Pièce finale IV
Quels sont-ils donc les personnages de cette histoire? Faut-il répondre? Est-il un lecteur qui n'ait reconnu et nommé Tauteur de Joseph Delorme des Consolations^ de Volupté, Sainte-Beuve enfin ? Et, elle, cette Adèle qu'il a célébrée, — ou trahie, — dans ses vers, cette femme d'un grand poète, qui donc ne l'aurait point, elle aussi, reconnue?
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C'est un joli roman, passionné, délicat et chaste, que les amours de Victor Hugo et de la jeune fille qui devint sa femme, i4^/è/^-Julie-Vicloire-Marie Foucher. Bien avant leur naissance, s'il faut en croire l'auteur du Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie^ une sorte de présage les avait promis l'un à l'autre. Pierre Foucher, greffier au premier conseil de guerre de Paris, s'était intimement lié avec le major Léopold Hugo, qui y remplissait les fonctions de rapporteur : jeune comme lui, compatriote de sa femme, Sophie Trébuchet, fille d'un armateur nantais, logé enfin sous le même toit, à l'Hôtel de ville, c'était lui qu'il avait prié d'être le témoin de son mariage. « Au dîner, le major qui avait naturellement de l'entrain, eut de plus la gaîté et l'expansion d'un nouveau marié. Il emplit un verre et le tendant à son ami : Ayez une fille, j'aurai un garçon et nous les marierons ensemble. Je bois à la santé de leur ménage*. »
1. Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie (édition définitive, in-8*), 1, 16.
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Les hasards de la vie séparèrent bientôt les deux jeunes couples : le greffier restait h Paris, pendant que le chef de bataillon, errant dans l'Europe asservie ^ entraînait safamille en Italie ou en Espagne. Mais h deux reprises. M"* Léopold Hugo revint à Paris et continua ou reprit alors les anciennes relations. Aux Feuillantines, dans ce grand jardin qu'à immortalisé ^ le poète, les deux enfants jouèrent ensemble, coururent, se querellèrent, jusqu'au jour où, tous deux ayant grandi, il commença de remarquer que son amie devenait une jeune fille « avec de grands yeux et de grands cheveux, une peau brune et dorée, des lèvres rouges et des joues roses ». Alors, ils ne coururent plus, ils ne se battirent plus, ils se promenaient parlant bas, « disant des choses innocentes et rougissant tous les deux^ ». Puis, M""® Léopold Hugo quitta les Feuillantines et vint s'installer rue du Cherche-Midi, non loin de l'hôtel de Toulouse, où se tenaient maintenant les conseils de guerre et où résidaient ses amis^. Pendant près de deux années, les jeunes gens continuèrent à se voir librement.
î. " Avec nos camps vain([iieiirs dans l'Europe asservie.
J'errai, je parcourus la terre avant ma vie. >»
{Mon enfance : Odes et Ballades, V, xi.)
2. Ce qui se passait aux Feuillantines vers 1813 {Les Rayons et les Ombres^ xix). — Cf. Victor Hu(/o raconte^ chap. vu.