‹ Le livre d'amour de Sainte-Beuve,Chapitre 66 sur 166 · Nommé au Livre d'amour, pièce XXVII · texte numérisé non relu

Nommé au Livre d'amour, pièce XXVII

mation des yeux, disait-il, il ne pouvait ni lire ni écrire.

Là-dessus votre première lettre (do Dijon) nous arrive, puis celle de Boulanger, cinq minutes après. Vous Jugez de la joie! Ma femme me les lit toutes deux, me les relit. Vous ne disiez ni Tun ni l'autre où Ton pouvait vous écrire. Nous attendons les secondes. Elles nous arrivent (de Besançon). J'étais encore aveugle. Vous nous indiquiez Strasbourg pour vous répondre. Ma femme s'en charge, presque Joyeuse de mes mauvais yeux qui lui donnaient le droit de vous écrire...

— Quelle fâcheuse tradition des fabliaux et des vaudevilles survit en nous, pour qu'une phrase si naturelle, si simple, paraisse, à nous qui savons, une phrase de mari, et ne puisse échapper au sourire ! —

Les deux lettres de quatre pages, continue Victor Hugo, deux lettres faites à nous deux ma femme, à demi dictées par moi, à demi arrangées par elle, les deux lettres pleines de notre cœur et de notre tristesse, et vous rappelant à grands cris, partent.

Elles ne sont point arrivées ; Hugo s'en désole, d'autant plus que la troisième lettre de Sainte-» Beuve (datée de Worms) lui a paru un peu froide et piquée : il est tourmenté de Tidée que son ami peut-être est blessé. Il lui donne des nouvelles littéraires, se plaint des inimitiés rencontrées et le presse de revenir en toilte hâte* « Ma femme^ écrit-

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il en post-scriptum, vous dit mille choses et veut que vous reveniez tout de suite. Mille amitiés à notre excellent et cher Robelin^ », le follet Robelin du Livre d amour''-.

L'année suivante, en mai 1830, c*est une autre lettre, du même ton. Sainte-Beuve était à Rouen chez son ami Ulric Guttinguer. 11 avait écrit à Hugo, en ajoutant, paraît-il, qu'il le dispensait de lui répondre. Hugo refuse, avec une amicale indignation, de profiter de la dispense, et se plaint de la trop longue séparation.

Si vous saviez, vous, combien vous nous avez manqué dans ces derniers temps ! combien il y a eu de vide et de tristesse pour nous, même en famille comme nous vivons, même au milieu de nos enfants, à emménager ainsi sans vous dans cette déserte ville de François I'"'^! Comme, à chaque instant, vos conseils, votre concours, vos soins nous manquaient, et, le soir, votre conversation et toujours votre amitié ! C'est fini. L'habitude est prise dans le cœur... » Et un peu plus loin : « ... Votre seconde lettre m'a désappointé. Boulanger était parti pour Rouen ces jours passés. Je croyais qu'il vous y avait vu, et, là-dessus, me voilà sous les grands arbres des Champs-Elysées, faisant vers sur vers à Sainte-Beuve et à Boulanger, mon peintre et mon poète, tous deux absents, tous deux à Rouen. Et puis vient une lettre de vous, qui ne

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