‹ Le livre d'amour de Sainte-Beuve,Chapitre 121 sur 166 · BiHK, Viclov Uufjo Ufjfès 1830, II · texte numérisé non relu

BiHK, Viclov Uufjo Ufjfès 1830, II

Sainte-Beuve dit-il bien tout? On ne peut s'empêcher de se demander pourquoi lui, qui a conservé les lettres maintenant publiées, oii Victor Hugo a si visiblement le beau rôle, n'a pas conservé ces lettres d'injttres, où Victor Hugo perdait ce beau rôle et se donnait des torts. Les reproches de ces lettres étaient-ils tellement justifiés que Sainte-Beuve préférât ne les point laisser connaître ? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne donne point à Pavie la véritable raison : il n'est pas allé chez Hugo, parce qu'à cette heure-là même il méditait contre lui, ou peut-être préparait déjà, une véritable agression et une agression inexcusable.

Le Livre d'amoitr, enregistré au début de novembre à la Bibliographie de la France^ devait être déjà chez l'imprimeur*. S'il y était, pourquoi Sainte- Beuve ne l'en a-t-il pas immédiatement retiré? S'il n'y était pas, pourquoi l'y a t-il alors porté? Quel

1. Dans une lettre que M. Séché date de «Décembre 1842», Sainte- Beuve écrivait à Olivier : « Vous recevrez peut-être par M. Porchat, que j'espère en charger, un petit volume qui ne se vend pas : c'est d'une assez mauvaise morale; j'en offrirai pourtant un à la Bibliothèque de Lausanne. Le paquet vous dira les détails, fastidieux ici. » (Revue des Deux Mondes^ 15 juillet 1904, p. 407). — M. Séché met en note : « Je suppose qu'il s'agit ici du Livre d'amour, qui était à ce moment à l'impression. » Mais Sainte-Beuve parle d'un livre terminé déjà, c'est le La Bimyère et La Roche foucauld^ M™» de La Fayette et il/""* de Longueville^ qui a en effet paru en décembre 1842. La « mauvaise morale » est celle qu'expriment les pensées ajoutées à la suite de l'article La Rochefoucauld.

homme est-ce donc que celui-là, qui choisit le

moment où un ancien ami, un père, est frappé

d'une douleur aussi affreuse, pour renouveler contre

lui un vieil outrage parle récit public de cetoutrage?

Quel homme est-ce donc que celui-là, qui choisit

le moment où une femme jadis aimée, une mère

pleurant sa fille, se demande de quoi Dieu la châtie,

pour la trahir, pour la déshonorer, pour livrer aux

vivants et à lavenir le secret de ses imprudences,

de ses faiblesses et de ses fautes? Il n'a pas l'excuse

trop facile, trop facilement accueillie, de la passion:

il n'aime plus. Ce qu'il en fait, il ne peut le faire que par une basse rancune, ou par une égoïste

vanité de littérateur. Et rien au monde ne pourra

démontrer qu'un tel acte — à un tel moment ! — ne

soit pas un acte vil.

L'idée de composer un Livre cTamotir avait dû être inspiré à Sainte-Beuve par Texemple d'Ulric Guttinguer. Sans doute, il y a bien là quelque chose qui convient à son tempérament d'homme de lettres romantique, — chez qui Técritoire et le cœur sont comme deux vases communiquants, lorsque ce n'est pas son cœur même qui est une écritoire. Sans doute son instinct même l'aurait naturellement poussé à confier au papier ses confidences; il Ta dit plus tard :

Écrire les choses ou les idées qui tourmentent, s'en décharger sur le papier, puis garder cela au fond d'un tiroir à clef et n'y plus penser, c'est une recette que je me permets... de recommander, d'après Nicole et selon ma propre expérience particulière. Pour les personnes nerveuses ou d'un tempérament littéraire , écriture y c'est délivrance K

Mais, enfin, c'est bien Guttinguer qui lui a offert un modèle et une excuse.

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