‹ Le livreChapitre 41 sur 152 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

Op. cit., p

2. Le génial naturaliste et phjsiologisle et maître écrivain Alphonse Tousse^el (1805-188.^) était loin de partager cette admiration, sincère ou de commande, pour la Dihie. Voici ce qu'il noua dit, tout franchement et crûment : " La Bible, que je n'aime pas. parce que c'est le livre où tous les peuples de proie, le .Tuif, l'Anglais, le Hollandais et les antres ont appris à lire; la Bihle, ([ui contient tant de calomnies contre le Créateur; la Bible a eu, par hasard, une idée ingénieuse à propos de la fouine : elle a prohibé la chair de cet animal, qui se prohibait bien toute seule, sous prétexte qu'il avait la mauvaise habitude de faire ses petits par la bouche.... » {L'Esprit des bêles, p. 488; Paris, Dentu, 1862.)

7). <■ ... Après un excellent dîner, on entra dans la bibliothèque. Candide, en voyant un Homère magnifiquement relié, loua l'illustrissime (Pococurante) sur son bon goût. « Voilà, dit-il, un livre qui faisait les délices du grand Pangloss. le meilleur philosophe de TAllemagne. — Il ne fait pas les miennes, dit froidement Pococurante; on me fit accroire autrefois que j'avais du plaisir en le lisant; mais cette répétition continuelle de combats qui se ressemblent tous, ces dieux qui agissent toujours i)our ne rien faire de décisif.

Shakespeare, Cervantes, Montaigne, Vlmitation de JésMS-C/irîsf, Rabelais, Molière. La Fontaine, Bossuet, Voltaire, Jean-Jacques, Hugo, Balzac, etc.

celte Hélène qui est le sujet de la guerre, et qui à peine est une actrice de la pièce; cette Troie qu'on assiège et qu'on ne prend point; tout cela me causait le plus mortel ennui. J'ai demandé quelquefois à des savants s'ils s'ennuyaient autant que moi à cette lecture : tous les gens sincères m'ont avoué que le livre leur tombait des mains, mais qu'il fallait toujours l'avoir dans sa jjiljliothèque, comme un monument de l'antiquité, et comme ces médailles rouillées qui ne peuvent être de commerce. — Votre Excellence ne pense l)as ainsi de Virgile? dit Candide. — Je conviens, dit Pococurante, que le second, le quatrième et le sixième livre de son Enéide sont excellents; mais, pour son pieux Énée, et le fort Cloanthe, et l'ami Achates, et le petit Ascanius... et l'imbécile roi Latinus, et la bourgeoise Amata, et l'insipide Lavinia, je ne crois pas qu'il y ait rien de si froid et de plus désagréable. J'aime mieux le Tasse et les contes à dormir debout de l'Ariosle.... Les sots admirent tout dans un auteur estimé. Je ne lis que pour moi; je n'aime que ce qui est à mon usage. » (Voltaire, Candide, chap. xxv.) Et Georges Avenel, annotateur de Voltaire, ajoute, en tète de ce chapitre xxv, qu' « on peut considérer les jugements que Pococurante va porter sur la peinture, la musique et la littérature, comme étant l'opinion de Voltaire lui-même sur les mêmes sujets, en 1750. » (Voltaire, Œuvres complètes, t. VI, p. '205; Paris, édit. du journal le Siècle, 1809.) Dans son Essai sur la poésie épique, composé en 172(3-173"», Voltaire se montre bien moins sévère pour Homère comme pour Virgile :

■< Ceux qui ne peuvent pardonner les fautes d'Homère en faveur de ses beautés sont la plupart des esprits trop philosophiques, qui ont étouffé en eux-mêmes tout sentiment. On trouve dans les Pensées de M. Pascal qu'il n'y a point de beauté poétique, et que, faute d'elle, on a inventé de grands mots comme fatal laurier, bel astre, et que c'est cela qu'on appelle beauté poéti(iue. One prouve un tel passage, sinon que l'auteur parlait de ce qu'il n'entendait pas? Pour juger

Comme exemples, nous indiquerons les « enquêtes » ouvertes à ce sujet par V Inln'rrK'dirnre des rher-

des poètes, il faut savoir sentir, il faut être né avec quelques élinrelles du feu qui anime ceux qu'on veut connaître.... Qu'on ne croie point encore connaître les poètes par les traductions : ce serait vouloir apercevoir le coloris d'un tableau dans une estampe. Les traductions augmentent les fautes d'un ouvrage, et en gâtent les iieautés. Oui n'a lu que Mme Dacier n'a pointiu Homère; c'est dans le grec seul qu'on peut voir le style du poète, plein de négligences extrêmes, mais jamais an'eclé, et ])aré de l'harmonie naturelle de la |)lus belle langue qu'aient jamais parlée les hommes. Enfin, on verra Homère lui-même, qu'on trouvera, comme s^'s héros, tout plein de défauts, mais sublime....

X Cet ouv.'age, [l'Enéide de Virgile], que l'auteur avait condamné a ix flammes, est encore, avec ses défauts, le plus beau monument qui nous reste de toute l'antiquité.... .le viens à la grande et universelle objection que l'on fait contre V Enéide : les six derniers chants, dit-on, sont indignes des six premiers. Mon admiration pour ce grand génie ne me ferme point les yeux sur ses défauts; je suis persuadé qu'il le sentait lui-même, et que c'était la vraie raison pour laquelle il avait eu dessein de brûler sonouvi-age. Il n'avait voulu réciter à Auguste que le premier, le second, le quatrième et le sixième livre, qui sont effectivement la plus belle partie de VÈnéide. Il n'est point donné aux hommes d'être parfaits. Virgile a épuisé tout ce que l'imagination a de plus grand dans la descente d'Énée aux enfers; il a dit tout au cœur dans les amours de Didon; la terreur et la compassion ne peuvent aller plus loin que dans la description de la ruine de Troie ; de cette haute élévation, où il était parvenu au milieu de son vol, il ne pouvait guère que descendre. Le projet du mariage d'Énée avec une Lavinie ((uil n'a jamais vue ne saurait nous intéresser après les amours de Didon; la guerre contre les Latins, conuiiencée à l'occasion d'un cerf blessé, ne peut que refroidir l'imagination échauffée par la ruine de Troie. Il est bien difficile de s'élever quand le sujet baisse. Cependant il ne faut pas

'heur.^ et curieux en 1887-1889, par la Revue politique et littéraire (Revue Bleue) en 1895, et la série d'articles intitulés Du choix île vingt livres, publiés par l'ancien ministre de l'Instruction publique, Agénor Bardoux (1850-1897), dans le Magasin pittoresque de février et mars 1887 '.

« Je voudrais, dit Bardoux au début de ses articles, composer une petite bibliothèque, la bibliothèque de ceux ou de celles qui, ayant dépassé la jeunesse et ayant reçu une instruction suffisante, désirent posséder ce qu'il y a de plus élevé et de plus original à la fois dans tous les trésor;? de l'esprit humain, dans toutes les littératures.

« Vingt livres, à la rigueur, suffiraient.

« ... Et d'abord, sur le rayon de notre petite bibliothèque, nous placerions la Bible, V Ancien et le Nouiwan Textamenl. »

Viendraient ensuite : Homère, Sophocle et Plularque, Virgile et Tacite, Dante, Shakespeare (choix), Daniel de Foë (Robinson Crusoé), Byron (choix), Cervantes (Don Quichotte), Gœthe (Faust), Franklin (choix), Corneille, Racine, Pascal, La Fon-

croire que les six derniers chants de l'Enéide soient sans beautés; il n'y en a aucun où vous ne reconnaissiez Virgile : ce f[ue la force de son art a tire de ce terrain ingrat est presque incroyable.... (Voltaihe, Essai sur la poésie épique, chap. II et III : Œuvres complètes, t. III, pp. 6'2 et 63; PariSj ('■dit. du Journal le Siècle, 18B8;) 1. Pages 41, Oi! et 78.

taine. ^Molière, Vollaire (choix de lettres), et « un large extrait des poésies de Lamartine et de Victor Hugo » pour le vingtième volume.

« J'ai cependant un regret en finissant, ajoute très joliment l'auteur'. Nous avons tous dans un coin de notre esprit un vingt et unième volume. Ce livrelà, je ne le désignerai pas. C'est la part que je laisse à la fantaisie, au goût particulier, et aussi à la mélancolie et au besoin de consultation. Pour quelquesuns d'entre vous ce vingt et unième volume sera un souvenir. »

L'enquête ouverte par r Intermédiaire provoqua la curieuse et très suggestive lettre suivante de M. Jules Lemaître (I800-. • . •)^ :

« L'Intermédiaire des chercheurs m'a posé la question suivante :

« Quels sont les vingt volumes que vous choisiriez « si vous étiez obligé de passer le reste de votre vie « avec une bibliothèque réduite à ce nombre de « volumes? »

« Voici la liste que j'ai dressée après quelques hésitations :

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