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Ap. Albert Colligxon, la Religion des Lettres, p. .ÏS'J

ô. - Emerson, avec cette intrépidité d'assertion qui le caractérise.... •• (Jules Levallois : cf. supra, chap. iv, p. lôo). D'autre pari. — et pour tâcher de faire entendre tous les sons, — H. DE Balzac a noté que - les grands conteurs : Ésope, Lucien, Boccace, Babelais, Cervantes, Swift. La Fontaine, Lesage, Sterne, Voltaire, Walter Scott, les Arabes inconnus des Mille et une IS'uits. sont tous des hommes de génie autant que des colosses d'érudition >■. (Petites Misères de la vie conjugale, p. 164; Paris, Librairie nouvelle, 1862.)

« les enveloppes royales qui déshonorent ces matériaux immortels », dût celte opération coûter quatre millions. « Nous n'en sommes pas à quatre millions près, quand il s'ag-it d'une opération publique, vraiment républicaine, et qui intéresse l'honneur national'. »

La Convention, grâce en partie à Marie-Joseph Chénier, repoussa celte barbare et stupide proposition.

Mais un autre écrivain du même temps, ce paradoxal et ce fou de Sébastien Mercier (1740-1814)*, — qui déclarait que le cri de la grenouille est des plus agréables à entendre, et que le prétendu chant du rossignol est horripilant ; que c'est le soleil qui tourne autour de la terre; etc."', — Mercier n'avait pas attendu l'avènement de la Révolution pour réclamer la suppression des bibliothèques publiques.

« Ce monument du génie et de la sottise, —

1. Ap. Eugène Despois, le Vandalisme révolutionnaire, p. 221. Voir particulièrement, dans cet ouvrage, sur le sujet qui nous occupe, les chapitres xv et xvi, Rapports de Grégoire sur le vandalisme et Bibliothèques.

2. « Fou furieux », dit le bibliophile Jacob {F Intermédiaire des chercheurs et curieux, 10 février 1877, col. 75); mais qui ne manque pas de talent, et dont les écrits sont d'une originalité parfois pleine d'intérêt.

5. Cf. Larousse, op. cit. •• Ce bizarre Mercier..., qui s'intitulait lui-même ■■ le premier livrier de France », est un de ces excentriques qualifiés aui frisent le génie et qui le manquent.... Il ne pouvait souffrir un livre relié, et, dès qu'il en tenait un. il lui cassait le dos. (Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. X, p. 84.)

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disait-il de la Bibliothèque du Roi, en 1781, — prouve que le nombre des livres ne fait pas les richesses de TespHt humain. C'est dans une centaine de volumes que résident son opulence et sa véritable gloire.... Oui saisira un flambeau pour anéantir cet absurde amas de vieilles et folles conceptions (c'est toujours de la Bibliothèque royale qu'il s'agit), que le génie, méconnaissant ses propres forces et se confiant en autrui, va consulter encore dans ses premières années, et qui lui font perdre un temps précieux! » C'était à peu près ou plutôt absolument le même langage que tenait au bibliophile Jacob, à qui j'emprunte ces détails', non pas un révolutionnaire, un énergumène ou un halluciné, mais un savant de l'Institut, un ministre de Napoléon 111, le maréchal Vaillant (1790-1872) : « Je vous fais de la peine, reprit le maréchal en voyant mon air consterné, — continue le bibliophile Jacob; — je ne puis pas cependant vous cacher ce que je répète sans cesse au conseil des ministres : Les bibliothèques publiques ne servent qu'à nourrir les vers et les souris, en coûtant beaucoup d'argent à l'État, et en occupant de vastes bâtiments qu'on pourrait mieux employer....— Oui, répliquai-je audacieusement, si on les transformait en casernes?... — Pourquoi pas? repartit vivement le ministre, qui n'aimait pas la

1. ] S Intermédiaire des chercheurs el curieux, 10 février 1877, col. 75-70.

contradiction. Au reste, j'attends qu'un bon incendie nous en débarrasse, un jour ou l'autre. »

Ce « bon incendie », la Commune allait se charger de l'allumer, et ce n'est pas sa faute si nous n'avons pas été « débarrassés » de la Bibliothèque nationale et des autres, comme de celle du Louvre.

Mais le comble, c'est le bibliothécaire bibliophobe, le bibliothécaire biblioclaste, le bibliothécaire qui n'aspire qu'à voir flamber tous les livres dont il a la garde, et qui appelle ce beau jour de tous ses vœux. Les types de cette race n'abondent pas, et l'on n'en cite jusqu'ici qu'un exemple : c'est encore le bibliophile Jacob qui nous le fournit. « Il y a vingt ans et plus, écrivait-il en 1877\ on avait fait un bibliothécaire dans une de nos grandes bibliothèques publiques; on l'avait fait de rien, car c'était un poète pour tout potage. Poète et bibliothécaire, c'est l'eau et le feu. Je fis compliment au nouveau bibliothécaire : « Oh! me répondit le poète, de l'air « le plus dégagé, je fais des vœux tous les jours « pour que la Bibliothèque brûle. — La Bibliothè- « que où vous êtes employé! m'écriai-je stupéfait. « — Sans doute... comme la bibliothèque d'Alexan- « drie. A quoi bon tant de livres qu'on ne lit pas et a qui ne méritent pas d'être lus? Il y a cinquante à « soixante ouvrages à conserver, cela suffit, et ces

L L'Intermédiaire des chercheurs et curieux. 10 février 1877, col. 75.

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« ouvrages-là sont dans les mams de tout le monde. « Le reste n"est bon qu'à être dévoré par les vers ou « mis en cendres. — Et vous êtes bibliothécaire! « repris-je en lui tournant le dos. »

C'est en 18o!2 ou 18')5, à la Bibliothèque de l'Arsenal, que la scène s'est passée. Bien entendu, parmi ces cinquante ou soixante ouvrages sauvés du désastre, ceux du barde en question devaient se trouver, ou plutôt il ne devait plus rester sur terre que ceuxlà, que le recueil de ses chants patriotiques et bibliques, fort émouvants d'ailleurs, vibrants, fulgurants et superbes '.

1. DiBDiN raconte, dans son Voiiarjc hibliographiquc... en France (t. IV, p. 28), que " Barrère [le conventionnel] proposa à Mercier [de Saint-Léger] comme une pensée lumineuse, d'extraire un abrégé du contenu de chaque livre de la Bibliothèque nationale; de faire imprimer avec magnificence ces extraits par Didot,et ensuite </e brûler tou.-i les livres d'où Us auraient clé pris. Cet idiot révolutionnaire ne pensa seulement pas qu'il pourrait exister mille exemplau'es du même ouvrage, et que plusieurs centaines de ces exemplaires pouvaient se trouver hors de la Bibliothèque. •■ Mais, comme le l'ait très bien observer le traducteur et annotateur Crapelet, toujours si exact et si judicieux, « il est probable que celte anecdote n'a d'autre source que l'imagination de M. Dibdin.... Barrère. fougueux révolutionnaire..., a toujours été l'ami des lettres, et l'auteur ne pouvait pas plus mal choisir le héros de son anecdote. ■•

Occupons-nous d'abord du prêt des livres dans les bibliothèques publiques.

Dans celles de ces bibliothèques où le prêt des livres au dehors est autorisé, les bibliothèques universitaires, par exemple, il est de règle de ne laisser sortir aucun des ouvrages qui sont fréquemment demandés pour être consultés sur place, et dont on ne possède que peu d'exemplaires, aucun ouvrage « de référence » surtout, aucun livre rare, précieux à un point de vue quelconque, au point de vue de la reliure notamment; aucun volume non plus faisant partie, comme les périodiques, d'une collection.

« Sont exceptés du prêt (au dehors) : 1° les livres demandés fréquemment; 2" les périodiques; o° les dictionnaires; 4» les ouvrages de prix; 5° les gravures, cartes et plans; 6" les ouvrages brochés*. »

1. Instrvxtion générale relative aux bibliothèques populaires, ap. Ulysse Robert, Recueil des lois concernant les bibliothcqnes publiques, p. 151. Voir aussi Gabriel Richou, Traité de iadiniaislralion des bibliothèques piubliques, pp. 174-175.

« Les ouvrages précieux, qu'il serait impossible, ou du moins très difficile, de remplacer, tels que les manuscrits, les incunables, les chartes, ne doivent pas être prêtés, dit, de son côté, Graesel, dans son Manuel de Bibliothéconomie^ \ on peut en dire autant des estampes, des dessins originaux et des cartes, pour lesquels une détérioration, même légère, constituerait une irréparable perte. Il faut exclure également du prêt tous les livres qui sont d'un usage courant, les recueils encyclopédiques, par exemple, les lexiques, glossaires, manuels, ouvrages de référence, les répertoires bibliographiques dont se servent les employés de la bibliothèque, enfin les collections, les revues et les publications académiques. Inutile d'ajouter que les livres non reliés, et ceux qui ne sont pas encore catalogués, ne doivent sortir sous aucun prétexte. »

Egger^ conseille, en outre, et avec grande raison, de ne prêter au public « que des livres faciles à transporter », c'est-à-dire d'un format maniable, ne dépassant pas l'in-octavo.

Il va sans dire que tout prêt doit être inscrit sur un registre.

Quant à la durée du prêt, « qui doit toujours être déterminée »% elle varie de huit ou quinze jours à

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