‹ Le livreChapitre 102 sur 152 · Id., ihid · texte numérisé non relu

Id., ihid

Rien n'a fait plus de mal aux livres, rien n'en a fait autant massacrer et détruire que les querelles religieuses. Le livre étant le meilleur porte-parole de rhorarae, et un porte-parole qui ne craint pas la lassitude, doué dubiquité et d'une puissance et d'une audace incomparables, il fallait avant tout le faire taire, c'est-à-dire le brûler, lui, aussi bien et encore mieux que tous les profanes, tous les dissidents et antagonistes.

« Les Romains ont brûlé les livres des juifs, des chrétiens et des philosophes, remarque Vigneul- Mahville( 165-4-1704)' : les juifs ont brûlé les livres des chrétiens et des païens; et les chrétiens ont brûlé les livres des païens et des juifs. La plupart des livres d'Origène et des anciens hérétiques ont été brûlés par les chrétiens. Le cardinal Ximknès (ministre d'Espagne et grand inquisiteur : 1450-1517), à la prise de Grenade, fit jeter au feu cinq mille Alcorans. Les Puritains, en Angleterre, au commencement de la Réforme prétendue, brûlèrent une infinité de monastères et d'anciens monuments de la véritable religion. Un évêque anglais mit le feu aux archives de son église, et Ckomwell (I59y-165^<), dans les derniers temps, brûla la bibliothèque d'Oxford, qui était une des plus curieuses de l'Europe. »

L Mélanrjes d'histoire et de littérature, toine II, page^ rili-'iT. (Paris, Prudhoinme, 1725. )

BIBLIOCLASTES ET BIBLIOPHOBES. 265

Pendant le séjour de saint Paul (10-70?) à Éphèse, à la suite de ses prédications, « il yen eut beaucoup, dit la Biblc\ de ceux qui avaient exercé les arts curieux, qui apportèrent leurs livres, et les brûlèrent devant tout le monde; et, quand on en eut supputé le prix, on trouva qu'il montait à cinquante mille pièces d'argent ». Ces cinquante mille pièces d'argent, « ces cinquante mille drachmes reviennent à plus de cinquante mille livres de notre monnaie », estime l'abbé Fleurv (16il-17!2o)*, qui ajoute : « On croit que c étaient des livres de magie ». « Quant à nous, riposte Ludovic Lalanne, nous serions fort porté à croire que ces livres étaient des ouvrages relatifs à la philosophie païenne et aux religions de l'Orient, et dont l'esprit ne pouvait être, par conséquent, que fort dangereux pour les nouveaux chrétiens. »

Nous avons parlé, dans notre premier volLime', de la bibliothèque d'Alexandrie, qui passe pour avoir été détruite par les ordres du chef musulman Omah, lors de la prise de cette ville, en 640; et nous avons dit qu'à cette époque cette bibliothèque n'existait

1. Aclen des apôtres, chap. xis. verset 10, trad. Le Maislre de Sacy. On connaît le beau tableau du Louvre, chef-d œuvre d'Euslache Le Sueur, représentant la Prédiralioti de suint Paul à Éphèse.

2. Histoire ecclésiastique, livre I, chap. xlii, ap. Ludovic Lalanne, up. fil., p. lOS.

Page 1