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Annuaire du bibliophile, 1861, p

Et ce vandale se croyait un bibliophile modèle, digne de la reconnaissance et de Fadmiration de ses concitoyens.

Les relieurs ont été aussi maintes fois classés parmi les ennemis des livres ; le bibliographe William Blades. notamment, les prend à partie dans plus d'un chapitre de sa très intéressante monographie.

« Ah! que de ravages avons-nous vus,s'écrie-t-il', qui n'avaient d'autres auteurs que les relieurs î Vous j>ouvez prendre un air autoritaire, — vous pouvez donner par écrit des instructions aussi précises que s'il s'agissait de votre testament, — vous pouvez jurer que vous ne payerez pas si vos livres sont rognés : — c'est inutile. Le Credo d'un relieur est bien court, car il ne se compose que d'un article, et cet article lui-même ne comprend qu'un seul mot. l'horrible mot : « Rognures ! »

Et plus loin - :

« Dante, dans son Inferno, mesure aux âmes damnées diverses tortures, appropriées avec une opportunité toute dramatique aux crimes perpétrés par les victimes. Si nous avions à prononcer un jugement sur les relieurs coupables d'avoir détérioré certains volumes précieux que nous avons vus, où

[. Les livres et leurs ennemis, chap. ni, p. 54. '2. Chap. VHI. pp. 100-101.

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les feuilles vierges confiées à leurs soins ont, par leur négligence barbare, perdu leur dignité, leur beauté, leur valeur, nous ramasserions les rognures si impitoyablement enlevées, pour faire rôtir les coupables par leur lente combustion. Dans l'ancien temps, avant qu'on ail appris la valeur des reliques de nos premiers imprimeurs, il y aAail quelque excuse pour les péchés du relieur, qui s'égarait par rignorance, si générale alors ; mais, de nos jours, où la valeur historique et intrinsèque des anciens ouvrages est partout reconnue, on doit être sans pitié pour une aussi coupable négligence. >■

« De Rome', relieur célèbre du xvni'' siècle, à qui Dibdin a donné le sobriquet de « grand tondeur », raconte encore William Blades^ était, dans sa vie privée, un homme estimable ; mais il se livrait avec amour au vice de réduire les marges des livres qu'on lui confiait à relier. Il est allé si loin dans cette rage de rogner, qu'il n'a pas épargné un bel exemplaire des C/ri'oni(jiies de Froissart sur vélin, dans lequel se trouve un autographe du bien connu bibliophile de Thou, qu'il a taillé sans pitié ni merci "'. »

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