‹ Le livre (volume 3)Chapitre 69 sur 163 · Ap. Sainte-Beuve, op. cit., p · texte numérisé non relu

Ap. Sainte-Beuve, op. cit., p

l'amour des livres et de la lecture. 133

En plusieurs endroits de ses très curieuses lettres, il nous entretient de ses « débauches. », des enivrantes joies qu'il goûte dans le silence de sa bibliothèque : « ... Je ne fais guère de débauche que dans mon « étude » avec mes livres; au moins n'en fais-je point lant comme je voudrais bien (autant que j'en voudrais). Feu M. Piètre ^ qui a été un homme incomparable, tant en bonté qu'en science, disait qu'il Taisait la débauche- lorsqu'il lisait Cicéron et Sénèque, mais qu'il se réduisait aisément à son devoir avec Galien et Fernel.... Ainsi je me suis réduit dans mon « étude » depuis ce temps-là; mais on ne m'y laisse guère dans l'état paisible qu'il faudrait pour l)ien étudier'. »

Richelieu (1585-1642) aimait ses livres « plus que chose au monde », selon l'expression de Michelet* : c'est à lui qu'est due la création de la bibliothèque

i. Simon Piktre dit Piètre le Grand (1565-1618), médecin ol professeur au Collège de France, célèbre par son érudition et son élociuencc. Il était fds d'un médecin et professeur également prénommé Simon.

'2. C'est aussi le terme qu'employait en pareille circonstance le chancelier Daguesseau : « ... Les charmes des belles-lettres, qui ont été pour moi une espèce de débauche d'esprit.... » {Instructions sur les études propres à former un magistrat, II, Étude de l'histoire, p. 257. Œuvres choisies, Paris, Didot, 1871.)

5. Gui Patix, Lettres, lettre du 15 juillet 1660. (Tome II, p. 74. La Haye, Van Bulderen, 1715.)

4. Histoire de Finance, t. XIV, p. 253. (Paris, Marpon et Flammarion, 1870.)

de la Sorbonne. Rappelons aussi que, fondateur de TAcadémie française, Richelieu « ne reconnaissait au-dessous du trône qu'une dignité égale à la sienne, celle de l'écrivain et du penseur: il voulait qu'un homme du nom de Chapelain ou de Gombauld lui parlât couvert ' » .

Mazarin (1602-1661) fut de même un amateur passionné des livres. Il commença à en rassembler de bonne heure. Il en possédait déjà à Rome, dans son palais du mont Quirinal, plus de cinq mille, « conservés, nous apprend le Père Jacob ^ dans des armoires trélissées de fil doré, ciselées et dorées à surface, avec des vases, bustes et autres antiques sur le haut d'icelles ». Le même bibliographe ajoute ce très intéressant détail : Mazarin ne confiait la reliure de ses livres qu'à des ouvriers appelés exprès de Paris.

C'est au savant Gabriel Naudé, précédemment bibliothécaire de Richelieu, que Mazarin commit le soin de sa bibliothèque'', qui fut installée d'abord

l. Augustin Thierry, Essai sur Vhistoire... du Tiers État, chap. VIII, p. 212. (Paris, Furne,1868.)

2 Ap. Alfred Franklin, op. cit., Collège Mazarin, t. III, p. 57.

5. Voir ap. Alfred Franklin, op. cit., t. III, p. 48, de curieux détails concernant la façon dont Gabriel Naudé faisait, en Italie, des achats de livres pour le compte de Mazarin : « On nous le représente entrant, une toise à la main, chez les libraires, mesurant les tablettes, et fixant le prix d'après leurs dimensions; aussi J.-V. Rossi prétend-il que les boutiques où il avait passé semblaient plutôt avoir été dév^astées par un ouragan que visitées par un bibliophile. Naudé, d'ailleurs, marchandait beaucoup, el. à force

dans rhôtel do Novers, actuellomenl occupe par la Bibliothèque nationale.

« A la fin de Tannée 1643, la bibliothèque de Màzarin renfermail douze niillo volumes imprimés el quah-e cenis manuscrils; (^'élail déjà « Tune des plus « accomplies de TEurope^ », el le cardinal pours livail avec ardeur une idée généreuse, que les dernières volontés de Richelieu lui avaient inspirée-. » (Tétait d'ouvrir à deux battants les portes de cette bibliothèque, et de mettre cette collection tout entière à la disposition du public. Cette ouverture eut lieu pour la première fois dans le courant d'octobre 1645; et, après avoir été transférée au collège qu'il fonda plus tard, la bibliothèque de Mazarin, la.

de discussionp, d'insistances et d'importunités, il finissait... par payer ses livres moins cher que s'il se lût agi de poires ou de limons.... Il est même certain que Naudé cherchait à tromper les libraires.... Dans son Advis pour dresser une hihliothèijue, il approuve hautement (page 07*) la maxime qu'avait adoptée à cet égard Richard de Bury » (que tous les moyens ou à peu près sont bons pour se procurer des livres : cf. Richard de Bury, Philobihlion, chap. viii, pp. xxxi. 80 et s., et 257 et s., trad. Cocheris). « Naudé n'allait sans doute pas aussi loin en pratique qu'en théorie; mais, quand on le rencontrait couvert de poussière et de toiles d'araignées, les poches remplies de volumes, ayant l'air joyeux et portant haut la tète, on pouvait être certain qu'il venait, à force de peines et de ruses, de conclure un marché plus avantageux pour lui que pour le libraire. >• Etc.

1. L. .Iacob, Traité des plus belles bibliothèques, p. 487, op. Alfred Franklin, op. cit., t. III, p. 42.

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