‹ Le livre (volume 3)Chapitre 25 sur 163 · Non urbana mea tantum Pimpleide gaudent · texte numérisé non relu

Non urbana mea tantum Pimpleide gaudent

Olia, nec vacuis auribus ista damus; Sed meus in Geticis ad Martia signa pruinis

A rigido teritur centurione liber.

Dicitur et nostros cantare Britannia versus.

Quid prodest? nescit sacculus ista meus. At quam victuras poteramus pangere chartas,

Quantaque Pieria prfelia flare tuba; Quum pia leddiderint Augustum numina terris,

Et Maîcenatem si mihi Roma daretî

« Ce n'est pas seulement aux citadins oisifs que plaît ma muse; je n'écris pas pour les seuls badauds : je suis In parle sévère centurion qui combat chez les Gètes, sous un climat glacé ; on dit même que les Bretons chantent mes vers. Mais à quoi bon? mon escarcelle ne se ressent pas de ma vogue. Et pourtant, moi aussi, je pourrais écrire des pages immortelles; je pourrais emboucher le clairon des combats, si les dieux rendaient au monde un Auguste, si Rome me donnaitun Mécène! ■> (Martial, XI, ", trad. Nisard, p. 505.)

t?es plaintes l'réquenlcs sur la pénurie de ses finances, ni Juvénal, dans la satire sur la misère des gens de lettres', ne songent à accuser les libraires. Dans les relations de ces derniers avec les auteurs, la part de chacun était faite : au libraire l'argent, à l'écrivain la gloire. Ce partage est clairement exprimé dans ces vers de VArl poétique d'Horace :

Onino tulil i)nncluni, qui miscuiL ulilo dulci, Lectorem delectando, pariteique moricrido. Hic ineret œra liber Sosiis : hic et mare transit, Et longum nolo scriptori prorogat anum *.

« El Tacite, dans son Dialogue sur les orateurs^ : « Les vers, dit-il, ne conduisent point aux honneurs, « ils ne mènent point à la fortune; tout leur fruit « se borne à un plaisir court, à des louanges frivoles « et stériles. » « Et plus bas^ : « La renommée, à

L Satire VIIL

2. « Pour enlever tous les suffrages, mêlez l'utile à l'agréable; amusez en instruisant. Voilà l'ouvrage qui fait la fortune des Sosie (du libraire); l'ouvrage qui passe même au delà des mers, et fait vivre l'auteur dans la postérité. » (Art poétique^ vers 545-546, trad. Panckoucke, p. 5G1. (Paris, Garnicr, 188G.) « Les vers d'Horace ont immortalisé le nom des Sosie, dont la boutique était sur le forum de César, près des temples de Vertumne et de Jaiuis •>. (Glijaud, op. cit.y pp. 174-175.) Il a déjà été question d'eux précédemment (pp. 25-24).

5. .. Nam carmina et versus... neque dignitalem ullam auctoribus suis conciliant, neque utilitates alunt : voluptatem aulem brevem, laudem inanem et infrucluosam consequuntur. » {Dialogus de Oratoribus, ix. Tacite, édit. Bureau de Lamalle, t. HI, pp. 407-408. Paris, Lefèvre, 1846.)

4, Chap. X, p. 410.

« laquelle les poètes sacrifient tout, et qu'ils avouent « être le seul prix de leurs travaux, quod uniim esse < pretium omnis sui laboris fatentwi% n'est pas autant « le partage des poètes que des orateurs*. »

Il fallait bien vivre cependant, par conséquent, manger et solder son pain. « Mon livre n'est qu'un joyeux convive, un compagnon de plaisirs, écrit Martial-; il plaît, parce qu'on en jouit gratis. Nos anciens ne se contentaient pas de cette gloire; le moindre présent fait à Virgile fut le bel Alexis. »

« Dans les républiques grecques, dit Géraud^, les poètes chantaient les vainqueurs des jeux publics et en attendaient leur salaire; dans les royaumes, ils vendaient leur muse aux monarques qui voulaient Tacheter, et l'avarice des princes leur valait souvent d'amères satires. A Rome, les poètes spéculaient sur la vanité des empereurs et des grands. Dans la pièce de vers où Martial se plaint que sa bourse se ressente si peu de la vogue de ses livres^, que demande-t-il? des libraires plus généreux? Nullement. Il désire que les destins donnent à Rome un nouveau Mécène, comme ils lui ont envoyé un nou-

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