Op. cit., CCVIII, t. II, p
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passage de sa pensée : ce sont de pclils signes donl j'ai vainement étudié le sens, une croix, un triangle, une fleur, un thyrse. une main, un soleil, vrais liiéroglyplies que lui seul savait comprendre el donl il a ein[)orté la clef. Son heureuse mémoire cependant aurai! pu se passer d'un lel secours. Il n'oubliai! rien, en effet, des choses qu'il avait lues; l'aspect seul du volume, un regard jeté sur la couverture, sur le titre, suffisaient pour réveiller tous ses souvenirs et renouveler soudainement ses impressions premières. C'étai!, d(^ ses livres à lui, un comincice de tous les inslant;^, une sorte de courant intellectuel presque ininterrompu. Ils ne renfermaient pas une bonne parole dont il ne leur tînt compte en passant, un mauvais propos dont il ne leur gardât rancune. Aussi était-il devenu fort scrupuleux dans le choix des volumes qu'il admettait sur ses rayons. Il avait grand soin de ne s'entourer que d'ouvrages amis, et proscrivait, comme un voisinage fâcheux, les auteurs qui blessaient sa pensée'. »
I. Paul DE lÎAYNAL, la Vio et les Travaux de M. .1. .Ioul)ert, Pensées de Joubcrt, t. I, i)p. xlv-xlm. Le même biographe donne encore les détails suivants sur l'amour et la sollicitude que Joubert témoignait à ses livres {ibid.^ p. xLvni) : « ... Dès l'abord cependant une singularité m'avait frappé. Je l'avais vu (Joubert) quitter, à notre approche, un volume dont il était occupé, la main enveloppée dans un gant ciré, à polir la couverture. J'ai su depuis que, lorsque sa santé ne lui permettait ni de monter à sa galerie, ni de se livrer aux travaux de la pensée, il lui arrivait souvent de faire
Lo vicomte de Bonald (1754-1840), dont on connaît les aphorismes * : « Depuis rÈvangUe jusqu'au Contrat Social, ce sont les livres qui ont fait les révolutions, » « La littérature est l'expression de la société », etc., se montrait, en fait de livres, autrement rigoureux que Joubert, et, non content de proscrire les statues en costume héroïque, « il proposait sérieusement à l'Administration de faire faire des éditions châtiées et exemplaires des auteurs célèbres : on extrairait de chaque auteur ce qui est grave, sérieux, élevé, noblement touchant, et l'on supprimerait le reste : « Tout ce qui serait de l'écri- « vain social serait conservé,, tout ce qui serait de
descendre quelques-uns de ses écrivains favoris, pour rendre à leur parure de ces petits soins humbles et naïfs où se laissait aller son amour pour eux. On concevra, du resle. le i»ri.v qu'il attachait à ses livres, en songeant que c'était peu à peu, sur des épargnes dont l'emploi était parfois contesté, et presque toujours après de longues recherches, (pi'il les avait successivement acquis. » Dans un article publié par le Magasin pittoresque (mars 1887, p. 78), et traitant Du c.hrjix de vingt livres, Agénor Bardoux (1850-1897). membre de l'Institut, sénateur et ancien ministre de l'Instruction publique, révèle sur Joubert la particularité suivante, dont il a omis de fournir la preuve ou d'indiquer la source : « Le dernier des platoniciens, Joubert, celui de qui l'on a dit qu'il avait l'air d'à une àme ayant rencontré par " liasard un corps, et s'en tirant comme elle pouvait. - Joubert avait une singulière habitude : en dehors des classiques, ([u'il conservait dans leur intégrité, il avait l'habitude de déchirer toutes les pages qui lui déplaisaient, de telle sorte qu'il ne conservait que les [sic) livres effilés, sans commencement ni fin. »
1. Ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. IV, pp. 451 et 45^2.
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V/ionufic sérail supprimé: ol, si je ne poiivîus Taire « le triage, dit-il, je n'hésiterais pas à tout sacri- « fier'. » Le systématique et impitoyable doctrinaire ne semble pas se douter qu'il pourrait survenir un aulre épurateur non moins zélé et féroce que lui, un autre vandale el massacre;ir de son espèce, ou plulot dune espèce contraire, cjui s'en prendrait à lui, Bonald, cl* lui ferait subir la peine du talion, le supprimerait et sacrifierait à son tour, sans pitié ni remords et totalement.
La comtesse d'Albany (1752-1824), la femme du brutal Prétendant Charles-Edouard et l'amie dévouée d'Altieri, puis du peintre Xavier Fabre (de Montpellier), avait la passion de la lecture, et une passion qui ne fit que s'accroître avec l'âge. Dans sa retraite de Florence, après sa promenade matinale aux Caséine, elle se réfugiait au milieu de ses livres, et ne les quittait pour ainsi dire plus : « C'est un grand plaisir, écrivait-elle en décembre 1802, que de passer son temps à parcourir les différentes idées el opinions de ceux qui ont pris la peine de les mettre sur le papier. C'est le seul plaisir d'une personne raisonnable à un certain âge ; car les conversations sont médiocres et bien faibles, et toujours 1res ignorantes.... Mes livres augmentent tous les jours le ne trouve pas de meilleure et plus sûre
\. Ap. Sainte-Beuve, op. cit., l. W. pp. 435-45i.
compagnie : au moins on peut penser avec eux'. » « Les livres, disait-elle encore^, ont toujours plus d'esprit que les hommes qu'on rencontre. »
Dans la correspondance de Paul-Louis Courier (1772-1825), qui devint, à certain moment, en 1812, un des habitués du salon de la studieuse comtesse d'Albany, Tamour des livres et de l'étude apparaît dès le début et en maint endroit : « Mes livres font ma joie, et presque ma seule société. Je ne m'en nuie que quand on me force à les quitter, et je les retrouve toujours avec plaisir. J'aime surtout à relire ceux que j'ai déjà lus nombre de fois, et par là j'acquiers une érudition moins étendue, mais plus solide'. » Et plus loin^ : « Mon père regarde comme mal employé le temps que je donne aux langues mortes, mais j'avoue que je ne pen.se pas de même. Quand je n'aurais eu en cela d'autre but que ma propre satisfaction, c'est une chose que je fais entrer pour beaucoup dans mes calculs; et je ne regarde comme perdu, dans ma vie, que le temps où je n'en puis jouir agréablement, sans jamais me repentir du passé, ni craindre pour l'avenil-. Si je puis me mettre à l'abri de la misère, c'est tout ce qu'il me faut ; le reste de mon temps sera employé à satis-