‹ Le livreChapitre 88 sur 152 · MiCHAUD, r,p. cil · texte numérisé non relu

MiCHAUD, r,p. cil

2. Ces expressions el les citations suivantes sont de Ludovic Lal.vnxe (Curiosiléii hiograpliiquex, pp. .52-55), qui reproduit le récit du professeur Heyman, d'après Disraeli [Curiosities of literature). Sur Magliabecchi et le professeur Heyman, voir aussi Fertiaclt, Drames el Cancans du livre. le Souper du savant, p]). 1M-I58.

BlBLlOiMANES ET BIBLIOLATRES. 237

tapissés, depuis le haut jusqu'en bas. Parvenu au second étage, vous étiez tout surpris d'en voir les salles inondées comme celles du premier; elles en étaient tellement encombrées, que deux beaux lits, qui s'y trouvaient montés, disparaissaient, pour ainsi dire, sous leur prodigieux amas.

« Cette confusion apparente n'empêchait cependant pas Magliabecchi de trouver les livres dont il avait besoin; il les connaissait si bien, et môme les plus petits d'entre eux, qu'il les distinguait à la couverture. Il mangeait sur ses livres, dormait sur ses livres, et ne s'en séparait que le plus rarement possible.

« Il ne sortit, pendant tout le cours de sa vie, que deux fois de Florence : l'une pour aller voir Fiesole, qui n'en est éloignée que de deux lieues, et l'autre pour se rendre à dix milles de cette capitale, par ordre du grand-duc.

« Rien n'était plus simple que sa manière de vivre : quelques œufs, un peu de pain et de l'eau faisaient sa nourriture ordinaire. Un tiroir de sa table sélant trouvé ouvert, M. Heyman y vit des œufs et de l'argent que Magliabecchi y avait mis pour son usage journalier ; mais, comme ce tiroir n'était jamais fermé, il arrivait souvent que les domestiques de ses amis, ou des étrangers qui venaient pour le voir, lui volaient, soit de l'argent, soit des œufs. »

Son habillement, en rapport avec sa manière de

vivre, « se composait d'une veste brune, qui lui tombait sur les genoux, d'un pantalon, d'un manteau noir plein de pièces et de coutures, d'un chapeau déformé, à grands bords, percé de toutes parts, dune large cravate toute farcie de tabac, d'une chemise sale, qu'il ne quittait jamais tant qu'elle durait, et qu'on voyait à travers les coudes percés de son habit. Une paire de manchettes, qui ne tenaient pas à la chemise, complétait cette brillante toilette. »

Ludovic Lalanne nous apprend, en outre, que, toujours environné de livres, et ne s'embarrassantde rien autre chose, JNIagliabecchi paraissait ne s'intéresser qu'à une seule sorte d'êtres vivants, aux araignées, « qui ne manquaient pas de pulluler au milieu d'un pareil taudis. Il avait une telle affection pour ces insectes, qu'il lui arrivait souvent de crier aux visiteurs qui ne mettaient pas assez de précaution dans leurs mouvements : « Prenez garde de faire du « mal à mes araignées ».

Cet étrange personnage, aussi studieux et érudit que maniaque, jouissait, dans le monde savant, — et malgré certaines accusations auxquelles il fut en butte dans sa patrie, — de la plus haute estime. Le pape et l'empereur tentèrent de l'attirer auprès d'eux, mais il resta sourd à leurs ofl'res et à leurs instances, et persista à ne pas quitter sa ville natale.

Le grand-duc, qui appréciait de plus en plus son savoir et ses mérites, le traitait, d'ailleurs, avec les

BIBLIOMANES ET BIBLIOLATRES. 239

plus affectueux égards. Il lui avait fait préparer dans son palais même un appartement commode, afin de le mettre plus à portée de recevoir les soins qu'exigeait son grand âge ; mais Magliabecchi ne l'occupa que quelques mois, et trouva un prétexte pour retourner dans sa maison, où il était plus libre. Il renvoyait le soir son domestique, et j)assait une partie de la nuit à lire, jusqu'à ce que le livre lui tombât des mains, ou qu'il tombât lui-même accablé de sommeil. Il lui arriva plus d'une fois de mettre le feu à ses vêtements ou à, ses meubles et ses papiers, en renversant ainsi le réchaud de charbon, le couvet, qu'il portail toujours avec lui pendant l'hiver ; cl, sans un prompt secours, sa maison eût été incendiée.

Au mois de janvier 171 i. ce savant, sortant de chez lui, fut saisi d'un treml)lement violent et dune faiblesse qui l'obligèrent à rentrer; dès ce moment, il ne fit plus que languir, et il mourut le 2 juin de la même année, à l'âge de quatre-vingt-un ans.

Par son testament, Antoine Magliabecchi légua à sa ville natale sa bibliothèque, composée de 50 000 volumes, avec une rente pour l'entretenir : cette collection, qui s'est beaucoup accrue depuis, est aujourd'hui la plus considérable de Florence, et elle porte encore le nom de « Bibliothèque Magliabecchiana » '.

Page 1