Petit-Radel. op. cit., Bibliothèque Mazarine, p
'2. Ap. Jules Janin, l'Ainour des livres, p. 54. (Paris, Miard, 1866.)
5. Cf. Voltaire, Siècle de Louis XIV, chap. xxvi. {Œuvres complètes, t. II, p. 446. Paris, édit. du journal le Siècle, 1867- 1870.) '
L'AMOUR DES LIVRES ET DE LA r.ECTURE. 145
Dans ses réflexions à propos De la lecture et rlu choix des lkyres\ Saint-Evremond ( loi.")-! 703) nous explique ainsi son goût :
« J'aime le plaisir delà lecture autant que jamais, pour dépendre plus particulièrement de l'esprit qui ne s'aflaihlit pas comme les sens. A la vérité, je clierche plus dans les livres ce qui me plaît que ce qui m'instruit. A mesure que j'ai moins de temps à pratiquer les choses, j'ai moins de curiosité pour les apprendre. J'ai plus de besoin du fond de la vie que de la manière de vivre; et le peu que j'en ai s'entretient mieux par des agréments que par des instructions. Les livres latins m'en fournissent le plus, et je relis mille fois ce que j'y trouve de beau, sans m'en dégoûter.
« Un choix délicat me réduit à peu de livres, où je cherche beaucoup plus le bon esprit que le bel esprit. »
Ailleurs, dans Son portrait fait par lui-même^, il revient sur ces considérations et les commente en ces termes :
« La vie est trop courte, à son avis, pour lire toutes sortes de livres et charger sa mémoire d'une infinité de choses, aux dépens de son jugement; il ne s'attache point aux écrits les plus savants, pour acquérir
1. Saint-Évremond, Œuvrer choisies, pp. 40*2-405, (Paris, (larnier, s. d.) -1. Id., ibid., p. 456.
l.E LIVRE. — T. I. 10
la science, mais aux plus sensés, pour fortifier sa raison ; tantôt il cherche les plus délicats, pour donner de la délicatesse à son goût, tantôt les plus agréables, pour donner de l'agrément à son génie. » Le ministre protestant David Ancillon (1617-1692), originaire de Metz, manifesta, dès Tenfance, un goût très vif pour l'étude et les livres. « Les richesses qu'il acquit par son mariage, écrit Bayle*, l'ayant mis en état de satisfaire à sa passion favorite, il acheta tous les livres capitaux que l'on peut appeler « les piliers d'une grande bibliothèque », tels que sont les Bibles les plus curieuses par l'édition ou par les notes, les différents dictionnaires, les plus excellents commentaires des livres de l'Écriture, les ouvrages des Pères.... Il en avait choisi les plus belles éditions.... Il disait qu'il est certain que moins les yeux ont de peine à lire un ouvrage, plus l'esprit a de liberté pour en juger; que, comme on y voit plus clair, et qu'on en remarque mieux les grâces et les défauts lorsqu'il est imprimé que lorsqu'il est écrit à la main, on y voit aussi plus clair quand il est imprimé en beaux caractères et sur du beau papier, que quand il l'est sur du vilain et en mauvais caractères. » 11 recherchait de préférence les premières
1. Dictionnaire historique et critique, art. Ancillon, t. IL p. 69. (Paris, Desoer, 1820.) Voir aussi, sur David Ancillon, Parent aîné, Essai sur la bibliographie et sur les talents du bibliothécaire, pp. 17-18. (Paris, chez l'auteur, an IX.)|
I/AMOUU des F.IVKES ET DE LA LECTURE. 1^7
éditions des livres, « quoiqu'il y eûl beaucoup d'apparence qu'on les réimprimerait avec des augmentations et avec des corrections * ».
La bibliothèque de David Ancillon était ainsi « très curieuse et très grande, et il l'augmentait lous les jours de tout ce qui paraissait de nouveau et d'important dans la république des lettres : de sorte qu'enfin elle était devenue une des plus belles qui fût entre les mains d'aucun particulier du royaume. Les étrangers curieux ne manquaient pas de la voir en passant par la ville de Metz, comme ce qui y était de plus rare ^ » Cette magnifique collection, « qui avait été composée avec plaisir et avec choix pendant quarante ans », et dans laquelle Ancillon « avait placé, pour ainsi dire, son propre cœur% » fut pillée et saccagée en 1685, lors de la révocation de l'édit de Nantes, et Ancillon s'enfuit en Allemagne, où il s'éteignit, à Berlin, à l'âge de soixante-quinze ans.
Après les bons amis, les bons livres m'enchantent. A toute heure, en tout temps, je tiens entre les mains Les ouvrages fameux des Grecs et des Romains. O le grand don de Dieu (jue d'ainior la lecture!
s'écrie Tallemant des Réaux (1619-1692), dans son
KpHvp au Père Rapin '\