DE L'AVÈNEMENT DE LOUIS XIV JUSQU'AU XIX' SIÈCLE
Le goût des livres et l'amour de la lecture continuent à se répandre sous le règne de Louis XIV (1658-1715), bien que, par lui-même et en dépit de la réputation que l'histoire lui a faite, ce souverain n'ait guère donné de preuves directes de cet amour ni de ce goût'.
Jérôme Bignon, surnommé le Varron français, le chancelier Séguier, l'archevêque de Reims Letellier. Patru, Etienne Baluze-, Huet, etc., tous ces passion-
1. « Louis XIV avait été très mal instruit dans son enfance ; les quelques thèmes que lui dictait Péréfixe et qu'on a retrouvés depuis ne prouvent rien. Il était très ignorant des choses du passé; il navait presque aucune lecture. On est allé jusqu'à dire que Louis XIV ne savait pas lire couramment Vimpression, qu'il ne pouvait bien lire que des manuscrits qui étaient comme faits au burin et par des calligraphes. <• Quand on lui donnait pour la messe un livre imprimé, il " fallait, dit-on, lui donner en même temps le manuscrit, '■ afin qu'il lût la messe dans ce dernier. » « C'est un abbé d'Étemare, homme d'esprit et informé de bien des particularités, qui donne cela pour certain. » (Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. I, pp. 540-541.)
2. Par son testament, Etienne Baluze (1650-1718) ordonna que sa bibliothèque fût vendue en détail, afin de faciliter h
l'amour des livres et de la lecture. 143 liés collectionneurs de livres lurent les dignes successeurs de Jean Groliei* et des de Thou'. Colbert, (|ui avait fait de Haluze son bibliothécaire, mérite aussi de figurer sur cette liste ^. « Formé au minis-
unplus grand nombic de g(Mis de lettres et d'amateurs l'ac- (Hiisilion des raretés qu'elle contenait. Ses manuscrits, ses extraits, ses livres ou pièces annotés de sa main, furent ;ic<iuis par le roi et sont aujourd'hui à la Bibliothèque nationale. (Cf. Léopold Delislk, Testamenl <ï Etienne Baluze, dans la BibUolhèqne de l'École des chartes, 1872, t. XXXIII, pp. 187- 195.) <- Baluze fut un des esi)rits éminents de son siècle, un ami éclairé du progrès.... • Baluze, dit M. Dupin, est un des « hommes qui ont rendu le plus de services à la ré{)ublique
■ des lettres par son application continuelle à rechercher
■ de tous côtés des manuscrits des bons auteurs, à les
■ conférer avec les éditions, et à les donner ensuite au pu- -. blic avec des noies pleines de recherches et d'érudition. ■• • Sa maison était le rendez-vous des savants et des gens de lettres, qu'il aidait non seulement de ses conseils et de
sa plume, mais encore de son argent C'est Baluze qui
introduisit un des premiers en France l'usage des soupers littéraires, qui se prolongèrent avec tant d'éclat dans le xviir siècle. La joyeuse humeur y était de mise... •• (IlOEFER, Nouvelle Biographie.) Sur Etienne Baluze, voir aussi Alfred Franklin, les Anciennes Bihliothècjues de Paris, t. II, p. 11)'), n. 1.
l. Sur ces personnages, que je ne fais que mentionner ici, et sur un grand nombre d'autres bibliophiles et collectionneurs, on trouvera d'utiles renseignements dans le jietit livre d'Edouard Fournieh, l'Art de la reliure en France aux derniers siècles. Paris, Dentu, 1888. In-18, (Voi-r, notamment, les pages 78-110, sur le célèbre Grolier.)
"2. « Les trois plus grands ministres qu'ait eus la France se sont rencontrés en un point: malgré la diversité de leur caractère et de leurs idées, ils cédèrent à un même entraînement : tous trois furent d'éminents et surtout de passionnés bibliophiles. Des admirables collections qu'ils avaient réunies, une seule et venue intacte jusqu'à nous. Labiblio-
tère dans la maison du cardinal Mazarin... il a dû penser qu'il convenait à un roi tel que Louis XIV de porter au plus haut point rétablissement des bibliothèques publiques; mais Mazarin en avait donné le premier exemple, et il méritera toujours, à ce titre, d'être considéré comme le Pollion de la France'. »
Gest au chancelier Séguier que le tout jeune roi Louis XIV demandait un jour en riant : « A quel prix, monsieur le chancelier, vendriez-vous la justice?— Oh! Sire, à aucun prix, répondait Séguier. Pour un beau livre, je ne dis pas!... » ajoutait-il en hochant la tête et d'un air mi-sérieux, mi-plaisant-.
« A quoi cela vous sert-il de lire? demandait plus tard Louis XIV au duc de Vivonne, qui était renommé pour sa belle mine et ses fraîches couleurs. — La lecture fait à Tesprit, Sire, ce que vos perdrix font à mes joues, » lui répliqua le duc^.
tlièque do Richelieu, échue à la Maison de Sorbonne, a été dispersée pendant la Révolution. Celle de Colbert eut une destinée plus triste encore : elle fut vendue aux enchères, et les manuscrits à peu près seuls entrèrent à la Bibliothèque du Roi. Celle de Mazarin, grâce à la générosité de son fondateur, a eu la rare fortune de lui survivre et de garder son nom. •• (Alfred Franklin, op. cit.. Collège Mazarin, t. III, p. 57.)