‹ Le livre (volume 3)Chapitre 50 sur 163 · Petit-Radel, op. cit., p · texte numérisé non relu

Petit-Radel, op. cit., p

nistrées que celles de beaucoup de monastères, et les bibliothèques, réunies à leur intention, souvent mieux composées et plus riches'. »

Charlemagne (74'2-814), qui ne négligeait rien de ce qui concernait les livres, avait accordé à Tabbé de Saint-Bertin un diplôme l'autorisant à se procurer par la chasse les peaux nécessaires pour relier les volumes de son abbaye. Les soins qu'il prenait de sa propre bibliothèque sont consignés dans une lettre de Leidrard, qui nous apprend que cet empereur avait choisi le monastère de l'île Barbe, près de Lyon, pour y placer ses livres. Il avait aussi fondé une bibliothèque au monastère de Saint-Gall '-.

Éginhard (771-844), qui, en s'excusant « de présenter un livre au lecteur », a si modestement et gracieusement inscrit dans le « prologue » de sa Vie de Vempereur Charles^ ce beau précepte de Cicéron : « Confier ses pensées à l'écriture sans être capable de les bien disposer, de les embellir ou d'y répandre un charme qui attire le lecteur, c'est abuser outre mesure de son loisir et des lettres^, » — Éginhard nous donne d'intéressants détails sur les lectures de

\. La Grande Encyclopédie, art. Bibliothèque, p. 640.

'2. Petit-Radel, op. cit.. p. 59; Lalanne, op. cit., pp. '285 et 150.

5. « ... Sed mandare quemquam literis cogilationes suas, qui eas nec disponere, nec illustrare possit, nec deleclationc aliqua allicere lectorem; hominis est, intempérante!' abutentis otio et literjs. » (Cicéron. Tusculanes, l, ô. Collecl. Nisard, t. III, p. 622.)

<{'Iui ({u'il nomme « lo plus illuslre, le plus grand dos hommes ' » : « Pendant qu'il était à table, il aimait à entendre un récit ou une lecture, et c'étaient les histoires etles hauts faits des temps passés cpron lui lisait d'ordinaire. Il prenait aussi grand plaisir aux ouvrages de saint Augustin, et principalement à celui qui a pour titre De la Cité de Dleu^. »

Dans le testament de Charlemagne, que publie Éginhard% on voit que les livres, « dont il (l'empereur) avait amassé dans sa bibliothèque une grande quantité », devaient être vendus, « et que l'argent qui en proviendrait serait distribué aux pauvres'^ ».

La correspondance d'Éginhard contient une fort

1. Prologue de la Vie de l'empereur Charles, p. xc, trad. A. Teulet.

'2. Op. cit., p. Ô4.

"t. Op. rit., p. 46.

4. Une note du traducteur Alexandre Teulet ajoute ici : " On n'a pas d'autres renseignements sur cette nombreuse bibliothèque réunie par Charlemagne. Cependant il est probable que, malgré la faculté qu'il laissa dans son testament, elle ne fut pas entièrement dispersée après sa mort, puisque nous retrouvons à la fin du ix- siècle une bibliothèque du Palais {libri in thesauro), dont Charles le Chauve, par le chapitre xn du capitulaire daté de Ouierzy le i" juillet 877 (dans Baluze, II, 264), ordonne le j^artagc entre son fils^ l'abbaye de Saint-Denis et l'abbaye de Sainte-Marie de Coml)iègne. Au reste, il semble que le goût des livres ait <Hé héréditaire chez les Carlovingiens ; car la bibliothèque que Charlemagne augmenta sans doute de beaucoup avait été commencée par son père, Pépin le Bref, comme cela résulte de la lettre écrite à ce prince par le pape Paul I" en 758 : Direximits etiam.... ■•

belle lettre, adressée à son ami Loup de Ferrières, et relative aux lectures qu'il fait pour se consoler de la mort de sa femme : « ... J'y serais tombé (dans le désespoir), si, avec Taideel le soutien de la divine miséricorde, je ne m'étais aussitôt appliqué à rechercher quelle conduite, dans des peines et des malheurs semblables, des hommes plus grands et meilleurs que moi avaient su tenir et consacrer par leur noble exemple. J'avais sous la main les ouvrages de docteurs distingués, que, loin de négliger, nous devons écouler et suivre en toutes choses. C'étaient le glorieux martyr Cyprien et ces illustres interprétateurs des Écritures divines et sacrées, Augustin et Jérôme. Ranimé par leurs pensées et par leurs salutaires exhortations, je me suis efforcé de relever mon cœur abattu sous le poids du chagrin, et je me suis mis à réfléchir attentivement en moi-même sur les sentiments que je devais éprouver en voyant sortir de ce monde une compagne chérie, qui, en eftct, avait cessé d'être mortelle plutôt qu'elle n'avait cessé de vivre.... Je le pense, — et en le disant je ne crains pas de me tromper, — la douleur et les tourments que m'a causés la perte de ma chère épouse dureront autant que moi et ne cesseront qu'au moment où arrivera le terme fatal des jours que Dieu voudra m'accorder pour cette vie passagère et misérable*.... »

L Éginhard, Œuvres, Lettres, pp. 257-259.

L<* llu'ologion givc; et patriarche de Conslanliiiople FiiOTius (815-SOl), «lont l'ambilion provoqua le sehisme qui sépare rKf>iise grecque de l'Eglise romaine, était aussi un ti'ès l'ervent amateur de livres. Il possédait une riche bibliothèque, dont il avait dressé lui-même un catalogue contenant non seulement des analyses détaillées, mais des extraits de ses livres, catalogue d'autant plus précieux pour MOUS, que beaucouj) de ces ouvrages, [)rès de cin({ cent;?, ont disparu, et ne nous sont aujourd'hui connus (jue par les appréciai ions cl les citations de Photius^

Le savant moine d'Aurillac Gerbekt, qui devint pape, en 999, sous le nom de Sylvestre II, avait réussi, à forcé de peines et de soins, à se l'ornier une nombreuse bibliothèque. Dans sa correspondance, depuis son avènement à la papauté, il est sans cesse (juestion de livres et des sommes d'argent qu'il destine à rechercher et acquérir des manuscrits dans toute l'Italie, l'Allemagne et la Belgique, et aussi des copies à faire et des corrections de textes à ell'eciuer^.

« Deux obstacles principaux empêchaient, à celte époque, au x*' siècle, constate très justement Petil- Radel". les livres de dev(Miir communs et d'accélé-

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