‹ Le livre d'amour de Sainte-Beuve,Chapitre 68 sur 166 · Correspondance, 1815-1835, p. 270 (16 mai · texte numérisé non relu

Correspondance, 1815-1835, p. 270 (16 mai

Et pourtant, la rupture approchait; — bien plus, la crise qui l'amena était déjà commencée. Ce sont là des choses tien délicates et bien obscures ; les trois acteurs du drame, — ou du moins les deux qui en ont écrit, — ne s'en expriment que par allusions mystérieuses ; il y reste des énigmes qui n'ont été connues que d'eux « seuls au monde », et nous ne pouvons pas espérer que nous reconstituerons la série complète des sentiments éprouvés, ni des événements survenus. Cependant, il nous est possible encore d'en deviner une partie.

Adèle, au mois d'octobre 1829, avait vu le septième anniversaire de son mariage ; c'est à partir de cette date qu'on la peut dire depuis huit ans assise en sa félicité^ et cette félicité jusqu'alors avait été sans nuages. Il venait même de s'y ajouter un charme de plus, charme flatteur, séduisant et pur. Elle se complaisait maintenant à sentir quel pouvoir nouveau et secret elle exerçait sur son q.vii\. Étonnée

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d'abord, quand elle eut pénétré dans son âme et compris la tendresse passionnée qu'il lui portait, son étonnement était bien vite devenu une joie profonde ; et c'avait été en elle une première atteinte^ inaperçue d'elle-même. Mais lui, ignorant tout cl rebelle à f espoir^, il se désolait. Quelque temps auparavant, il n'avait pu s'empêcher de laisser percer sa tristesse dans une lettre à Guttinguer. Il lui disait sans doute : Oui, vous êtes malheureux de n'être plus aimé; mais au moins vous Tavez été et je vous envie ; car Ulric lui répondait : « Vous êtes donc bien triste et bien découragé ! Il faut l'être, pour envier un malheur que vous connaissiez-! »

De peiir d'aigrir son mal, Sainte-Beuve alors se tint à l'écart. 11 lutta contre son cœur ; il se raisonna ; il voulut, hors d'elle, chercher la guérison^. Cet éloignement fut remarqué; on l'expliqua ou il l'expliqua lui-même par l'ennui qu'il aurait éprouvé de voir la foule banale envahir cet intérieur jadis ouvert à de rares intimes. En mars 1830, Ulric Guttinguer, le félicitant avec un enthousiasme effréné de ses Consolations, ajoutait : « Que je conçois bien, maintenant que j'ai lu vos vers A deux absents,

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