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plus, qu une de ses sections avait été accidentellement incendiée, en l'an Ti avant Jésus-Christ, par les soldats de Jules César, et que l'autre section fut détruite environ quatre cents ans plus tard, en 590, par Tévêque ou patriarche Théophile, qui voulait abolir l'idolâtrie dans son diocèse'. Or, depuis cette date jusqu'à l'arrivée du lieutenant d'Omar, Amrou-ben- Alas, on ne trouve pas un mot, dans les écrivains du temps, qui autorise à supposer qu'on ait reconstitué à Alexandrie la moindre bibliothèque, ce qui ne doit pas étonner, puisque, entre autres causes^ la littérature et la philosophie païennes furent, durant cet intervalle, partout proscrites, à tel point que Justinien fit fermer les écoles d'Athènes.

L Cf. Ludovic Lalanne, op. cit., pp. 20i et s., où celle queslion de la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie est discutée avec science et bien résumée. Le premier auteur qui aiti)arlé de lincendie de cette bibliothèque par les Arabes est Abd-Allatif, médecin arabe de Bagdad, mort en 1231, c'est-à-dire 591 ans après cet événement. •• Quant au |)rétendu incendie de la bibliothèque d'Alexandrie, un tel vandalisme était tellement contraire aux habitudes des Arabes, qu'on peut se demander comment une pareille Icirende a pu être acceptée pendant si longtemps par des écrivains sérieux. Elle a été trop bien réfutée à notre époque pour qu'il soit nécessaire d'y revenir. Rien n'a été plus facile que de prouver, par des citations fort claires, que. bien avant les Arabes, les chrétiens avaient détruit les livres païens d'Alexandrie avec autant de soin qu'ils avaient renversé les statues, et que, par conséquent, il ne restait plus rien à brûler. » (D" Gustave Le Bon, la Civilisation des Arabes, p. 208 ; Paris, Didot, 1884.)

2. Voir ces autres causes dans Ludovic Lalanne, o/j. <:it , p. 205.

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On connaît la réponse catégorique et typique qu'Omar aurait faite à son lieutenant, lorsque celui-ci, api'ès s'être emparé d'Alexandrie, lui demanda ce qu'il devait faire de la bibliothèque : « Si ce que contiennent les livres dont vous me parlez est conforme au livre de Dieu (le Coran), ce livre les rend inutiles; si, au contraire, ce qu'ils renferment est opposé au livre de Dieu, nous n'en avons aucun besoin. Donnez donc ordre de les détruire'. » En conséquence, d'après cette légende, Amrou-ben- Alas les fit distribuer dans les bains publics d'Alexandrie, dont ils suffirent à alimenter le chauffage durant six mois-, — quoique le papier, sans parler du parchemin, s'il est bon pour allumer le feu, ne convienne guère pour l'entretenir.

Nous avons parlé également du pape Grégoire le Grand (5-40-604), saint Grégoire, qui passe pour avoir livré aux flammes un grand nombre d'ouvrages anciens, Tite-Live notamment, et qui, s'il n'a pas commis ce massacre, en était bien capable, à en juger par le mépris qu'il affichait pour les écrivains de l'antiquité^.

i. Cf. ce que dit à ce sujet J.-J. Kousseau (Discours sur les sciences et les arts : Œuvres complètes, t. I, p. 18, n. 1; Paris, Hachette, 1862) : « Supposez Grégoire le Grand à la place dOmar, et l'Évangile à la place de l'Alcoran, la bibliothèque aurait encore été brûlée, •• — en vertu du même raisonnement.

'2. Cf. L.VKOLSSE, op. cit., art. Omar I■^

ô. Cf. notre tome I, page 82

L'empereur de Constantinople Léon l'Isaukiex (né dans l'Isaurie, province d'Asie Mineure) ou l'Iconoclaste (briseur d'images) (680-741), ayant en vain essayé de faire partager ses idées au chef de la bibliothèque impériale, surnommé œcianénique (universel)', à cause de l'étendue de ses connaissances, et à ses douze subordonnés, professeurs ou copistes, fit mettre le feu à cette bibliothèque, composée d'environ 56 000 volumes, et brûla tout ensemble livres, bibliothécaire et copistes.

Orderic Vital (1075 -vers 1150) a décrit, dans son Histoire ecclésiastique, les ravages causés, durant les ix'= et x"^ siècles, par les Normands, qui renouvelèrent ainsi les désastres commis par les Barbares, lors de la décadence et de la chute de l'empire romain. « Au milieu des affreuses tempêtes qui causèrent tant de maux du temps des Danois, dit-il*, les écrits des anciens périrent dans les incendies qui dévorèrent les églises et les habitations; quelque insatiable qu'ait été la soif d'étude de la jeunesse, elle n'a pu recouvrer ces ouvrages.... Ces écrits ayant été perdus, les actions des anciens furent livrées à l'oubli. Les modernes feraient d'inutiles etTorts pour les recouvrer; car ces antiques monuments dis-

I. Dans l'Histoire de l'imprimerie de Paul Lacroix. Fournieret Seré (p. 8), ce bibliothécaire est nommé, et non surnommé. Lfecuménique (avec un se et non un œ).

•1. Livre VI: np. Ludovic L.\l.\nne, op. cit., p. 208.

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paraissaient, aA^ec le cours des siècles, de la mémoire des vivants, comme la grêle et la neige qui tombent dans les fleuves suivent, pour ne jamais revenir, le cours rapide de leurs ondes. »

Au XI" siècle, la bibliothèque des califes d'Egypte, au Caire, la plus considérable de tout Tempire musulman, fut, en majeure partie, pillée par les Turcs'.

La bibliothèque de Tripoli de Syrie était riche, paraîl-il, de trois millions de volumes, tous concernant la théologie, l'explication du Coran, la science des traditions et des belles-lettres. Lorsque, durant les Croisades, en 1105, Tripoli de Syrie tomba au pouvoir des Francs, « un prêtre, étant entré dans la bibliothèque, fut frappé de la quantité de livres qu'elle renfermait. La salle où il se trouvait était précisément celle qui contenait les Corans. Ayant mis la main sur un manuscrit, il reconnut cet ouvrage. Il en prit un second, puis un troisième, et ainsi de suite, jusqu'au nombre de vingt, et trouva toujours le même livre ; ayant alors déclaré que cet édifice ne renfermait que des Corans, les Francs y mirent le feu et le réduisirent en cendres. Il n'échappa qu'un petit nombre de livres, qui furent dispersés en différents pays*. »

1. Voir les détails de ce pillage ap. Ludovic Lalaxne. op. cil , pp. 208-209.

2. E. Olatremère, Mémoires géographiques et historiques sur r Egypte, t. II. pp. 506-507 (Paris, Schœll, 18M): et cf. Ludovic Lalanxe, op. cit., pp. 210-211.

Nous avons vu précédemment encore' dans quel piteux état Boccace (1313-1575) trouva les livres des religieux du Mont-Cassin, et ce que devinrent, en 152G. après la victoire des Turcs à Mohacz, les cinquante mille volumes rassemblés par le roi de Hongrie Mathias Corvin (1445-1490).

Une lettre* de l'historien et conteur italien le PoGGE (1580-14,59) nous apprend que les moines du monastère de Saint-Gall, voisin de Constance, n'étaient guère plus soigneux de leur bibliothèque que ceux du Mont-Cassin : « .... Là. au milieu d'une foule de manuscrits qu'il serait trop long d'énumérer, j'ai trouvé un Quintilien encore sain et entier, mais plein de moisissure et couvert de poussière ; ces livres, en effet, loin d'être placés dans une bibliothèque, comme ils auraient dû l'être, étaient enfouis dans une espèce de cachot, obscur et infect, au fond d'une tour, où l'on n'aurait certainement pas jeté les condamnés à mort. »

Les moines récollets d'Anvers allaient à peu près de pair avec les précédents. C'est à eux qu'advint, en 1755, la mésaventure suivante :

« Les récollets d'Anvers, passant en revue leur bibliothèque, jugèrent à propos d'y faire une réforme, et de la débarrasser d'environ quinze cents

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