GlYOT-DALBÈi*, Op. Cit., p
."». Il me parait très probable que ni le médecin Camille F.\LCONET (16"l-I76'2i. ni le sculpteur Etienne FalcoxetiITIO- 1791) n'est coupable de ce barbare moyen de quintessencicr les livres, qu'on leur a confusément attribué à l'un et à l'autre. Victor FouRNEL (Edmond Guérard) raconte cette anecdote, précisément dans le Dictionnaire (l. I. p. 147) dont nous venons de parler, mais il n'ajoute au nom de Falconet aucun prénom ni aucune épithète. Il indique comme référence Panckoucke; mais ce nom isolé est insuffisant pour nous renseigner. M. Guyot-Dacbès (op. cit.. p. 57) accuse nettement, d'ailleurs sans preuve aucune ni indication de ~ource, « le célèbre médecin Falconet ». Pour M. Fertiallt les Légendes du livre, p. 200), le coupable serait Etienne Falconet qui « se rappelait sans doute avec terreur les 4.^000 volumes de son oncle Camille, le médecin. C'est d'Alembert qui conte le fait ". ajoute M. Fertiault. Dabord.
dans les livres les passages qui rintéressaient le plus, si bien qu'il réduisait à quelques feuillets des ouvrages considérables ; il appelait cela « n'en garder que la quintessence i>.
ainsi que Jal le démontre {Dictionnaire critique de biographie et cVhistoire. art. Falconet), rien ne prouve les relations de parenté entre Etienne et Camille Falconet; tout porte à croire, au contraire, qu'ils n'appartenaient pas à la même famille. Ensuite, si d'Alembert « conte le fait », il n'en nomme pas l'auteur. Voici le te.xte de d'Alembert (Encyclopédie,l. II, p. 228, col. 2, art. Bibliomanie) : '■ J'ai oui dire à un des plus beaux esprits de ce siècle qu'il était parvenu à se faire, par un moyen assez singulier, une bibliothèque très choisie, assez nombreuse, et qui pourtant n'occupe pas beaucoup de place. S'il achète, jtar exemple, un ouvrage en douze volumes où il n'y ait que six pages qui méritent d'être lues, il sépare ces six pages du reste, et jette l'ouvrage au feu. Cette manière de former une bibliothèque m'accommoderait assez, >■ conclut d'Alembert. Le médecin Camille Falconet, qui était un très obligeant érudit, possédait une " immense bibliothèque (elle renfermait 45000 volumes, dont 11000 entrèrent à la Bibliothèque du Roi....) Elle était au service de tout le monde.... Sa méthode était d'écrire ses observations sur des cartes (fiches). Il en laisse au moins 00000, dont la plupart doivent être très curieuses. • (Gri.mm. Correspondance littéraire, février 1762, t. \, pp. 46-47 ; Paris, Garnier, 1878.) Voir aussi Diderot, Œuvres complètes, t. XIII, p. 405, En'-ijctopcdie, art. Bibliothè(iue (Paris, Garnier, 1870). — A notre connaissance, aucun contemporain de Camille Falconet ne fait de lui un massacreur de livres, un biblioclaste, au contraire. Ce sont très probablement ses 90000 fiches, soigneusement confectionnées par lui et léguées à son ami Lacurne de Sainte-Palaye (cf. Hoefeiî, Biographie générale. art. Falconet), qui ont fait croire qu'il s'agissait, non de résumés, de réflexions ou d'extraits copiés à la main, mais d'extraits réels, de pages lacérées et enlevées. Telle la singulière confusion qui attribue à Buffon l'habitude d'écrire non seulement en abot et manchettes brodées, — ce qu
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L'th'udil bibliographe Jamet LE Jeune (1710-177N) avait aussi « la manie de former des recueils factices d'opuscules et brochures, parfois de fragments enlevés à divers ouvrages et relatifs à un sujet donné ; il faisait relier le tout, y joignait force notes en marge, et donnait le titre de Stromatcs aux collections qu'il créait ainsi' ».
Quant aux collectionneurs d'antiques couvertures de livres, rappelons que, dans une vente publique, la vente de la collection Dehoussent, qui eut lieu à Montreuil-sur-Mer, en mai ISfiO, on put voir « un monceau de couvertures de livres jadis reliés en maroquin ou en veau fauve par du Seuil, et presque lous aux armes de labbé de Dompmarlin..., M. Deroussent lui-même n'avait pas craint de dépecer de splendides in-folio en grand papier, qu'il avait vendus au poids à la garnison de Montreuil pour en confectionner des cartouches ! Il était possédé aussi de la manie des albums, et avait mutilé maint volume, enlevant les charmants frontispices gravés par Léonard Gaultier, et les portraits si recherchés dus au burin de Thomas de Leu^ »
n'offre rien d'impossible ni de bien surprenant, — mais sur ses manchettes amidonnées; plutôt que l'habitude d'écrire sur les marges ou manchettes de son papier tout simplement. — On a accusé de même, et sans preuve aucune, le moraliste Joubert de déchirer ses livres et d'en enlever toutes les pages qui lui déplaisaient : cf. supra, t. I, p. 184, notes.