‹ Le livre (volume 3)Chapitre 89 sur 163 · Op. cit., lettre du 5 avril 1818, p · texte numérisé non relu

Op. cit., lettre du 5 avril 1818, p

ans, des fonctions universitaires, en dernier lieu celles d'inspecteur d'Académie à Dijon, aux appointements annuels de 5000 francs: après toute une vie de labeur opiniâtre et de services rendus à ses concitoyens, à l'enseignement et à la science, Peignot mourut pauvre, sans titres ni rubans, ce qui, selon la remarque de son biographe*, « est le meilleur éloge qu'on puisse faire » de ce modeste et savant, de cet excellent et heureux homme, de ce vrai sage. J'ai déjà eu recours plus d'une fois, pour le présent travail, aux livres de Gabriel Peignot, et j'y puiserai encore. Je me Ijornerai ici, dans cette sorte de

t. J. SiMONNET. op. cit., p. 6Ô. Comme Gabriel Peignot, Ludovic Lalaxne (1815-1898), un autre grand ami des livres, unautre érudit également aussi laborieux que modeste, lauteur de Texcellent petit volume, Curiosités hihLiofjraj)hiques. xjue j'ai mis amplement déjà et mettrai encore à contribution, l'auteur des Curiosités littéraires, des Curiosités biographiques, Curiosités philologiques, Curiosités militaires, etc., du Dictionnaire historique de la France, etc., îie fut rien et ne voulut rien être — que bibliothécaire. Faisant allusion à sa haute taille et en même temps à ses invincibles scrupules et à sa dignité de caractère, il disait que, pour arriver, il fallait sp résoudre " à passer sous des portes trop basses, et que cela le gênait de se courber •-. (Renseignement personnel.) — Ajoutons que, vingt ans après la mort de Gabi'iel Peignot. c"est-à-dire en 18b9, le Bibliophile .lacob, Gustave Brunet cl Pierre Deschamps provoquèrent une souscription poui venir en aide à sa veuve et à ses enfants, qui se trouvaient dans la plus grande détresse. Précédemment deux souscriptions avaient été ouvertes de même en faveur dun autre docte et infatigable bibliographe, « de Ouérard, l'une pour le faire vivre, l'autre pour le faire enterrer •>. (Firmin Maillard, les Passionnés du livre. \). l'»8.)

florilègo, à (^iler ces qualniins, où lo bon, jovial ot spirituel septuagénaire, s'est point avec ses pieuses croyances, sa simplicilé «lo oœur, sa pureté de mœurs, son culte pour raniilio, les livres et l'éludo :

Le sort quo mo départ ta volonli' suprême. Elr<' i)uissànl et bon, romhlo tous mes souhaits, l'L maître de choisir, j'aurais choisi le même : Je te rends, ù mon Dieu, ii^ràce pour tes bienfaits.

Des livres à mon goût, dans mon coin si modeste, Remplissent mes rayons; un hum])le coffre-fort Suflit à mes besoins : les pauvres ont le reste; Mais ma bibliothèque est mon plus cher trésor.

Sain de corps et d'esprit, j'ai des amis sincères; L'étude me distrait sans jamais me lasser; Comptant du jour natal beaucoup d'anniversaires. Je vois, sans nul regret, mon terme s'avancer.

Convive passagei- au ban(iuet de la vie.

Je sais qu'il faut bientôt au monde dire adieu;

A renaître en ton sein ta bonté me convie,

Et mon cœur en nourrit l'espérance, ù mon Dieu M

1. Peignot, ap. J. SiMONNET, op. cit., p. 77. On pourrait rapprocher de ces vers le sonnet bien connu, où un autre maître è's livres, l'imprimeur Plantin (1514-1589), d'Anvers, a célébré « le Bonheur de ce monde ■• {Intermédiaire de^ chercheurs et ctirieux, 10 juillet 11)05, col. 0-10; et Max Rooses, ('(italogue du musée Ptanlin-Moretus, h" édit., 1902, p. 51) :

Avoir une maison commode, propre et belle,

Un jardin tapissé d'espaliers odorants,

Des fruits, d'excellent vin, peu de Irain, peu d'enfants ;

Posséder seul, sans bruit, une femme fidèle;

N'avoir délies, amour, ni procès, ni querelle. Ni de partage à faire avecque ses parents, Se contenter de peu, n'espérer rien des grands, Régler tous ses dessins sur un juste modèle;

NMvre aveoque franchise et sans ambition. S'adonner sans scrupule à la dévotion, Dompter ses passions, les rendre obéissantes;

« Lorsque mon cœur oppressé me demande du repos, dit Joseph de Maistre (1754-1821)', la lecture vient à mon secours. Tous mes livres sont là sous ma main; il m'en faut peu, car je suis depuis longtemps bien convaincu de la parfaite inutilité d'une foule d'ouvrages qui jouissent d'une grande réputation^. »

Un ingénieux et profond moraliste, Joseph Jou- BERT (1754-1824), si apprécié de tous les délicats, si cher à tous les lettrés, a, lui aussi, beaucoup aimé les livres, et les a magnifiquement prônés. « Il n'est rien de plus beau qu'un beau livre », déclarait-il''. « Ce sont les hvres qui nous donnent nos plus grands plaisirs, disait-il encore ^, et les hommes qui nous causent nos plus grandes douleurs. » Un de ses biographes, Paul de Raynal, a décrit en ces termes la passion de Joubert pour les livres. Cette passion « n'était pas celle du bibliomane qui, comme l'avare, amoncelle des trésors dont il ne sait point user. Il lisait tout, et la plupart des volumes de sa bibliothèque portent encore les vestiges du

Conserver l'esprit libre et le jugement fort, Dire son chapelet en cullivant ses entes : C'est attendre chez soi bien doucement la mort.

1. Soirées de Saint-Pétersbourg, t. I, p. IL (Lyon, Pélagaud. 1870, lO-édit.)

2. Sur cette question, cf. notre tome H, cliap. iv, Du choix des livres; et tome IV, cliap. i, De l'achat des livres.

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