote^ : Un pauvre poète grec avait l'habitude d'attendre l'empereur à' la porte de son palais, et de lui remettre chaque fois une courlc pièce de vers célébrant ses louanges. Fatigué de ce manège, dont il faisait probablement semblant de ne pas comprendre le but, l'empereur prit un jour un morceau de papier et y traça quelques vers, qu'il remit au Grec en échange des siens. Le Grec, aussitôt après les avoir lus, de s'exclamer sur leur grâce, leur élégance, leur perfection, de les louer avec le plus chaleureux enthousiasme ; puis de tirer bien vite sa bourse, et de présenter à l'empereur deux oboles : « Si j'avais plus, je donnerais davantage ».
1. (^uis libi Mœceiias? quis nunc eril aut Proculeius. Aul Fabius, quis Colla iteium, quis Lentulus aller.' Tune paringenio preliuni...
■ OÙ sont les Mécène, les Fabius? où trouver un Cotta? un ultre Lentulus? Alors les dons égalaient le génie » (Juvénal, VII, trad. Dusaulx, p. ">54. Paris, Lefèvre, 1845.)
2. Ap. Juvénal, trad. Dusaulx, p. 5i7, note 10: et Géraud, op. cit., p. 198.
Cette fois Auguste fut bien forcé de saisir l'apologue ; il trouva d'ailleurs la farce bonne, sourit, et fit compter au rusé poète cent mille sesterces (environ 25 000 francs).
« Les successeurs d'Auguste suivirent son exemple et récompensèrent les hommes de lettres tantôt par des honneurs, tantôt par des présents. Domitien enrichit Ouintilien et paya généreusement les flatteries de Martial; Trajan combla défaveurs Pline le Jeune, et Vespasien donna en une seule fois à Saleius cinq cent mille sesterces (125000 francs). Tacite, qui rapporte ce dernier trait*, ajoute : « Il est « beau sans doute de mériter, par ses talents, les « libéralités du prince; mais combien n'est-il pas « plus beau encore, si notre fortune nous impose « des besoins, de ne recourir qu'à soi, de n'implorer « que son génie, de n'avoir que soi pour bienfai- « leur! » « Sans les libéralités des empereurs, les « poètes n'auraient eu, dit JuvénaP, d'autre parti à
1. Dialogue Sur les orateurs, ix, p. 400. Au lieu de 125 000 francs. Bureau de Lamalle donne, en notq, 97 265 francs, comme représentant la valeur actuelle de 500000 sesterces.
2. El spes et ratio sludiorum in Ctesare tanlum : Solus enim tristes hac lempestale Camenas. Respexit, quum jani célèbres notique poelae Baliieolum Gabiis, Romse conducere furnos Tentèrent....
«< Les lettres n'ont plus que César qui les soutienne et les anime; lui seul, dans ce siècle ingrat, a rassuré les Muses éperdues, lorsque déjà nos poètes les plus célèbres vou-
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« prendre que de se l'aire garçons de bains, milrons, « crieurs publics, délaleurs ou faux témoins. » « Ils n'auraient certainement pas été réduits à une aussi triste condition, s'ils avaient pu vendre leurs manuscrits aux libraires, et partager avec ces derniers les bénéfices de la publication des ouvrages en vogue. Mais ridée même d'une spéculation pareille n'existait pas à Rome; car, dans l'état de détresse où étaient les littérateurs, leur verve satirique, qui s'exerçait sans gène contre la lésinerie des grands, n'aurait pas épargné l'avarice des libraires'. »
Revenons aux bibliothèques romaines.
Comme nous l'avons vu tout à l'heure dans une épigramme de Martial, et comme nous le voyons aussi dans Suétone ^ les bibliothèques publiques étaient d'ordinaire, chez les Romains, installées à proximité des temples ou sous les portiques de ces édifices. Telle était la bibliothèque publique — la première que Rome ait possédée — fondée par Asinius PoUion, et établie dans un temple de la Liberté; la bibliothèque Palatine construite par Auguste (05 av. J.-G. — 14 ap. J.-C.) dans son palais môme,
laient se mettre dans Gabies aux gages d'un baigneur, à ceux d'un boulanger de Rome.... •• (Juvénal, VII, vers 1 et s., trad. Dusaulx, p. 529.)