Cf. supra, p. 15, n
l'amour des livres et de la lecture. 169 dos hommes de Ions les temps aussi Tous, aussi vains et aussi trompés dans leurs misérables conjectures (jue les hommes d'à présent : — ainsi, mon 'lier frère, le goCit de la lecture une fois enraciné, chacun y trouve son compte: mais les plus sages sont ceux qui lisent pour se corriger de leurs défauts, que les moralistes, les philosophes et les historiens leur présentent comme dans un miroir. »
« On ne saurait, certes, ajoute Sainte-Beuve, à qui j'emprunte cette citation', traiter un lieu commun avec plus de nouveauté et le relever avec plus d'esprit. »
« Une chose ne mérite d'être écrite, disait encore Frédéric*, qu'autant qu'elle mérite d'être retenue. »
A Voltaire, Frédéric le Grand écrit : « Quand tous les autres plaisirs passent, celui-là (le plaisir de cultiver les Lettres) reste; c'est le fidèle compagnon de tous les âges et de toutes les fortunes^ ». « ... J'aime les Belles-Lettres à la folie; ce sont elles seules qui
l. Causeries du lundi, l. XII, pp. 378-579.
'2. .4/). Sainte-Beuve, Crtits^r/e.s du lundi, t. III, p. lôS. (Vost encore des Causeries du lundi (t. III, p. 180) que j'extrais l'anecdote suivante : ■< Au sortir de la t^uerre de Sept Ans, quand d'Alembert alla visiter Frédéric à Potsdam et qu'il lui parlait de sa gloire : ■< II m'a dit avec la ))Ius grande siin- .. plicité, écrit d'AIenibert, (ju'il y avait furieusement à ra- ■ battre de cette gloire; que le hasard y était presque tout, et
qu'il aimerait bien mieux avoir fait Athalie que toute cette
guerre. »
5. Lettre du 20 février 1767. (Voltaire, Œuvres complètes t. VIL p. 186.)
charment nos loisirs et qui nous procurent de vrais plaisirs '.... »
« L'amour des Lettres, écrit Duclos (1704-1772), dans ses Considérations sur les mœurs ^, rend assez insensible à la cupidité et à l'ambition, console de beaucoup de privations, et souvent empêche de les connaître ou de les sentir. Avec de telles dispositions, les gens d'esprit doivent, tout balancé, être encore meilleurs que les autres hommes. »
« Les Lettres sont un secours du ciel, atteste Bernardin de Saint-Pierre (1757-1 814) '•. Ce sont des rayons de cette sagesse qui gouverne l'univers, que l'homme, inspiré par un art céleste, a appris à fixer sur la terre. Semblables aux rayons du soleil, elles éclairent, elles réjouissent, elles échauffent: c'est un feu divin.... Les sages qui ont écrit avant nous sont des voyageurs qui nous ont précédés dans les sentiers de l'infortune, qui nous tendent la main, et nous invitent à nous joindre à leur compagnie, lorsque tout nous abandonne. Un bon livre est un bon ami. »
« Je suis auprès de mes consolateurs, de vieux livres, une belle vue et de douces promenades. J'ai soin de mes deux santés. Je tâche de les faire mar-
i. Lettre du '25 novembre 1770. (Voltaire, op. cit., t. Vil, p. 190.)
2. Chap. XI. Sur les gens de lettres, pp. 149-150. (Paris, Hiard, 1851.)
Tj. Paul et Virginie, pp. 93-94. (Paris, Didot, 1859. In-18.)
cher ensemble cl de ii'avoii' mal ni à TAine ni au corps », écrit Taimablc cl sage Ducis (1735-1816)', précisément à Hci'nardin de Saint- Pierre.
C'est Ducis encore qui, d'accord avec sa devise : Bene virit qui bcne latitit, disait^ : « La solitude est plus que jamais pour naon âme ce que les cheveux de Samson étaient pour sa force corporelle ».
L'àpre moraliste CIiamfort (1741-17U4) déclare qu' « il faut vivre, non avec les vivants, mais avec les morts, » c'est-à-dire avec les livres"'. C'est lui
1. Lettre du 6 pluviÔHie an XIl, Lettresi de Ducis, édit. Paul Albert, p. 105. (Paris, Jousset, 1879.)
"1. Lettre du '22 ventôse an XII, op. cit., p. 1G0; et lettre du -1 avril 1815, op. cit., p. 570. Cf. aussi Sainte-Beuve, iVoMuca^j; Lundis, t. IV, p. 58 i.
3. Dialogue XXW (Œuvres choisies, t. I, p. 184. Paris, Dubuisson, Bibliothèque nationale, 1800. 5 vol. in-lO). Cf. la réponse de Toracle à Zenon le stoïcien sur le meilleur genre de vie et la règle capitale de conduite à adopter : « Converse avec les morts » (avec les livres). Et, selon le conseil du bibliographe lyonnais BoLLioun-MEiniET (1709-1795) {Essai sur la lecture, p. 124; Lyon, Duplain, 1705): « Oue le commerce des morts nous apprenne à converser avec les vivants ». •< ... Accoutumons-nous de bonne heure à connaître le prix de la lecture, à l'aimer, à la goûter, à la faire fructifier en MOUS, dit encore Bollioud-Mermet. (Ihid.) Consacrons-lui notre loisir. Comprenons que l'état de l'homme oisif et sans élude est une privation de vie, une sorte de sépulture : - Otium sine litteris mors est, et hominis vivi sepultura ». (SÉNÈQUE. Epislolm, 82.) Ne bornons pas notre zèle à une spéculation vaine et stérile.... Oue le bon usage des livres justifie le choix que nous en aurons fait; et que la doctrine saine que nous y puiserons soit toujours la hase de nos maximes, le principe de nos actions, la règle enfin de nos devoirs, de nos mœurs et de notre conduite. •
encore qui disait que « la plupart des livres d'à présent ont l'air d'avoir été faits en un jour, avec des livres lus de la veille * ».
« Les Lettres, les saintes Lettres! » s'exclame de son côté André Chémer (1762-1 794) ^
GoLDSMiTH (i728-l,77i) l'auteur du Vicaire de Wakefield, affirme, par la bouche d'un de ses personnages, que « la littérature est un sujet qui lui fait toujours oublier ses misères^ ».
Lessing (1729-1781) n'avait, au fond, qu'une passion, dit M. Paul Stapfer^ celle des livres et de l'érudition que procurent les livres. « Il était né bibliothécaire; il était, par nature, de
Ces rats qui, les livres rongeants.
Se font savants jusques aux dents.
a Un artiste ayant offert de le peindre lorsqu'il était enfant, il exigea qu'il y eût, dans son portrait,