‹ Le livre d'amour de Sainte-Beuve,Chapitre 25 sur 166 · Pièce VIII · texte numérisé non relu

Pièce VIII

LE LIVRE D'AMOUU DE SALNTE-BEUVE 45

Depuis ce jour, il sut qu'il l'aimait. D'abord, il lutta contre lui-même. Il ne voulait rion laisser voir; il la chantait sous un voile et déguisant les traits auxquels on eût pu la reconnaître. Il disait : Que rien ne trouble son cœur! qu'cjle ignore mes combats! qu'elle jouisse de son pouvoir innocent sur mon âme, sans deviner mon sacrilice et l'effort que me coûte le silence M II disait : Je n'aime qu'elle au monde et du plus ardent amour; je la vois « presque tous les jours et souvent sans témoins » ; je lui parle longuement des « doux secrets de l'âme » ; mais quand je me sens prêt à m'atlendrir, je me tais, je dois me taire ou prendre un accent moins intime. Il disait : Parfois, devant moi, elle rêve; alors je n'ose « môme d\m mot, ramener sa pensée », je garde le silence, je dois le garder ou, si je sens ma douleur prendre le dessus, sortir, au risque de lui paraître maussade, indifférent, ou peu fidèle ami. J'en souffre, j'en pâlis, j'en meurs ; mais je sens que c'est mieux'M Voilà ce qu'il se disait; et il s'imposait cette dure loi. Mais il ne l'observa point. Et peut-être même au moment où il la formulait, l'avait-il déjà transgressée.

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