Ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. X\'. p. IÔ
'i. Correspondance, leltip h Fivdéiic-Guillnuinp. 28 noveinljic 1""0, t. VIII, p. 80Ô. (P;iris, édit. du journal U >ièr(e, 1870.)
n'est pas un étal bien agréable, mais l'assurance est un état ridicule*. »
De Mirabeau (1749-1791) : « Mais enfin que penses-tu ? me dira peut-être Sophie. Y a-t-il un
i. Voltaire renouvelle fréquemment cette constatation do l'irrémédiable et foncière ignorance humaine : •• ... Comment donc pommep-nous assez hardis pour affirmer ce (juc c'est que l'âme ? Fs'ous savons certainement que nous existons, que nous sentons, que nous pensons. Voulons-nous faire un pas au delà, nous tombons dans un abîme de ténèbres : et, dans cet abîme, nous avons encore la folie témérité de disputer si cette âme, dont nous n'avons pas la moindre idée, est faite avant nous ou avec nous, si elle est périssable ou immortelle. » Etc. {Dictionnaire philosophique, art. Ame ; t. L pp. 76-77.) <■ ... Il y a des gens qui ont résolu toutes ces questions. Sur quoi un homme d'esprit et de bon sens disait un jour d'un grave docteur : " Il faut que cet homme-là soit « un grand ignorant, car il répond à tout ce qu'on lui « demande. «{Op. cit.,ari. Annales; t. I, p. 108.) « ...Vous me demandez comment le penser et le vouloir se forment en vous. Je vous réponds que je n'en sais rien. .Je ne sais pas plus comment on fait des idées, que je ne sais comment le monde a été fait. Il ne nous est donné que de chercher à tâtons ce qui se passe dans notre incompréhensible machine. » {Op. cit., art. Franc Arbitre; t. I, p. 407.) « Les gens de lettres qui ont rendu le plus de services... sont les lettrés isolés, les vrais savants renfermés dans leur cabinet, qui n'ont ni argumenté sur les bancs des universités, ni dit les choses à moitié dans les académies; et ceux-là ont presque tous été persécutés. Notre misérable espèce est tellement faite, que ceux qui marchent dans le chemin battu jettent toujours des pierres à ceux qui enseignent un chemin nouveau. •- (Op. cit., art. Lettres, Gens de lettres; t. I, p. 507.) « Après les assertions des anciens philoso|>hes,... que nous reste-t-il? un chaos de doutes et de chimères. Je ne crois pas qu'il y ail jamais eu un philosophe à système qui n'ait avoué à la (in de sa vie qu'il avait perdu son temps. Il faut avouer que les inventeurs des arts mécani(iues ont été bien
Dieu? n'y en a-t-il pas? Se mêle-1-il des affaires de ce monde? ne s'en mêle-t-il pas? Ici, je te répondrai naïvement ce que je t'ai répondu et ce que je té répondrai bien souvent : Je n'en sais rien; ce sont quatre grands mots, crois-moi'. Je n'en sais rien, et peu m'importe, parce que je suis assuré qu'il m'est impossible d'en savoir plus que j'en sais, et que ma bonne foi, mes sentiments, mes intentions, ne sauraient déplaire à l'être infiniment juste, s'il en est un. Je -ne sais ni s'il existe, ni comment il existe; mais je sais que le bien moral, utile et même nécessaire à l'homme, indispensable à l'organisation et au mainlien de la société, est obligatoire pour tout être raisonnable.... Je sais que, s'il est un Dieu, l'homme juste et bon lui sera agréable. Je sais que, s'il n'en est pas, l'homme juste et bon sera souvent le plus heureux et le moins agité, et qu'alors même qu'il sera persécuté et malheureux, le témoignage de sa
plus utiles aux hommes que les inventeurs des syllogismes : celui qui imagina la navette l'emporte furieusement sur celui qui imagina les idées innées. ■■ {Op. cit., art. Philosophie; t. I, p. 577.)
1. « ... Si je comprends bien, vous non plus vous ne croyez pas à un au-delà?... — Excusez-moi, monsieur, je n'ai pas d'oi)inion là-dessus. C'est comme si vous me demandiez s'il y a des trulTes au pied de cet arbre : il est possiljle (pi'il y en ait, il est possible (pi'il n'y en ait pas. La seule dilTérence est que nous pourrions creuser pour nous en assurer, tandis que nous aurions beau creuser ce prol)lème.... » (Léon Barracand [1844-....], VAdoratioti, p. 172; Paris, Lemerre, 1893.)
conscience adoucira ses maux, que des remords envenimeraient, comme ils empoisonnent sans doute Ta prétendue félicité des méchants'. » Elc. « On dit communément que, si la divinité n'est pas, il n'y a que le méchant qui raisonne, le bon est un insensé. Mais pourquoi, si le bon est le plus paisible, le moins agité, le mieux garanti*? »
\. Mirabeau, Lettres d'umour, pp. 293-294. (Paris, Garnier, •1874.)
2. Id., Lettres de carhet, chap. ii, p. 54. (Hambourg, sans nom (ledit., 1782.) Ailleurs {Lettres d'amour, pp. 29Î-292), Mirabeau dit encore : ■■ ...Tu vas en juger par ma profession de foi, que tu m'as déjà demandée deux fois et que que je n'ai jamais eu le temps de te faire, parce que toutes ces discussions, immenses à faire, difficiles à résumer, n'apprennent, après tout, qu'un gros rien, si l'on veut être de bonne foi. Un ancien philosophe, interrogé par un roi sur l'essence de la divinité, demanda du temps pour y répondre. Le délai expiré, il en demanda un autre. Enfin, pressé de s'expliquer, Simonide dit à Hiéron : « Plus j'e.xa- « mine cette matière et plus je la trouve au-dessus de mon « intelligence ■•. Je crois «jue Simonide a bien dit. — Veuxtu de grands et de beaux mots ? Racine te dira, en parlant de Dieu :
L'Éternel est son noni, le monde csl son ouvrage. Et voilà un admirable vers, mais une mauvaise définition. \'eux-tu quelque chose de plus grand et de moins vague? Lis cette inscription que Plutarque dit avoir été gravée sur le temple de Sais : •• Je suis tout ce qui a été, qui est, et ce '• qui sera; et nul d'entre les mortels n'a encore levé mon >. voile... ». En effet, on ne peut faire un aveu plus sublime d'une invincible ignorance. Je t'entends bien d'ici, toi qui marches pas à pas. et ne crois point sur parole. 11 faudrait, dis-tu sans doute, prouver qu'il y a un Dieu, avant d'expliquer ce que c'est que Dieu. Peut-être l'un n'esl-il guère plus facile que l'autre; car te démontrer l'existence de Dieu, en faisant attention à la nature de l'être infiniment j)arfait et à
De Goethe (1749-1852)' : « S'occuper des idées sur limmortalité [de l'âme], cela convient... aux femmes qui n'ont rien à faire. Mais un homme d'un esprit solide, qui pense à être déjà ici-bas quelque chose de sérieux, et qui, par conséquent, a chaque jour à travailler, à lutter, à agir, cet homme laisse tranquille le monde futur, et s'occupe à être actif et utile dans celui-ci. »
Et cette autre belle profession de foi du critique Charles Labitte (1816-1845)- : « II y a un mot de Bossuet ou de Fénelon"^ qui dit : « L'homme s'agite
pcs allributs, c'est-à-dire par une démonslralion diiecle, i>ar des raisonnements tirés de la nature même du sujet, c'est supposer l'idée de l'infini, qui est inconcevable: c'est mettre en fait ce qui est en question, et ces sortes de preuves sont tout au moins insuffisantes. — Démontrer l'existence de Dieu par celle du monde et de l'univers, c'est-à-dire indirectement, c'est une tâche bien difficile; car les lois simples qui dérivent de la forme imprimée à la matière nécessitent bien un premier mouvement; mais ce premier mouvement sera-t-il Dieu:' Il faut convenir que celte première cause est très inconnue, très obscure, et. par conséquent, de nulle application, de nulle utilité dans les choses liumaines. » Etc.... " Dieu, qui ne se mêle de rien ostensiblement; Dieu, «lui — selon l'expres&ion de Jacob Boeume (157.J-1624), — est le silence éternel >- (George Sand, ht Comtesse de Rudulsladt, chap. xix, t. 1, \). '286: Paris. Michel Lévy, 1867), Dieu ne se manifeste à nous que par le culte que nous lui rendons.
1. Conversations recueillies par Eckermann, Irad. Déieiot, t. I, i)p. 10.'5-104.