‹ Le livreChapitre 97 sur 152 · Cf. Numa Raflin, loc. cit., pp · texte numérisé non relu

Cf. Numa Raflin, loc. cit., pp

2. On en trouve la liste dans OuÉRAno, la France lilléraire, t. I, pp. 456-457.

ô. On a prétendu aussi que Boulard n'était pas très scrupuleux en fait de livres, et en déroijait volontiers, même dans les loges de concierge. C'est le typographe Alkan aîné ([ui conte la chose, dans sa brochure sur Édouard-René Lefebvre de Laboulaye, Un Fondeur en caractères, membre de l'Institut (p. 15). Voici cette^ anecdote, à peu près textuelle, que je ne reproduis ici que pour faire entendre tous les sons de cloche, et dont je laisse l'entière responsabilité au ■. sonneur » : Un matin, Boulard, qui était lié avec un proche parent de M. de Laboulaye, M. Lefebvre, notaire à Paris, vint pour lui rendre visite. 11 entre dans la loge du concierge, où personne ne se trouvait, puis monte chez son ami le notaire. A peine est-il dans le cabinet de celui-ci, que le concierge arrive tout effaré, et, s'adressant à voix basse au notaire, lui demande s'il connaît bien le monsieur «jui est avec lui en ce moment. » Si je le connais! réplique maître Lefebvre sur le même ton. C'est mon meilleur ami,

« Le désir de conserver à la France une partie de ses richesses littéraires lui avait fait, dès les premières années de la Révolution, former une bibliothèque qui s'accrut successivement, au point d'être, après celle du roi, la plus nombreuse de Paris, a écrit un de ses biographes^ Si, comme on la dit, le goût d'acheter des livres était devenu, dans Boulard, une sorte de manie, on conviendra du moins qu'il n'en est pas de plus respectable. Mais on a rencontré plus juste en attribuant les acquisitions qu'il faisait chaque jour sur les quais, dans les dernières années de sa vie, au désir qu'avait cet excellent homme d'aider, par des encouragements pécuniaires, la

un ancien collègue à moi.... — Ah! c'est que... c'est que je vais vous dire, fait le concierge, d'une voix toujours discrète. Un locataire de la maison m'a prêté un volume, et ce volume, que j'avais laissé sur ma table il y a un instant, je ne le trouve plus. Or, il n'y a que ce monsieur qui a pénétré dans ma loge.... Ce volume fait partie d'un ouvrage qui va être ainsi décomplété : cela mo met vis-à-vis du locataire dans le plus cruel embarras. — Écoutez, reprend le notaire, mon ami va partir tout à l'heure; suivez-le jusqu'à sa demeure et entrez avec lui. Vous lui direz : « Monsieur, je •- suis le concierge de M. Lefebvre. Est-ce que, par un « simple effet du hasard, vous n'auriez pas emporté un " livre qui était sur ma table? » Ce qui fut dit fut ponctuellement exécuté. •■ Attends ! répondit maître Boulard, qui, sans se déconcerter le moins du monde, plongea la main dans une de ses grandes poches et en tira le volume, tiens, le voilà, ton livre! Et emporte-le bien vite! » ajouta-t-il en remettant au concierge une pièce de cent sous pour l'indemniser de son dérangement. (Cf. mon volume Amaleurs et Voleurs de livres, pp. 21-23. Paris, Daragon, 1903.) 1. MiCHAUD, op. fit., art. Boulard.

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partie la plus souffrante du commerce de la librairie. Dans cette louable intention, il lui est arrivé souvent d'acheter un grand nombre d'exemplaires du même ouvrage. Tous les étalagistes de Paris le connaissaient et le respectaient. Il les visitait tous au moins une fois par semaine, et ne rentrait jamais chez lui sans être chargé de livres, et après en avoir rempli ses énormes poches, qu'il avait fait faire exprès'. C'est d'un goût si estimable et d'intentions aussi pures que la malignité s'est emparée. On a fait contre le bibliomane Boulard des épigrammes et des caricatures qu'il a connues, et qui ont jeté beaucoup d'amertume sur les dernières années de sa vie. Il ne laissait passer aucune occasion de manifester son

1. Sur le plaisir de bouquiner, les fiévreuses émotions, les intimes, délicieuses et enivrantes joies du bibliophile en quête de livres, voir Waltor Scott, rAnliqualre, chap. m, la visite à l'antiquaire. M. Oldbuck (vieux livre, bouquin) et le discours de celui-ci (Irad. Albert Montémont, notamment p. tJÔ) : " ... Ces petits elzeviers sont des témoignages et des trophées de plus d'une promenade nocturne et matinale... dans tous les lieux où il se trouve des bouquinistes.... Combien de fois me suis-je arrêté à me débattre sur un sou, de crainte ([ue, par un acquiescement trop soudain au prix demandé par le vendeur, il ne vint à soupçonner l'importance que j'attachais moi-même à cet article! Combien je tremblais qu'il n'arrivât quelque passant pour me disputer l'objet auquel j'aspirais, regardant chaque pauvre écolier en théologie ((ui s'arrêtait pour retourner les feuillets des livres étalés, comme un amateur rival ou comme un avide libraire déguisé! Et puis, la satisfaction secrète avec laquelle on paie l'article acheté et on le met dans sa poche, affectant un air froid et indifférent, tandis que la main est tremblante de plaisir! ■> Etc.

zèle pour le bien puljlic et la gloire de la patrie. C'est ainsi qu'en 1817 il réclama en faveur des tombes oubliées de Boileau, de Descartes, de Montfaucon et de Mabillon, et les fit rétablir dans léglise de Saint-Germain-des-Prés. »

Le docteur Descuret, qui a particulièrement étudié le processus du cas de Boulard, « la seconde providence des bouquinistes », comme il l'appelle, nous donne à son sujet les détails suivants :

« ... En femme prudente, Mme Boulard conseillait à son mari de lire avant de continuer à acheter'. ^ Inutile conseil : les nouveaux volumes arrivaient < par masses, par toises carrées; toutes les pièces de *. Tappartement furent envahies et converties en quatre grandes rues toutes garnies de rayons de livres.

« Cependant Boulard devient moins aimable, sort plus tôt, ne déjeune plus chez lui; un jour même, ne rentre ni dîner ni coucher.... On ne tarde pas à apprendre qu'il passe des journées entières dans une de ses maisons, dont il avait successivement expulsé ( tous les locataires, et qu'il venait de métamorphoser en une vaste bibliothèque. Il achetait alors des livres | par voitures.... Boulard promit bien à Mme Boulard de n'acheter aucun livre sans sa permission. Mais,

i. " Il n'y a de véritable bibliophile... que celui qui a déjà lu tous les livres qu'il pocsède, et qui. pénétré, ravi de cette lecture, en reporte le charme sur la forme extérieure elle-même. » (Tenant de Latour, Mémoires d'un bibliophile, p. 256.)

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quelques mois après celle résolution, su santé décline; il perd peu à peu les forces et l'esprit et (^st en proie à une fièvre consomptive, sorte de nostalgie causée par l'ennui de ne plus acheter de livres'.... Pour remettre sa santé. Mme Boulard lui permit fréquemment d'enfreindre sa promesse.... On le voyait alors cheminant sur les quais, enveloppé d'une immense redingole bleue, ses vastes poches de derrière chargées de deux in-quarto, et celles de devant d'une dizaine din-dix-huit ou d'in-douze : l'était alors une vraie toui- ambulante-.... »

Boulard, au début surtout, ne bouquinait ni n'achetait au hasard. Il commença par rechercher de préférence les éditions princeps d'Aide Manuce et des manuscrits du moyen âge; puis il se mita collectionner les volumes de grand format, et « finit par croire et par professer que tout ce qui était in-quarto, et à plus forte raison in-folio, avait droit à son hospitalité, attendu que les éditeurs modernes avaient, à tort, selon lui, renoncé à de beaux formats, pour cultiver les in-octavo, les in-douze et même les indix-huit ^ ». C'était là. de sa part, une étrange aber-

1. Cf., dans notre tome I. page 9!», Pétrarque tombant malade, lorsque son ami, l'évêque de Cavaillon, lui défend de travailler et lui interdit l'accès de sa bibliothèque.

2. J.-B.-F. Descuret, la Médecine des passions ou les Passions considérées dans leiirs rapports avec les maladies, les lois et la religion, ap. Numa Raflin, toc. cit., pp. 5ô-o4.

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