Lalanne, op. cit., pp. 227 et iOL
cla Imola, nous rend compte d'ime visite faite par l'auteur du Décam&ron à l'abbaye du Mont-Cassin : « Mon vénérable maître, Boccace de Gertaldo, se trouvant dans la Fouille, alla visiter le noble monastère du Mont-Cassin; et, avide de voir la bibliothèque, dont il avait entendu vanter la richesse, il demanda humblement à un moine (car il était très doux de son naturel) qu'il voulût bien avoir la complaisance de lui ouvrir la bibliothèque. Mais celui-ci lui répondit avec humeur en lui montrant une échelle très haute : « Montez, car elle est ouverte ». Boccace monta joyeusement, et trouva le local, où était un si précieux trésor, sans clef ni porte; et, étant entré, il s'aperçut que les herbes poussaient aux fenêtres, et que, livres et bancs, tout était couvert d'une épaisse poussière. Alors, tout en s'étonnant de pareilles choses, il commença à ouvrir un livre, puis un autre, et y trouva une infinité d'ouvrages anciens et étrangers. Aux uns, il manquait des cahiers, aux autres on avait coupé les marges; la plupart étaient mutilés de diverses manières. Enfin Boccace, gémissant de voir que les travaux et les fruits des études de tant d'illustres génies étaient tombés entre les mains de tels hommes, s'éloigna, le cœur dolent et les yeux pleins de larmes. Puis, en parcourant le cloître, il demanda à un moine qu'il rencontra pourquoi ces livres précieux étaient ainsi mutilés d'une façon si honteuse. Celui-ci lui répondit que des
moines, voulant parfois gagner deux ou cinq sous, raclaient un cahier et en faisaient des petits psautiers, qu'ils vendaient aux enfants; quant aux marges, ils en faisaient de petits livres qu'ils vendaient aux femmes. Maintenant donc, ô homme studieux! conclut l^envenuto, casse-toi la tête pour faire des livres ^ »
Suivant Texemple de saint Louis, notre roi GuARLEs V dit le Sage ou le Savant (irM7-ir)80) forma une bibliothèque ou « libr^iirie », mais avec rintenlion qu'elle ne fût pas dispersée après sa mort, et pCd servir à ses successeurs. Il donna Tordre à son valet de chambre et bibliothécaire, Gilles Malet, (le dresser le catalogue de cette collection, qui était installée dans une des tours du Louvre, — la Tour dp la Librairie, — et y occupait trois étages. « Les croisées en étaient ornées de vitres peintes, défendues par des barreaux de fer et des grillages. Les lambris étaient de bois d'Irlande et le plafond en bois de cyprès. Une lampe d'argent suspendue et trente petits chandeliers y étaient disposés pour éclairer les lecteurs ^. »
Gilles Malet, dans son catalogue, consacre à chaque salle un chapitre spécial. La « première chambre par bas » renfermait 274 manuscrits; la « chambre du milieu », 255; et la « troisième cham-