‹ Le livre d'amour de Sainte-Beuve,Chapitre 165 sur 166 · ÏÀvre (Vomour, pièce finale IV · texte numérisé non relu

ÏÀvre (Vomour, pièce finale IV

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leur dans sa lecture. Autrement, il y a une certaine ironie à s'occuper de ces questions de jeunesse hors de raison. Le temps, rien qu^en marchant, égalise tout. Qu'on ait possédé Madeleine ou qu'on y ait renoncé, après vingt ans écoulés, hélas! tout ce passé perdu revient à peu près au même*.

Non î cela ne revient pas au même. D'abord si Ton a renoncé à la femme aimée ou si elle a trouvé en elle la force de résister (ne fut-ce qu'en fuyant), on ne peut pas écrire le Livre d amour ^ on ne peut pas essayer de la déshonorer !

Mais, pour Tamant lui-même, — s'il n'est pas enfoncé dans la chair et devenu insensible à toute délicatesse, — n'est-ce donc rien que de conserver du passé et des émotions passées un souvenir dont la pureté n'est point ternie? De Sainle-Beuve, ami de M"''' Victor Hugo, j'en appelle à Sainte-Beuve, ami de M""* d'Arbouville : c'est lui qui a, clans son testament, marqué la différence. Dans ce testament, M"^ Hugo est, — au même titre que son mari, — « une des deux personnes qui ne doivent pas voir la publication du Livre d'amour », — rien de plus; et tout est prévu pour que de cette publication, elle soit un jour atteinte jusque dans sa tombe. — M'"'' d'Arbouville, elle, est mise à part, comme sur un piédestal, pour y recevoir l'hom-

\. Nouveaux LiimUs, Vll, 146-148 (8 février 1864). — C'est M. de Lovenjoul qui a attiré mon attention sur ce passage significatif.

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mage « du plus respectueux, du plus profond attachement », les souvenirs émus « du plus dévoué et du plus humble de ses admirateurs et serviteurs ». Quelle distance Sainte-Beuve a mise ce jour-là entre ces deux femmes ! et, puisqu'on en voit trop bien le motif, comme il a, par avance, réfuté les théories fâcheuses de sa vieillesse !

S'il n'y a point peut-être d'amour sans désir, qu'est-ce pourtant qu'un amour qui n'est que du désir? Qu'a-t-il donc, celui-là, qui le distingue des plus vulgaires et des plus égoïstes sentiments ? Qu'est-il autre chose qu'une assez basse recherche de la volupté, — pour en jouir d'abord, pour en tirer vanité plus tard ^ ? Et y a t-il un véritable ou du moins un durable amour, là oii il n'y a point de respect, — dût ce respect même impliquer un regret encore !

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