‹ Le livreChapitre 107 sur 152 · I. Pyj^c 170. (Paris, Deiilu, lîSOO · texte numérisé non relu

I. Pyj^c 170. (Paris, Deiilu, lîSOO

gniliques réimpressions », effectuées après 1815, dédommagèrent-elles vraiment des pertes causées par ces naufrages volontaires? Thaï is the question.

Il y a une autre sorte de biblioclastes toute différente des précédents : ce sont ceux qui détériorent et massacrent les livres par amour pour certaines parties ou certains accessoires du livre, ce sont les collectionneurs de frontispices, de portraits, de dédicaces, de premières pages ou titres de départ, de lettres ornées, colophons, marques d'imprimerie, couvertures anciennes, etc. Que d'admirables missels, par exemple, ont été stupidement tailladés et déchiquetés par des amateurs de fleurons et d'initiales en couleur, véritables barbares à qui tout commerce avec les livres devrait être interdit !

Notre roi Henri 111 (1551-1589) mérite, paraît-il. d'être rangé parmi ces « malfaiteurs » : la tradition l'accuse d'avoir découpé, dans quantité de livres d'église et de manuscrits, des miniatures et des lettres peintes « pour en orner de petites chapelles ou pour en former des reposoirs.... Plusieurs personnages de la cour (de pareils livres ne pouvaient appartenir qu'à des grands seigneurs) imitèrent, dit on. Henri IH ; c'est ce qui explique bien souvent ces lacérations, si douloureuses pour des yeux éclai-

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rés, alors que l'on essaye de reconstituer une histoire de l'art au moyen âge, dont ces splendides volumes sont, après tout, les uniques dépositaires*. »

Cette désastreuse et stupide mode de mutiler les livres illustrés existait encore en France au xvni'' siècle, ainsi que nous le voyons dans une lettre de Mlle Aïssé*. « On est ici dans la fureur de la mode pour découper des estampes enluminées.... Tous découpent, depuis le plus grand jusqu'au plus petit. On applique ces découpures sur des tarions, et puis on met un vernis là-dessus. On fait des tapisseries, des paravents, des écrans. 11 y a des livres d'estampes qui coûtent justju'à deux cents livres, et des femmes qui ont la folie de découper des estampes de cent livres pièce. Si cela continue, ils découperont des Raphaël. »

Les Anglais, eux, ont eu le cordonnier Bagford, qui, à lui seul, valait une légion de biblioclastes.

John Bagford, qui vivait au commencement du xv!!*" siècle et fut l'un des fondateurs de hi Société des Antiquaires d'Angleterre, passait son temps à parcourir a les provinces, allant de bibliothèque en bibliothèque, arrachant les titres des livres rares de

1. Le Magasin pittoresque, 1876, p. 27 : les Ennemis des livres (articles anonymes). Cf. Ferdinand Denis, Histoire de l' ornementation des manuscrits, Yi. 1*25. (Paris, Curmer, 1857; in-4.)

2. Mlle AïssÉ. Lettres à Mme Catendrini, lettre XI, De Paris, 1727; p. 60. (Paris, Librairie des bibliophiles, 1878.)

tous les formats. Il en faisait des collections, suivant leur nationalité et les villes où il les trouvait, en sorte quavec des affiches, des notes manuscrites et des assemblages de toutes sortes et de toutes natures, il était arrivé à collectionner plus de cent volumes in-folio, qui se trouvent aujourd'hui au British Muséum ' . »

Cent volumes composés de feuillets arrachés dans les plus précieux ouvrages ! Ce n'est pas sans raison que William Blades, à qui j'emprunte ces détails, conclut que de tels enragés bibliomanes, « bien qu'ils s'arrogent eux-mêmes le nom de bibliophiles, doivent être classés parmi les pires ennemis des livres^ ^.

L'habitude de pratiquer des coupures dans les journaux a conduit certains écrivains ou publicistes à traiter de même les fascicules de leurs revues et les pages de leurs livres. De ce nombre on cite La- >rARTiNE^, Emile de GmARDix et Victor Fournei/.

\. William Blades, lea Livres et leurs ennemit^, p. 112. Trad. de l'anglais: Paris. Claudin, ISS-j.)

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