‹ Le livreChapitre 96 sur 152 · Mémoires, t. II. p. 4J'2. (Paris, IIa<helte · texte numérisé non relu

Mémoires, t. II. p. 4J'2. (Paris, IIa<helte

user. Il avait cinquante-deux mille volumes, qui, toute sa vie. restèrent en ballots presque tous à Ihôlel de Louvois. »

Le financier portugais Gbapina (xvni^ siècle) avait fait transporter dans un village, aux environs de Lisbonne, sa magnifique bibliothèque, et, comme on s'étonnait de voir, au milieu de ce désert, tant de beaux livres, qui ne pouvaient servir à personne : « Précisément! s'exclama-t-il. C'est bien pour cela! A Lisbonne, j'étais obsédé de visiteurs qui, nuit et jour, avaient les yeux et les doigts sur mes livres, et les usaient.... Car, voyez-vous, je ne ressemble pas à cet ignorant qui ne jugeait de la bonté d'un livre que par sa vieillesse; moi, j'en juge par la beauté de la reliure, et, dès que cette beauté est altérée, quelle fait défaut, je mets le volume au rebut. .Je suis si délicat, si exigeant sur cet article, que je ne lis jamais mes livres, que je n'ose pas les toucher, de peur de les gâter'. »

Le célèbre bibliomaue anglais, sir Richard Heher (1773-1835), possédait la collection de livres la plus considérable qui ait jamais appartenu à un simple particulier. Trois de ses châteaux étaient littérale-

1. Cf. MoURAViT. le Livre el \(i Petite Bihliothèque (ïamalein\ pp. 51-52. De tels superficiels amateurs justifient ce mot : - Un bibliophile ressemble souvent à un homme qui tomberait amoureux de la robe sans regarder la femme. •• (Journal le Gaulois, 14 août 1X77.)

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ment pleins de vieux livres. Il achetait des livres dans tous les pays, et possédait des bibliothèques dans les principales villes de TEurope, notamment à Oxford, à Paris, à Bruxelles, à Gand et à Anvers. Comme il y avait de ces villes où il n'allait jamais, il s'est trouvé propriétaire d'innombrables volumes qu'il n'a jamais vus*.

Mais le plus fameux peut-être dans cette catégorie, c'est notre concitoyen Boulard, Antoine-Marie-Henri BouLARD (1754-1825)-, exécuteur testamentaire de La Harpe, à qui, durant la Révolution, il avait quasiment sauvé la vie", ancien notaire, devenu maire

1. Fertiault. Drames et Cancans du livre, jt. 2C5; et Larousse, op. cil.

2. Ne pas le confondre avec son homonyme Sylvestre Boulard (17o0-1809?), imprimeur, libraire et bibliographe, aiileur d'un Traité élémentaire de bibliographie (Paris. Boulard, an XIII [1804]; in-8; 140 pp.): ni. comme l'a fait très drôlement Jean Darche, dans son'Essai sur la lecture, pp. 5GI et 565, avec Michel Boulard (1761-182ii), ouviier tapissier, fondateur de l'hospice Saint-Michel, à Saint-Mandé : « Un notaire de Paris, M. Boulard, que certains nomment Tapissier, avait été un Inbliophile.... C'est ce même Boulard (jui a consacré douze cent mille francs pour l'établissement des vieux ouvriers tapissiers de Sainl-Mandé. ■■

5. « Pendant la Révolution, quoique religieux et riche, Boulard ne fut point inquiété : sa charité fut sa sauvegarde; et c'est avec un grand courage que. pendant la tourmente, il arracha plusieurs victimes à récliafaiid. Son ami La Harpe, décrété d'arrestation, se réfugia dans sa maison, où il trouva un asile sur, avant de pouvoir quitter Paris. •• (Numa Raflix, A. -M. -H. Boulard. Bulletin de la Société historique du VI" arrondissement de Parts, janvier-juin 1904, p. 47.)

du XI" arrondissement de Paris', et député sous le premier Empire, qui remplit de livres, de la cave aux mansardes, plusieurs maisons, cinq, "dit l'un ; six, assure un autre; et même huit, d'après un troisième ^ Boulard, qui avait fait d'excellentes études,

\. Ce XI" arrondissement, donlla mairie se trouvait alors rue Mignon, maison Nyon, « était formé des divisions des Thermes, du Luxembourg, du Tliéâlre-Frantais (l'ancien), et du Pont-Neuf » ; il correspondait donc à peu près au VI" arrondissement actuel. Boulard a d'abord habité rue Saint-André-des-Arts, n^ 27 (aujourd'hui n" 51) : c'est là qu'il était né le .') sei»tembre 1754. Il a demeuré ensuite rue des Pelits-Augustins (actuellement rue Bonaparte), n° 21, au coin ; de la rue Yisconli, où il est mort le 8 mai 1825. « C'est bien ] dans les limites du VP arrondissement, cette terre d'élection ! des amateurs de bou(juins, que devait naître, vivre, travailler et mourir Boulard. ■■ (Numa Raflix, Ioc. cit., p. 41, n. 1 ; p. 44; ] p. 48. n. 1 ; p. 51, n. 5; pp. 60 et G5.) |

2. ■■ Cinq, d'après Henry Berthoud; huit, d'après Mary « Lafon. « (Numa Raflîn, Ioc. cit., p. 64, n. 3.) « Mon cher et i honorable maître, M. Boulard, avait été un bibliophile délicat et difficile avant d'amasser dans six maisons à six étages , six cent mille volumes de tous les formats, empilés comme ï les pierres des murailles cyclopéennes. c'est-à-dire sans chaux ■ et sans ciment.... >> (Charles Nodier, l'Amateur de livres, les ] Français peints par eux-mêmes, t. II, p. 84.) « Le véné- i rable Boulard enlevait tous les jours un mètre de raretés, < toisé à sa canne de mesure, pour lequel ses six maisons « pléthoriques de volumes n'avaient pas de place en réserve. •• I (lr).,le Biblioniane, C'on/es de la Veillée, p. 271.) « Boulard achetait souvent des livres à la toise (c'était la mesure de \ longueur de l'époque) : il payait, en général, cent francs la .' toise. » (Henri Baillière, la Crise du livre, Bulletin mensuel ■ de VAssocialion amicale des Commis libraires français, j février I90i, p. 69.) Paul Dupont (Histoire de l'imprimerie, t. H, p. 174) ne parle, lui, que d'une seule maison, remplie | de livres par Boulard : les autres, il est vrai, ont pu venir >

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qui possédait, outre les langues anciennes, les langues vivantes les plus usuelles, parlant l'anglais et rallemand aussi couramment que le français ', a publié quantité d'ouvrages, des études historiques, littéraires et scientifiques notamment, et des traductions-. Son obligeance et sa générosité étaient, comme son aimable caractère, sa courtoisie et son esprit, connues et appréciées de tous, et l'on est allé jusqu'à dire que si Boulard est devenu un bouquineur enragé, ce fut principalement pour rendre service aux bouquinistes'.

ensuite : « Propiiôlaire d'une vaste maison, quand le logement qu'il y occupait lut encombré, il donna successivement congé à tous ses locataires et transforma leurs appartements en dépôts de livres. ■■

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