AU DEDANS
L'âme, — ce que le Livre envoie à notre esprit; Ce que, dans ses feuillets, en legs cher et suprême, Un lumineux cerveau nous laissa de lui-même; Conseils 'qu'un ami mort chaque jour nous écrit;
Fluide que l'auteur en inspiré surprit
A l'heure oîi du génie il reçut le baptême,
Et que, pour nous toucher, nous, ses enfants qu'il aime,
Il fixa dans son texte où sa voix nous sourit.
C'est cet éclair, ce feu, ce rayon (juon sent vivre, Qu'il me plaît de nommer l'àme, l'âme d» Livre, Et c'est ce ([ue j'y bois pour me désaltérer :
Leçons de mes penseurs, hymnes de mes poètes,
J'ai tout ce (jui me fait aimer, croire, espérer.
Dans ces pages du cœur... qui pour vous sont muettes'.
C'est à M. Fertiault, le sonnettiste bibliophile renommé, qu'Alexandre Piedagnel (1851-1900), un aulre poète, pareillement doublé d'un bibliophile, adressait, en 1876, ces gracieux quatrains :
Vous allez donc parler de lui.
De cet ami vraiment fidèle.
Qui du cœur sait chasser l'ennui.
Donnant toujours fête nouvelle?
l. Fehtiallt. lea Amoureux du liore, pp. ti et '.
Vous nous (lirez sou vif esprit, Exempt de morgue et d'hyperl)ole; Comme on le cultive avec fruit, Comme il charme, connue il console.
Ah! l'aimable et franc compagnon, Sous bois, en juin; puis, dans la chambre, — Porte close au souci grognon, — Devant un feu clair, en décembre !
On peut le prendre — ou le laisser, Dédaignant sa verve brillante :
Nul ne risque de l'offenser.
Tant son humeur est bienveillante.
Ami sincère et sans apprêt, Parfois même il se plaît à rire; Conseiller sûr et toujours prêt.
Chacun l'interroge — et l'admire.
De modeste toile vêtu, Ou couvert de fine dorure, Il rend au malade abattu L'espoir qui soudain transfigure.
En vain les hivers passeront.
Détruisant palais et tonnelle ; Nos enfants le retrouveront, Plein d'une jeunesse éternelle.
Du causeur cher à nos loisirs.
Racontez la grâce et la gloire!
On lui doit tant de doux plaisirs, Ou'il faut retracer son histoire.
Ce thème est sage et ravissant :
Célébrez l'attrait du bon Livre ; Il en sera l'econnaissant, — Et vous voilA bien sur de vivre'!