Pièce XXIX
Alors tu me diras par quelles élincelles,
Par quel subtil éclair de mes regards fidèles,
Par quels pleurs de ma voix que j'étouffais en vain,
Mon secret commença de couler dans ton sein,
Et ton étonnement suivi de tant de joie.
Et ta première atteinte, ô ma charmante Proie î
Tandis qu'ignorant tout et rebelle à l'espoir,
De peur d'aigrir mon mal, j'évitais de te voir. —
Et quand ma folle erreur, un moment gracieuse.
Entre nous deux bientôt fatale et soucieuse.
Grandit, se fit ombrage, et, d'un air de raison,
M'entraîna hors de toi chercher la guérison,
A ce coup insensé qui déchirait la trame.
Ton éveil en sursaut, calme et paisible femme.
Toi jusqu'alors égale et d'entière beauté.
Depuis huit ans assise en ta félicité, —
Ton cri hagard, la foudre éclatant dans ton rêve ;
L'amertume du philtre et la douleur du glaive;
Tjon pauvre cœur jaloux, de soupçons s'ulcérant ;
L'incendie effréné par tes veines errant;
Pour toi plus de sommeil; tes paupières chargées ;
Sous leurs cheveux palis, tes tempes ravagées;
Ce doux front qui baignait aux purs rayons du ciel.
Et virginal encor dans l'aspect maternel.
Sillonné tout à coup d'un reflet de délire ;
Ces six mois de tourments, toi seule peux les dire;
Toi seule aussi tu peux dire les jours meilleurs,
Ta clémence, et le bien que te firent mes pleurs *...
Ainsi leurs cœurs s'entendirent; et, les malentendus une fois dissipés, ils firent le beau rêve d'un amour mystérieux et irréprochable :