‹ Le livre (volume 3)Chapitre 83 sur 163 · Dictionnaire philosupluquc, art. Livres (l. I, p. ôl · texte numérisé non relu

Dictionnaire philosupluquc, art. Livres (l. I, p. ôl

2. Lliomme aux quarante écus. chap. x (t. VL P- 244). Cf. Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814) {Études de la nature, XIV, p. 539; Paris, Didot, 1868, in-18) : « Il me semble qu'il se préparc pour nous quelque révolution favorable. Si elle arrive, on en sera redevable aux lettres ; elles ne mènent aujourd'bui à rien ceux qui les cultivent parmi nous; cependant elles régissent tout. Je ne parle pas de riniluence qu'elles ont par toute la terre, gouvernée par des livres. L'Asie est régie par les maximes de Confucius, les Koran, les Betb, les Védarn, etc. •• Cf. aussi vicomte de Donald (1754-1840) (ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. IV, p. 431) : « Depuis l'Évangile jusqu'au Contrat social, ce sont les livres qui ont fait les révolutions ».

3. Lettre de décembre 1744. (Voltaire, Œuvres complètes, t. VIL p. 051.)

et qui a trop peu vécu' », que Voltaire adresse ce salutaire avertissement. Vauvenargues (1715-i747), qui a si bien dit qu' « on ne peut avoir lame grande ou lesprit un peu pénétrant sans quelque passion pour les Lettres^ », était d'ailleurs passionné pour l'étude et les livres, et voici l'enthousiaste et curieuse lettre qu'il écrivait, à vingt-cinq ans, le 22 mars 1740, à son cousin, le marquis de Mirabeau, VAml des hommes et le père du célèbre orateur : « C'est (les Vies de Plutarque) une lecture touchante; j'en étais fou à son âge (l'âge du jeune chevalier de Mirabeau, frère du marquis; il avait alors dixhuit ans et servait dans le même régiment que Vauvenargues, à Verdun-sur-Meuse); le génie et la vertu ne sont nulle part mieux peints.... Pour moi, je pleurais de joie, lorsque je lisais ces Vies; je ne passais point de nuit sans parler à Alcibiade, Agésilas et autres^: j'allais dans la place de Rome, pour haranguer avec les Gracques, et pour défendre Caton, quand on lui jetait des pierres. Vous souvenez-vous que César voulant faire passer une loi trop à l'avantage du peuple, le même Caton voulu! l'empêcher de la proposer, et lui mit la main sur la bouche, pour l'empêcher de parler? Ces manières

1, Voltaire, Commentaires sur Corneille, Pompée (t. I\'. p. 447).

2. Vauvenargues, Œuvres choisies, Réflexions et maximes, p. 276; (Paris, Didot, 1858. In-18.)

ô. Cf. infra, p. 270, Alfieri lisant les Vies de Plutarque

l'amour dks livres et de la lecture. 167 «l'agir, si contraires à nos mœurs, faisaient grande impression sur moi. Il me tomba, en même temps, un Sénèque dans les mains, je ne sais par quel hasard; puis des lettres de Brulus à Cicéron, dans le temps qu'il était en Grèce, après la mort de r.ésar : ces lettres sont si remplies de hauteur, d'élévation, de i)assi()n et de courai^c, (pTii m'élail l)i<Mi impossible de les lire de saug-lVoid ; je mêlais ces Irois lectures, et j'en élais si ému, (lue j(^ ne contenais plus ce qu'elles mettaient en moi; j'étoullais, je quittais mes livres, et je sortais comme un homme en l'ureur, pour faire plusieurs l'ois le tour d'une assez longue terrasse (la terrasse du château de Vauvenargues, — que Ton voit encore aux environs d'Aix) en courant de toute ma force, jusqu'à ce que la lassitude mît fin a la convulsion'. »

« Moins notre bonheur est dans la dépendance des autres, et plus il nous est aisé d'être heureux.... Par cette raison d'indépendance, l'amour de Tétude est, de toutes les passions, celle qui contribue le plus à notre bonheur, » conclut Mme du Ciiatelet (1700-1749)^

« Il n'y a point de divertissement qu'on se procure à aussi bon marché que la lecture, et il n'y a

L Vauvenargues, Œuvres pusthuines et œuvres inédites, Correspondance, pp. 102-195. (Paris, Furne, 1857.)

2. Réflexions sur le bonheur, dans les Lettres inédites de Mme la marquise du Clidtelet à M. le comte d\ArQentaï,p\). ôo6r).')". (Paris, Xhrouct, Détcrville, etc., 1800.)

point de plaisir plus durable, « écrit lady Montague (lady Mary Wortley, née Pierrepont; 1690-1762), Tauteur des très intéressantes lettres sur la Turquie et les mœurs musulmanes, qui se plaisait tant « au milieu de ses livres bien-aimés * ».

Dans une lettre adressée à son frère Henri, le 51 octobre 1767, Frédéric le Grand (1712-1786) fait une sorte d'humoristique et plaisante paraphrase du célèbre passage de Cicéron : Hœc studia adolescentiam alunt, etc.^ : « Les Lettres sont sans doute la plus douce consolation des esprits raisonnables, car elles rassemblent toutes les passions et les contentent innocemment : — un avare, au lieu de remplir un sac d'argent, remplit sa mémoire de tous les faits qu'il peut entasser; — un ambitieux fait des conquêtes sur l'erreur, et s'applaudit de dominer par son raisonnement sur les autres ; — un voluptueux trouve dans divers ouvrages de poésie de quoi charmer ses sens et lui inspirer une douce mélancolie; — un homme haineux et vindicatif se nourrit des injures que les savants se disent dans leurs ouvrages polémiques; — le paresseux lit des romans et des comédies qui l'amusent sans le fatiguer; — le politique parcourt les livres d'histoire, où il trouve

1 . Cf. Fertiault, les Amoureux du livre, p. 259 ; et les Lettres choisies de lady Montague, p. m, trad. Paul Boileau (Paris, Hachette, 1855).

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