‹ Le livre d'amour de Sainte-Beuve,Chapitre 166 sur 166 · Je n'ai jamais tiré de Tamour dont tu m aimes · texte numérisé non relu

Je n'ai jamais tiré de Tamour dont tu m aimes

Ni vanité, ni volupté ! »

Voilà ce que Sainte-Beuve avait écrit ; et voilà ce qu'il a publié dans la suite avec tant d'autres pièces d'un ton si différent, corarae s'il ne sentait pas que, par là même, il s'infligeait un double démenti et un double blâme.

Note additionnelle. — Le présentvolume était sous presse, lorsqu'on t paru dans la Revue (ancienne Revue des Revues) les deux articles de M. Léon Séché : Les amies de Sainte-Beuve, Madame Victor Hugo, Documents nouveaux et inédits (15 septembre et l**" octobre 1904). Je les ai lus avec attention, pour voir s'ils me donnaient lieu de compléter ou de corriger mon étude. Voici les remarques auxquelles m'a amené cet examen.

Malgré les promesses du sous-titre il n'y a guère dans ces articles de documents inédits : quelques-uns des documents cités avaient déjà été publiés par d'autres (les lettres de V. Hugo depuis 1896); la plupart l'avaient été antérieurement par M. Séché lui-même dans d'autres revues {Revue des Deux Mondes, Revue de Paris, Revue bleue).

Dans le numéro de septembre (p. 189), M. Séché écrit : « Cette lettre [du 2 novembre 1829] où le cœur déborde comme dans toutes celles que Victor Hugo écrivit alors à Sainte-Beuve, nous donne une idée de la joie avec laquelle notre voyageur fut accueilli à son retour. S'il est vrai que les absents ont toujours tort, on peut dire qu'ils ont toujours raison quand ils reviennent auprès de ceux qui les désirent. Qui sait si Sainte-Beuve n'eut pas trop cruellement raison dans cette circonstance I II s'est vanté dans le Livre d'amour d'avoir commis à ce moment chez Victor Hugo un acte intime dont les conséquences auraient été irréparables. Jusqu'à preuve du contraire — et les preuves ataviques, qui nous ont été fournies longtemps après d'une

manière absolument inattendue semblent donner à Sainte- Beuve un éclatant démenti — j'aime mieux croire, pour son honneur, qu'il a pris cela sous son bonnet... pour corser ou dramatiser un peu son roman avec Adèle. En tout cas, c'est déjà trop qu'il ait commis cet acte de vantardise!... Sachez donc que neuf mois après, M™« Victor Hugo donna le jour à une petite fille qui reçut le nom de sa mère et dont Sainte-Beuve fut le parrain. » Dans le numéro d'octobre (p. 310), M. Séché blâme encore Sainte-Beuve de cette « vantardise » : « Il n'avait pas besoin de se vanter d'être le père de la petite Adèle»; et il cite„ à l'appui de sa censure, les vers de la pièce XVI :

Or toi, venue après, et quand pâlit la flamme, Quand ta mère à son tour déployant sa belle âme, Tempérait dans son sein les fureurs du lion, Quand moi-même, apparu sur un vague rayon, Comme un astre plus doux aux heures avancées, Je nageais chaque soir en ses tièdes pensées. Or toi, venue alors, enfant, toi, je te voi.

Pure et tenant pourtant quelque chose de moi!... Enfant, mon lendemain, mon aube à l'horizon.

Toi, ma seule famille et toute ma maison.

C'est bonheur désormais et devoir de te suivre : Elle manquant, hélas! pour toi j'aurais à vivre. Pour ta dot de quinze ans, j'ai déjà de côté L'épargne du travail et de la pauvreté.

Je l'accroîtrai, j'espère... lointaines promesses !...

— Je suis étonné que M. Séché voie là de la part de Sainte- Beuve une revendication de paternité. Pour moi, j'y vois tout le contraire. Sans doute Sainte-Beuve se flatte qu'au moment où Adèle est « venue », sa mère aimait moins son mari, et commençait à songer « chaque soir » à son ami avec tendresse ; mais de là à un adultère il y a loin. Sans doute Sainte-Beuve se promet de veiller sur la petite fille etde la doter plus tard; mais son affection de parrain pour une filleule tendrement

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aimée, enfantde la femme aimée, suffit amplement àjusIiQer de pareilles intentions. Et enfin, et surtout, Sainte-Beuve dit aussi expressément que possible que ce « dernier né des époux dont il a rompu la joie » n'est pas sa fille :

Pure et tenant pourtant quelque chose de moi

ne peut pas avoir, ne supporte pas un autre sens.

Dans le numéro de septembre (p. 190), M. Séché écrit: « D'où vint à Victor Hugo ou qui lui donna le premier éveil? Un jour que j'en parlais à l'un de ses exécuteurs testamentaires, il me dit que Victor Hugo, étonné de ne plus voir Sainte-Beuve, était allé un matin chez lui (il habitait alors Cour du Commerce) lui demander l'explication de sa bouderie et que Sainte-Beuve, après une certaine hésitation et mis au pied du mur, avait fini par lui avouer qu'il était amoureux de sa femme, — ce qui, bien loin de fdcher Victor Hugo l'avait fait éclater de rire ! Cette historiette me trouva sceptique et je ne pus m'empêcher de faire remarquer à mon interlocuteur qu'elle n'était guère vraisemblable. » — Que Victor Hugo ait pris la chose si gaiement, cela est en effet inacceptable, d'après le ton des lettres qu'il a écrites à Sainte-Beuve. Mais l'histoire ne contiendrait-elle pas cependant une part de vérité? Si Ton admettait que Sainte-Beuve eût un jour (peutêtre après l'article sur Diderot) fait une confession de ce genre à Victor Hugo, cela expliquerait bien des choses : cela expliquerait notamment que le mari, touché d'une pareille sincérité, ait conservé une telle amitié pour son rival et lui ait manifesté une telle confiance, — amitié et confiance bien étranges, si Victor Hugo avait un jour découvert de lui-même le secret qu'on lui cachait et qui, du fait seul qu'il était caché, devenait alors bien plus offensant et bien plus inquiétant. Dans la crise morale par laquelle a passé Sainte-Beuve et en plein romantisme, un aveu volontaire de ce genre ne paraît nullement invraisemblable. — Au fait, d'ailleurs, n'est-

ce pas, mutatis mutandis, la conduite que M"** de Lafayette a prt^tée à M"* de Clèves et qui n'a point parue inadmissible aux lecteurs du xvii* siècle ?

Dans le numéro d^octobre (p. 291) M. Séché recueille des détails très intéressants sur le voyage de Sainte-Beuve aux Rangeardières, sur les émotions qu'il y a éprouvées et sur les souvenirs qu'il en a gardés. Sainte-Beuve a rencontré ^me Hugo et la petite Adèle dès leur entrée dans la ville d'Angers. (Est-ce un hasard que cette rencontre?) Avec elle, il a fait une excursion à Nantes, où tout enfant son amie était allée passera quelques mois» (Pièce VIII) et, selon le père de ^me Hugo, il y était « agité», il avait « les larmes aux yeux» quand Adèle se découvrait des parentes dans un couvent d'Ursulines et quand ces bonnes (illes accueillaient avec tendresse son amie. Il est revenu avec elle jusqu'à Blois. Et de tout cela son âme était si vivement remuée, que deux mois après « il écrivait àPavie qu'il avait plus fait de vers dans ces deux derniers mois, qu'il en avait plus imaginé et projeté que cela ne lui était arrivé depuis bien longtemps.» — Avant d'avoir lu M. Séché, j'ignorais ces détails et ces textes significatifs.

P. 292, M. Séché dit qu'avant 1833, Victor Hugo avait été « relativement sage»? — Pourquoi relativement? En 1829, Sainte-Beuve lui-même le déclare « aimant comme au premier bel âge» ; M. Chenay, si peu favorable pour lui, le dit resté fidèle à sa femme jusqu'à sa liaison avec Juliette; nulle part je n'ai rien vu qui nous autorise à lui prêter une maîtresse avant 1833.

P. 293, M. Séché suppose que c'est M"»® Victor Hugo ellemême qui, avant la publication du recueil, aurait averti Sainte-Beuve des « deux encens » qui devaient se heurter dans les Chants du Crépuscule, — Il serait curieux d'avoir une confirmation de cette intéressante hypothèse.

P. 294, M. Séché, citant le sonnet final : Insensé, qu'ai-je fait ? l'interprète ainsi : « A s'en rapporter à ce témoignage

enveloppé de mystère, la cause immédiate et déterminante du refroidissement de M"« Hugo pour Sainte-Beuve aurait été purement physiologique. » — N'est-ce pas singulièrement presser les termes que de leur donner un tel sens ? Si Ton rapproche de ce sonnet le récit de Madame de Pontivy et la pièce XL du Livre d'amour, on n'est nullement invité, me semble-t-il, à faire intervenir la physiologie.

Le texte cité par M. Séché à la note 1 de sa page ^93 (fragment final de la lettre du 2 octobre 1836 à l'abbé Barbe) n'a aucune authenticité. Il n'y avait rien de pareil dans cette lettre, telle que M. Morand l'a publiée, et nul ne sait par quelle fantaisie cette phrase y a été ajoutée dans la Nouvelle Correspondance (Cf. Morand, Une atteinte à la propriété littéraire).

P. 298, M. Séché se demande siM°»« Hugo a connu la nouvelle : Madame de Pontivy, — Il me semble impossible d'en douter, puisque Sainte-Beuve a dit à Vinet qu'il l'avait faite pour elle ; puisque, dans sa note manuscrite ajoutée au dernier sonnet, il répète que la nouvelle a été écrite « pour s'efforcer de la ramener». Il a donc dû s'arranger pour la lui faire connaître.

P. 299, M. Séché écrit : « Sainte-Beuve ne revit que longtemps après, sans avoir rien fait pour cela. » — Nous savons par les lettres inédites à Guttinguer qu'il « a revu » dès son retour de Lausanne ; mais M. Séché ne pouvait les connaître.

P. 302, M. Séché croit, d'après A. Karr, à l'indiscrétion d'un typographe. — Mais nous avons vu que l'article de Karr (1845 et non 1843) est postérieur de deux ans à l'impression du Livre d'amour,

P. 203, M. Séché écrit : «... les notes, dont Sainte-Beuve a en quelque sorte illustré le Livre d'amour, encore inédites sont publiées ici pour la première fois. » — Comment peutil écrire cette phrase, puisque ces notes, publiées partiellement par Lamoignon dans le Gil-Blas et par Myrtil dans rÉcho de Paris, l'ont été intégralement par M. Séché luimême, dans la Revue bleue du 21 mai 1904 ?

A la même page, il assure qu'on n'a pas fait le dépôt du Livre d'amour à la Nationale. — Mais lui-même a cité la date où ce livre fut enregistré à la Bibliographie de la France,

V. 30r», n. i, M. Séché écrit : « Cet exemplaire [l'exemplaire annoté, qui n*est pas celui du dépôt légal], ignoré jusqu'en ces derniers temps, porte la cote Y« 4800-4801, qui est celle de l'édition Charpentier des Poésies complètes de Sainte- Beuve, le Livre d'amour n'existant pas séparément à la Bibliothèque nationale. » — Ainsi qu'il vient d'être dit, cet exemplaire était connu. — La cote 4800-4801 n'est pas celle des Poésies complètes, mais celle du volume double formé par la réunion des Poésies complètes et du Livre d'amour, 4800 correspondant aux Poésies, 4801 au Livre, — Le Livre d'amour existe séparément à laNalionale : il y a été déposé, puisqu'il a été inscrit à la Bibliographie de la France et je l'y ai tenu, non coupé, entre mes mains, il y a cinq ou six ans.

Quelques fautes d'impression s'étaient glissées dans la copie de M. Séché, à la Revue bleue, elles ont subsisté ici (p. 300 et 307) : Argonautes pour Avgonautiques : StaH pour Staal ; docteur pour pasteur.

J'ignorais, ce que m'apprend M. Séché (p. 309), que Mme Hugo venant à Paris « recevait publiquement Sainte- Beuve à sa table et que, lorsqu'il apprit la nouvelle de sa mort, on le vit passer une main rapide sur ses yeux mouillés ».

P. 311, n. 1, Les vers do V. Hugo, A. S.-B., on l'a vu, ne sont pas inédits.

A propos du premier article de M. Séché, M. Charles Maurras a publié un long article dans la Gazette de France (22 septembre 1904). L'auteur des Amants de Venise est très dur pour Victor Hugo. Ne devrait-il pas être en tout état de cause plus indulgent? Ne devrait-il pas l'être surtout si l'on admettait que Sainte-Beuve a de lui-même confessé son

amour pour Adèle au mari d'Adèle ? Dans cette hypothèse, rindulgence de Victor Hugo s'expliquerait d'elle-même, sans qu'on ait besoin d'admettre les motifs fâcheux supposés par M. Maurras.

Dans la Gazette de France du 6 octobre 1904, M. Maurras donne un second article, sur le second article de M. Séché. C'est la même sévérité pour V. Hugo et pour Sainte-Beuve. M. Maurras souhaite que M. Séché fasse un petit volume de ces deux morceaux. On sait que M. Séché a annoncé non pas un, mais deux volumes, et gros, — qui seront riches en documents et en détails précieux.

Dans la Revue de Paris du 15 septembre i904,M. Paul Stappfer nous dépeint M™« Hugo telle qu'il l'a vue à Guernesey. n ne dit pas comme l'interlocuteur de M. Biré : « M™« Hugo était bête » ; ce n'est pas sa manière. Mais ce qu'il dit, avec une ironie fourrée, de son « esprit juste et sensé », de son «jugement judicieux », des «vérités» qu'elle «énonçait gravement », de son « goût délicat et pur » et de sa « scrupuleuse attention à parler correctement le français et à faire respecter notre belle langue » est pire encore (cf. p. 392-393, 395). C'est un témoignage à ajouter aux témoignages contradictoires que j'ai cités, p. 98 sqq.

V Écho du Nord du 4 octobre a publié un article de M. Georges Montorgueil (je ne sais s'il a aussi paru ailleurs), intitulé Le Livre d'amour de Sainte-Beuve, L'auteur racontait la remise des lettres de M*^® Hugo à Chéron et continuait en ces termes :

« Un jour, trente ans plus tcurd, chez le fils de l'héritier

de ce dépôt singulier, M. Paul Meurice se rendit accompagné d'un ami. En sa présence, les lettres de M"« Victor Hugo furent livrées aux flammes. Ainsi s'en allait en fumée Taveu que les fervents hugophiles n'eussent point entendu sans souffrance.

Mais ces lettres ont été lues. J'ai demandé àM. Jules Troubat s'il se les rappelait :

— Je me les rappelle très bien, m'a-t-il répondu ; elles m'ont toutes passé sous les yeux, et je les ai parcourues avidement. Elles étaient ardentes, et la passion sincère qu'elles exprimaient, était, si je ne m'abuse, d'une amoureuse qui n'a plus rien à refuser.

Si M. Jules Troubat se départit de la discrétion qu'il a gardée durant quarante ans, c'est que la postérité, qui analyse plutôt qu'elle ne juge, commence pour Sainte-Beuve ; c'est qu il n'est plus possible, croit-il, d'ignorer une aventure dont les amis de Victor Hugo ont fait grief à Sainte-Beuve, accablé sous les coups de leur sarcasme et de leur mépris. Serviteur, de sa gloire, exécuteur de ses volontés M. Troubat croit avoir la mission de défendre contre toutes les attaques la mémoire du maître et de l'ami. Une tient qu'à lui de publier le Livre d'amour , il estsa propriété littéraire ^ Demain, il publiera donc^ s'il le trouve bon, ces vers rudes et pleins, ces « fruits rares et mystérieux de plusieurs années d'étude, de contrainte et de tendresse». Ils sont parmi les plus puissants que Sainte- Beuve ait écrits. Celte œuvre de passion est aussi une œuvre d'art. Il devient difficile de la laisser ignorer. On en a trop dit pour ne pas tout dire. Nous aurons, pour le centenaire^ la révélation intégrale du poème : puisse sa splendeur faire absoudre la faute. »

VÉclair du 8 octobre publiait aussi un article sur le même

i. Il y en a eu des contrefaçons. Le dernier catalogue de la librairie Ch. Bosse offre un exemplaire d'une «réimpression à 14 exemplaires seulement de la rarissime édition originale, à laquelle elle est absolument semblable comme texte et comme imposition. »

sujet {Sainte-Beuve et le ménage Victor Hugo), L'auteur anonyme reproduisait) non sans les altérer et les atténuer singulièrement, les prétendues confidences d'Adèle à A. Karr. Il rapportait, en ces termes, une conversation de M. Troubat : « Exécuteur testamentaire, j'étais dans la maison de Sainte- Beuve quand on vint mettre les scellés. J'obtins de les faire lever pour retirer deux petites caisses destinées, par testament, à M. Paul Ghéron, bibliothécaire, et qui ne pouvaient en aucune façon intéresser l'avoir de la succession. Elles contenaient l'exemplaire [annoté?] du Livre d'amour et les lettres de M"*« Victor Hugo. Il fallait que ces caisses fussent ouvertes en présence d'un magistrat avant d'être livrées à leur bénéficiaire. Ce magistrat fut M. Benoît-Ghampy. Les lettres de M"*« Victor Hugo furent donc lues ce jour-là devant M. Paul Ghéron et moi. Après quoi M. Paul Ghéron les emporta. Il les déposa dans sa maison de campagne, à Sannois, que les Prussiens dévastèrent en 1870, mais ses papiers, mis en lieu sûr, leur échappèrent. Il les légua à son fils, le D"^ Ghéron, qui est mort en 1896, donnant à la Bibliothèque le Livre d'amour annoté. Quant aux lettres, j'ai connu leur sort par hasard. Elles ont été brûlées par les soins de M. Paul Meurice. Après avoir hésité il en a fait l'aveu. J'en suis persuadé absolument. La preuve est donc détruite du sentiment que M™« Victor Hugo nourrissait pour Sainte-Beuve. Je ne le regretterais pas, si, en trop de circonstances, les amis de Victor Hugo, croyant innocenter l'héroïne de cette aventure, n'avaient, à pleines mains, sali la mémoire du maître qui m'est cher et dont je suis le naturel défenseur. » Gette conversation différait de celle que rapporte M. Georges Montorgueil, en ce que M. Troubat refusait de se prononcer sur la signification des lettres : « M. Jules Troubat se les rappelle. Elles brillaient plus par la sincérité que par la littérature ; elles brûlaient sans grande flamme. Un psychologue y eût démêlé la confiance de l'amie qui s'épanche ou de la maîtresse qui se souvient : M. Jules Troubat, juge

et partie en la circonstance, et galant homme, se refuse à dire sa pensée tout haut. » Mais M. Troubat n'y affirmait pas moins la destruction des lettres par M. Paul Meurice.

M. Paul Meurice ainsi mis en cause répondit par la lettre suivante :

« Je n'ai jamais brûlé de lettres de M"* Victor Hugo à Sainte-Beuve.

<f Je n'ai jamais eu connaissance par qui que ce soit de lettres à brûler de M»"® Victor Hugo à Sainte-Beuve.

« Il n'a jamais existé de lettres à brûler de M™« Victor Hugo à Sainte-Beuve.

« Agréez l'expression de mes meilleurs sentiments.

« Paul Meurice. »

L'Éclair du 11 octobre, en publiant cette triple affirmation si nette {Les lettres de M^^ Victor Hugo et la réponse de M. Paul Meurice), maintint ses dires. M. Paul Meurice riposta par une seconde lettre, ainsi conçue :

H octobre.

« Monsieur le directeur,

Je n'ai pas l'habitude d'user d'équivoque : quand j'écris que je n'ai pas brûlé de lettres de M™« Victor Hugo à Sainte-Beuve, je n'entends point par là ne les avoir pas brûlées moi-même, mais les avoir fait brûler ou vu brûler par d'autres. Est-ce que ma seconde phrase ne dit pas que je n'en ai même jamais eu connaissance?

On prétend que j'aurais été convoqué par M. le D' Paul Chéron, avec trois autres témoins « dont on ne peut citer les noms », et qu'on aurait brûlé devant nous ces lettres compromettantes. — Je ne connais pas M. le D' Chéron, je n'ai eu avec lui aucune relation directe ou indirecte, et je ne l'ai vu de ma vie.

Oui, il doit y avoir eu, il y a eu certainement des lettres.

de nombreuses lettres, écrites par M™« Victor Hugo à Sainte- Beuve, et quelques-unes sans doute des plus amicales. Et ces lettres-là, — j'en appelle à tout homme qui a aimé — il est impossible que Sainte-Beuve ne les ai pas mises de côté et pieusement conservées. Où sont-elles? que sont-elles devenues? Eh bien ces lettres, qui prouveraient l'innocence de leurs rapports, si on a brûlé des lettres de M™« Victor Hugo, je dis que ce sont celles-là qu'on a brûlées !

Quand aux lettres qui, comme je l'ai dit, auraient été à brûler, ce seraient celles qui seraient, selon votre expression, « l'étoffe même » du Livre d'amour^ qui seraient la seule preuve admissible de sa véracité. Mais ces lettres-là, nul survivant avoué ne les a brûlées ou vu brûler. Ces lettres-là n'existent pas, ces lettres-là n'ont jamais existé.

Est-ce net?

Agréez l'expression de mes meilleurs sentiments.

Paul Meurice. "»

Peut-être les documents cités et les faits rappelés plus haut (voir p. 288) permettent-ils de choisir entre ces témoignages contradictoires.

Octobre.

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