‹ Le livreChapitre 37 sur 152 · Ap. Fertiault, op. cit., p. 2.>i · texte numérisé non relu

Ap. Fertiault, op. cit., p. 2.>i

2. De l'abondance des livres, trad. Develaj-, pp. 21 et suiv. Cf. .nipra, t. I, p. 100.

5. Cf. Lucien, Contre un iynorant bibliomnne, % 4 (trad. Talbot; t. IL p. 275) : « Si la possession des livres suffisait pour rendre «avant celui qui les a, elle serait d'un prix inestimable; et si le savoir se vendait au marché, il serait à vous seuls qui êtes riches, et vous nous écraseriez, nous les pauvres. Et puis, qui pourrait le disputer en érudition aux

plicité des chemins trompe souvent le voyageur. Celui qui marchait sûrement sur une seule route hésite entre deux chemins, et son embarras redouble dans un carrefour de trois ou quatre chemins. De même souvent celui qui aurait lu avec fruit un seul livre en a ouvert et feuilleté plusieurs inutilement. »

Il y a des passionnés des livres et de l'étude qui, littéralement, se gavent et se soûlent de lectures, s'en abrutissent. C'est à leur sujet et contre leur intempérance que Montaigne, entre autres devises et sentences, avait fait inscrire celle-ci sur une des solives de sa « librairie » : Xc phi^isapiasrjuani necesse est, ne obsliipescas; « ce que nous nous permettons de traduire un peu librement : N'ayez pas trop de livres, de peur de vous abêtir, t> ajoute M. Gustave Mou ravit'.

a Dieu merci, s'écrie GuiPatin^, je suis à l'épreuve

marchand?;^ aux bouquinistes, qui en possèdent et en vendent en si grand nomijre? Cependant... », etc. Cf. aussi Ausone, Kinfjramine:i. XLIV, A Philomusus le grammairien (p. ^1. Collection Nisard, Paris, Didot, 1887) :

Emplis (|iio(l liln-is tilji liildioUieca referta est, Dootiini, etc.

« Parce que ta bibliotiièqiic est ijien garnie de livres achetés, tu le crois un savant et un grammairien, Philomusus! A ce compte, fais-moi provision de cordes, d'archets, d'instruments, et, tout cela payé, demain te voilà musicien. »

'i. Ap. Peignot. Manuel du bibliophile, t. I, p. P2!2. Nous

de la tentation de ces messieurs les acheteurs publics des sottises d'autrui: je ne veux que de bons ouvrages, c'est pour cela que j'ai une bibliothèque peu garnie. »

Saint-Évremond nous apprend ' qu" « un choix délicat » le réduit à peu de livres, où il cherche « beaucoup plus le bon esprit que le bel esprit » ; que ce sont les livres latins qui lui fournissent le plus d'agréments, et qu'il ne se lasse pas de les relire. « La vie est trop courte, dit-il encore ^ pour lire toute sorte de livres et charger sa mémoire d'une i infinité de choses, aux dépens de son jugement. »

« Quelques-uns, par une intempérance de savoir, et par ne pouvoir se résoudre à renoncer à aucune sorte de connaissance (sic), les embrassent toutes et n'en possèdent aucune, remarque La Bruyère "; ils aiment mieux savoir beaucoup que de savoir bien, et être faibles et superficiels dans diverses sciences, que d'être sûrs et profonds dans une seule. Ils Irou-

avons vu ci-dessus, lome I. p.Tge 131, que celle bibholhèque " peu garnie » se composait de dix mille volumes. Gui Patin restimait, en 1661, « plus de quarante mille francs -, ce qui en représenterait aujourd'hui plus de deux cent mille. (Cf. Gui Patin, lettre du 5 juin 1661 : Lettres choiaies, t. II, p. 274; la Haye, Van Bulderen, 1715.)

1. De la lecture et du choix des livres : Œuvres choisies. p. 403. (Paris, Gainier, s. d.)

2. Portrait de Sainl-Évremond fait par lui-même : op. cit.. p. 436. Voir, pour plus de détails sur Saint-Évremond, notre tome I, page 145.

5. Les Caractères, De la mode, p. 541). (Paris, Dezobi y, 1849.)

vent en toutes rencontres celui qui est leur maître et qui les redresse ; ils sont les dupes de leur vaine curiosité, et ne peuvent au plus, par de longs et pénibles elforts, que se tirer dune ignorance crasse. »

RoLLiN (1661-1741) a repris ce même thème' : « 11 vaut bien mieux s'attacher à un petit nombre d'auteurs choisis, et les étudier à fond, que de promener sa curiosité sur une multitude d'ouvrages qu'on ne peut qu'effleurer et parcourir rapidement. »

Et Vauvenargues^ : « Si nous étions sages, nous nous bornerions à un petit nombre de connaissances, afin de les mieux posséder. Nous tâcherions de nous les rendre familières, » etc.

Plus rationnel et meilleur nous semble le conseil de lord Brouguam (1779-1868) •' : « Il est bien d'étudier quelque sujet à fond, et un peu de chaque sujet ».

« J'oubliais à vous dire, — écrit Racine à son fils S — (jue j'appréhende que vous ne soyez un trop grand acheteur de livres. Outre que la multitude ne sert qu'à dissiper et à faire voltiger de connaissances en

1. De la manière d'cnseujner et d'étudier les belles-lettres, livre III, chap. ni; t. II, p. 78. (Paris, Vve Estienne, 1748.)

-. De l'amour des sciences et des lettres : Œuvres choisies. p. 199. (Paris, Didot, 1858; in-l8.)

5. Ap. John LuiiuocK, le Bonheur de vivre, t. I, p. 6i. Paris, .\kan, 1891.)

4. Lettre du 2i juillet 1698 : Gùivres complètes, t I, p. 598. (Paris, Hachette, 180i.)

connaissances, souvent assez inutiles, vous prendriez même l'habitude de vous laisser tenter de tout ce que vous trouveriez. Je me souviens toujours d'un passage des Offices de Cicéron, que M. Nicole me citait souvent pour me détourner de la fantaisie d'acheter des livres : Non esse eniacem, vectigal est : <t C'est un grand revenu que de n'aimer point à ache- « ter ». ]\Iais le mot d'emacem est très beau, et a un grand sens. »

Voltaire est revenu souvent sur cette question de la multiplicité des livres, et sur les réflexions que suggèrent cette abondance et cette immensité.

« Une grande bibliothèque a cela de bon, dit-iP, qu'elle efïraye celui qui la regarde. Deux cent mille volumes découragent un homme tenté d'imprimer; mais malheureusement il se dit bientôt à lui-même : On ne lit point tous ces livres-là, et on pourra me lire. Il se compare à la goutte d'eau qui se plaignait d'être confondue et ignorée dans l'Océan : un génie eut pitié d'elle; il la fit avaler par une huître; elle devint la plus belle perle de l'Orient, et fut le principal ornement du trône du grand mogol....

« Notre homme travaille donc au fond de son ga* • letas avec l'espérance de devenir perle.

« Il est vrai que, dans cette immense collection de i livres, il y en a environ cent quatre-vingt-dix-neuf i

l. Dictionnaire philosophique. arL Bibliothèque, tome I, p pages 189-190. (Paris, édit. du journal le Siècle, 180'*) ,

BEAUCOUP DE LIVRES OU PEU ï 101

mille qu'on ne lira jamais, du moins de suite ; mais on peut avoir besoin d'en consulter quelques-uns une fois en sa vie. C'est un grand avantat^e, pour quiconque veut s'instruire, de trouver sous sa main, dans le palais des rois, le volume et la page qu'il cherche, sans qu'on le fasse attendre un moment. C'est une des plus nobles institutions. Il n'y a point eu de dépense plus magnifique et plus utile.

« La bibliothèque publique du roi de France est la plus belle du monde entier, moins encore par le nombre et la rareté des volumes que par la facilité et la politesse avec laquelle les bibliothécaires les prêtent à tous les savants. Cette bibliothèque est sans contredit le monument le plus précieux qui soit en France.

« Cette multitude étonnante de livres ne doit point épouvanter. On a déjà remarqué' que Paris

I. Voltaire lui-même, qui, dans ses Conseils à n7i joitrnalislc [Œiivre<i romplètcn, t. IV, p. 615), écrivait : « Un lecteur en use avec les livres comme un citoyen avec les hommes. On ne vit pas avet tous ses contemporains, on choisit quelques amis. Il ne faut pas plus s'effaroucher de voir cent cinquante miile volumes à la Bibliothèque du Roi, que de ce qu'il y a sept cent mille hommes dans Paris. » Et ail- Icius : " ... Le fait est que la multitude de livres inlisibles déiroùte. Il n'y a i)lus moyen de rien apprendre, parce qu'il y a trop de choses à apprendre.... La vue d'une bibliothèque me fait tomber en syncope. » (Voltaire, Crititjiie liislarique. Lettres Chinoises, XII : Œuvres complètes^ t. V, p. 5G8.) Cf. encore ce qu'écrit l'abbé S.\.batieh de Castkes (1742-1817): «La

contient environ sept cent mille hommes, qu'on ne peut A'ivre avec tous, et qu'on choisit trois ou quatre amis. Ainsi, il ne faut pas plus se plaindre de la multitude des livres que de celle des citoyens. »

C'est ce qui faisait dire au bibliographe Bollioid- Mermet (1709-1795)' : « Il en est des livres comme des amis. Les bons sont rares, mais quand même ils seraient tous excellents, penserait-on qu'il fût expédient d'en avoir beaucoup, et possible de les tous cultiver? On ne s'attacherait intimement à aucun, » etc. Après avoir conseillé de relire souvent les meilleurs livres, les chefs-d'œuvre de l'esprit humain, le même écrivain, que Jules Richard appelle sans raison « un des hommes les plus ennuyeux du xAin'" siècle* », continue par ces considérations pleines d'à-proposet

miillitude des livres est le seul moyen d'en éviter la perle ou l'entière destruction. C'est cette niuilij^licité qui les a préservés des injures des temps, de la rage des tyrans, du fanatisme des persécuteurs, des ravages des barbares, et qui en a fait passer, au moins une partie, jusqu'à nous, à travers les longs intervalles de l'ignorance et de l'obscurité.... La multitude prodigieuse des livres est parvenue à un tel degré que, non seulement il est impossible de les lire tous, mais même d'en savoir le nombre et d'en connaître les titres. « On ne pourrait pas lire tous les livres, dit un au- •■ teur du dernier siècle, quand même on aurait la confor- ■< niation que Mahomet donne aux habitants de son paradis, « où chaque homme aura 70 000 tètes, chaque tète 70 000 ■< bouches, et chaque bouche 70 000 langues, qui parleront ■< toutes 70 000 langages différents. •- {Ap. Ferti.\ult, op. cit., p. 285.)

1. Eauai xur la lecture, pp. 70-74. (Lyon, Duplain, 17C5.) '2. Jules Richard, VArt de former une bibliolliâijue, p. 107.

de juslespo : « Ce qui a échappé à une première lecture se découvre dan? une seconde. D'ailleurs, le cnractère distinctif des meilleurs ouvrages est une sorte de fécondité lumineuse qui semble s'y reproduire sans cesse, et qui offre aux esprits contemplatifs et pénétrants des principes inépuisables, des idées toujours nouvelles. On ne se lasse jamais de ce qui est beau, parce qu'il a toujours droit de plaire. Ainsi, une lecture exquise et instructive ne saurait être trop répétée. On ne sent jamais mieux son prix que lorsqu'on V revient souvent '. »

Et ailleurs- :

« L'homme ne peut pas tout apprendre ni tout approfondir. Son intelligence n'est pas universelle ; ses talents sont bornés dans leur nombre comme dans leur étendue. Il ne devient savant qu'à force de temps et de travail; et encore sa vie est trop courte pour qu'il puisse arriver à quelque perfection dans une seule science. 11 faut donc qu'il opte entre plusieurs talents: ou plutôt qu'il s'attache à celui qui se manifeste en lui par l'indication rarement trompeuse de la nature, et, par conséquent, qu'il se détermine à un plan de lectures conforme à son goût particulier, au caractère de son génie, à ses facultés, à son état, et au genre de connaissances qu'il peut acquérir. »

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