‹ Le livre (volume 3)Chapitre 67 sur 163 · Sainte-Beuve, op. cit.. t. XI, p · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, op. cit.. t. XI, p

doute pas lu plus tard; il n'en aurait eu ni le temps ni la patience, et nous n'aurions pas cette charmante lettre, la plus jolie de celles qu'il adresse à Marie de Médicis, et qui est des premiers temps de son mariage (3 septembre iGOl)^ »

La première femme de Henri IV, la reine Marguerite (1555-1615), digne petite-fille de François' T', était savante, comme tous les Valois. Elle parlait latin, aimait les vers, en faisait et s'en faisait faire par des poètes, ses amis plus que ses commensaux, et écrivait d'agréables et curieux Mémoires. « Quand

I. Voici cette lettre, telle que la donne M. de Lescure, dans son édition des Lettres cVamour cV Henri IV , pp. 198-199 (Paris, Librairie des bibliophiles, 1886), sauf l'orthographe que j'ai rajeunie ; — mais ne pas oublier l'avertissement de M. G. Lan- SON {Histoire de la littérature française, p. 545, n. 1). précisément à propos des lettres de Henri IV : « Il faut se défier des apocryphes, parfois les plus charmantes » : — « M'amie, j'attendais d'heure à heure votre lettre: je l'ai baisée en la lisant. Je vous réponds en mer, où j'ai voulu courre une bordée par le doux temps. Vive Dieu ! vous ne m'auriez rien su mander qui me fût plus agréable que la nouvelle du plaisir de lectures qui vous a pris. Plularque me sourit toujours d'une fraîche nouveauté; l'aimer, c'est m'aimer, car il a été l'instituteur de mon bas âge. Ma bonne mère, à qui je dois tout, et qui avait une affection si grande de veiller à mes bons déportements, et ne vouloir pas, ce disait-elle, voir en son fils un illustre ignorant, me mit ce livre entre les mains, encore que je ne fusse à peine plus un enfant de mamelle. Il m'a été comme ma conscience, et m'a dicté à l'oreille beaucoup de bonnes honnêtetés et maximes excellentes pour ma conduite et pour le gouvernement des affaires. Adieu, mon cœur, je vous baise cent mille fois. Ce III* septembre, à Calais. »

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clic avait commencé ch^ lii'c un livre, si loii^ (jifil rcil, elle ne le laissait ni ne s'arrêtait jamais jusqu'à ce qu'elle en eût vu la fin ; « et bien souvent en pera doit le manger et le dormir ' ».

Le chancelier François Bacon (1561-1620), l'auteur du Novum Oi'f/anunt, De la dû/nUé et de VaccroUsemenl des sciences humaines, etc., disail- que « lire, c'est converser avec les sages » ; et il a fait, sur les livres, les ingénieuses et judicieuses comparaisons suivantes : « Les bibliothèques sont comme ces châsses où se conservent et reposent les reliques de tous les vieux saints, mais, cette fois, sans tromperie et sans imposture.... Si l'invention du vaisseau qui porte d'un endroit à un aulre endroit les richesses et les agréments de la vie, qui associe les régions les plus éloignées les unes des autres dans la participation de leurs divers produits, passe pour une invention si noble, combien plus doit-on exalter les livres, qui, comme les navires, traversent les vastes mers du temps, et qui font participer les âges les plus lointains à la sagesse, aux lumières, aux découvertes les uns des autres'*. »

Le jésuite bibliographe Claude Clément, Claudius Clemens (1594-1642), auteur d'un traité sur la construction, le rangement et le fonctionnement des

L Ap. Sainte-Beuve, op. cit., t. VI, p. 189.

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