‹ Le livre d'amour de Sainte-Beuve,Chapitre 49 sur 166 · Lettres à la fiancées p* 68 sqq · texte numérisé non relu

Lettres à la fiancées p* 68 sqq

2; Ltttie à Reiséguléf [Victor Hugo avant 1830, p; 235);

\ijÂlK,L,

la vie matérielle ^ Han d'Islande^ ses Odes nouvelles commencent à lui conquérir la gloire. A la Muse française^ tout un groupe d'écrivains se rangent autour de lui, qui peu à peu reconnaissent unanimement sa supériorité et le regardent comme leur chef. Ils ont pour lui une sorte d'admiration tendre. Ecoutons Tun d'eux, Adolphe de Saint- Valry, nous dire, plus de dix ans après, de quels yeux il le voyait alors :

C'était un tout jeune homme, au sourire virginal et candide, portant le génie en safleur empreint sur son large front; quelque chose de fort, de puissant et d'inspiré se révélait jusque dans ses moindres paroles ; ses yeux tournés vers le ciel rayonnaient comme ceux d'un archange, la vertu et Tamour marchaient à ses côtés, la poésie coulait de ses lèvres à longs flots et sans nul effort... Il enfantait ses chefs-d'œuvre d'un seul jet, et la perfection lui paraissait aussi facile, aussi naturelle que les ébauches et les tâtonnements sont indispensables au reste des hommes... Chez lui, l'amour, la poésie, l'inspiration, la raison même, étaient comme les grandes ailes d'une volonté de fer, que rien ne pouvait détourner de son but... Je compris tout ce qu'il y avait de force, de puissance et d'avenir dans cette jeune tête de vingt ans ; je fus séduit, fasciné par tant de pureté, de grâce et d'imagination mariées à un génie si franc et si vigoureux; Tadmiration développa en moi un sentiment d'amitié et un enthousiasme presque aussi vifs et aussi passionnés que l'amour même 2.

1. Sur les fonds littéraires- du Ministère de rintérieur(février 1823).

2. A. DE Saint-Valry, m- de Mably (Paris. 1836). — Cité par BmÉ, Victor Hugo après iSZO^ I, 181.

■ ■ fc • .

A cette vie indépendante, à cette gloire, à ce corlège d'amitiés, s'ajoutait la plus pure félicité

domestique. 11 suffisait d'être admis un instant h son foyer pour la sentir et en être louché. Dubois de la Loire-Inférieure, — peu suspect de sentimentalisme exagéré, — nous avoue quelle impression pénétrante il a éprouvée, de l'avoir souiemont entrevue :

Je l'avais visité dans son modeste et charmant réduit de la rue de Vaugirard. Là, dans Tentresol d'un atelier de menuiserie, j'avais vu dans un tout petit salon un jeune père et une jeune mère balançant dans leurs bras un enfant de quelques mois, et lui enseignant à joindre ses petites mains pour la prière en face de quelques jolies copies et gravures des madones et des enfants-Jésus de Raphat*!. Bien que toujours un peu arrangée, la scène, cependant naïve et sincère, car les traits du cœur y perçaient sans cesse à tout moment, surtout chez la jeune mère, m'avait touché et ravi^.

11 ne semble point qu'on puisse imaginer une vie plus heureuse ni plus enviable.

1. Cf. Lair, Un maitve de Sainte-Beuve {CorrespondanI 23 avril 1900}.

C'est à ce moment que Sainte-Beuve entra dans l'intimité de Victor Hugo. Tout semblait les séparer. Le jeune poète, baptisé « enfant sublime » par Chateaubriand, — ou qui a cru Têtre*, — le pensionné du roi, le favori du parti ultra, le catholique qui déclarait : « L'histoire des hommes ne présente de poésie que jugée du haut des idées monarchiques et des croyances religieuses^ », n'avait rien de commun avec le rédacteur du Globe sérieux^ rationnaliste et libéral, le carabin matérialiste à peine sorti de sa chirurgie^ l'admirateur enthousiaste des chastes Girondins^, le critique enfin qui savait mauvais gré à Lamartine de ses tendances religieuses et était capable d'écrire : « Il ne fallait pas moins que cette naïveté sublime de ses premières Méditations pour faire pardonner à l'auteur la teinte mystique de ses croyances '*, »

Page 1