Op. cit., p
7). Op. rit., |>. 505.
Ailleurs*, M. Albert Collignon cite cette instante recommandation de Prévost-Paradol (1829-1870) : « Restons fidèle au culte des Lettres; vivons le plus possible dans la fréquentation des écrivains immor-
î. Dans la Religion des Lettres, p. 103. Voir encore la profession de foi de M. Camille Saint-Saëns (1835- ), dans son
petit volume PnMèmes et Mystères (Paris, Flammarion, 1894), dont voici un extrait des conclusions : (En fait d'idéal et d' '■ au-delà ••) •• Est-ce que vous n'a^ez pas la science? Est-ce que vous n'avez pas l'art ? En fait de mystère, qu'y a-t-il de plus profond que la Nature? En fait d'idéal, qu'y a-t-il de plus élevé que l'Art?... Mais enfin, si loin que soit ce jour, il viendra, celui de la fin de notre espèce! Le soleil s'éteindia; peut-être avant ce temps la terre aura-t-elle résorbé ses mers, son atmosphère, et serat-elle devenue impropre à la vie ; après avoir progressé dans des proportions que nous ne pouvons imaginer, l'humanité régressera, dégénérera, disparaîtra. - Et il ne resterait « rien de nous, qui avons pensé, de nous, qui avons aimé, " «jui avons souffert! Ce n'est pas possible. Nous sentons • en nous quelque chose (jui ne peut périr! » Soyez tranquilles, personne ne vous prouvera le contraire. Mais ce que nous sentons en nous pourrait très bien n'être ipie l'insliiK l de la conservation, transfiguré par notre imagination, qui eu a fait bien d'autres, transformant, par exemple, les brouillaids et les feux follets en fées, fantômes et revenants, auxquels on a cru pendant des siècles.... Mais alors où est le Bit? Le but? Il n'y en a pas. Rien, dans la nature, ne tend h un but, ou plutôt chaque but est à son tour un point de déi»art.... On s'est toujours cassé le nez en cherchant les causes finales; cela tient peut-être tout simplement à ceci, qui! n'y a pas de causes finales. En tout cas, s'il y en a, il en va exactement pour nous comme s'il n'y en avait point. Si nous sommes emprisonnés dans le temps comme dans l'espace, tâchons de nous accommoder de notre prison; quoi qu'on en dise, elle est assez vaste pour nous. Pénétrnns-nous de cette vérité,, que rhumanité est un corps dont nous sommes une molécule, et que le vuju de là na-
tels qui ont exprimé avec le plus de bonheur les ;
meilleures pensées de l'humanité ; plus nous les ;
connaîtrons, plus nous aimerons la justice et l'hon- '
neur, plus nous serons éloignés de ce qui pourrait i
émousser notre sens moral et affaiblir la dignité de ]
notre ame. » j
lure est que nous vivions pour les autres, qui sont nous- i mêmes. Profitons de l'héritage de nos aines; travaillons 1 pour que ceux qui nous suivront soient plus heureux que ■ nous, s'il est possible, et nous soient reconnaissants de l'existence que nous leur aurons préparée. Nous verrons alors que la vie est bonne, et, le moment venu, nous nous i endormirons avec le calme et la satisfaction de l'ouvrier ' qui a Uni sa tâche et bien employé sa journée. Les joies ; <[ue la nature nous donne, qu'elle ne refuse même pas com- , plètement aux plus déshérités d'entre nous, celles que pro- \ cure la découverte des vérités nouvelles, les jouissances J esthétiques de l'art, le si)ectacle des douleurs soulagées et ' les elTorls pour les supprimer dans la mesure du possible, tout cela peut suffire au bonheur de la vie. Il est à craindre que tout le reste ne soit que folie et chimère. Des hommes sérieux et éclairés, de grands savants, croient pourtant à ces ■■ chimères » et à ces <■ folies ». Cela ne prouve rien; la logique ne gouverne pas toujours les hommes, fussent-ils éminents, et les contradictions les plus surprenantes vivent à l'aise dans le milieu élastique de la conscience. Kepler, le grand Kepler, un des fondateurs de la science moderne, l'auteur des lois immortelles qui portent son nom, croyait à l'astrologie: il écrivait sérieusement que la conjonction de Jupiter et de Saturne, dans le signe du Lion, j)ouvail provoquer des insurrections. Une des forces les plus mystérieuses de la nature, l'atavisme, est la source de ces illogismes et la cause que certaines idées préconçues résistent à tous les assauts de la raison. Humiliée par la foi, déifiée parla librepensée, la raison reste ce qu'elle est : le gouvernail du navire, rien de plus. Cela suffit pour qu'il soit impossible de s'en passer. » (Camille S.\iNT-S.\iiKS, op. cit., pp. 74 et 81-89.)
Bien d'autres extraits mériteraient de prendre place ici, dans ce chapitre de « la Religion des Lettres ».
D'abord cette règle de conduite du savant et vertueux Abauzit (1679-1767)' : « Être plutôt que paraître, savoir plutôt qu'enseigner, préférer une vie égale et tranquille avec l'estime des siens à une réputation lointaine, renoncer aux chimères, aux grands desseins, pour cultiver cette sorte de mérite qui a sa récompense en soi-même et se suffit.... »
Puis cette profession de foi de Voltaire (1694- 1778)- : « Au milieu de tous les doutes qu'on tourne depuis quatre mille ans en quatre mille manières, le plus sûr est de ne jamais rien faire contre sa conscience. Avec ce secret, on jouit de la vie, et on ne craint rien à la mort. Il ny a que des charlatans qui soient certains. Nous ne savons rien des premiers principes. Il est bien extravagant de définir Dieu, les anges, les esprits, et de savoir précisément pourquoi Dieu a formé le monde, quand on ne sait pas pourquoi on remue son bras à sa volonté. Le doute