Livre cVamow\ pièce XVI
Allez, mon ami, priez pour moi et aimez-moi un peu ; car je souffre d'horribles douleurs à l'âme ; toute ma poésie refoulée, tout mon amour sans issue s'y aigrissent et me dévorent. Je suis redevenu méchant. Oh ! quand on est haï, que vite on devient méchant ! Je ne suis pas haï ou du moins je m'inquiète peu de ceux qui me haïssent. Mais mon mal et mon crime, c'est de n'être pas aimé, de n'être pas aimé comme je voudrais l'être, comme j'aimerais l'être, aimant. C'est là le secret de toute ma folle existence, sans suite, sans tenue, sans but, sans travail d'avenir. Tout enfant, je ne rêvais dans la vie qu'un bonheur, l'amour ; et je ne l'ai pas obtenu ni même pleinement ressenti... Poésie, adieu! au revoir, à travers cela ! Mais que je t'aimerai quand je pourrai te ressaisir! Seulement alors viendras-tu au-devant de moi, vieux et chauve, aux doigts rouilles pour la lyre, à la voix cassée pour le chant, à l'œil qui n'aura plus l'éclair de l'amour ^ ?...
Pavie comprenait-il bien ces allusions, et Sainte- Beuve lui avait-il déjà confié quel était l'objet de cet amour? Je ne sais. Mais je serais tenté de croire que non. Un mot comme : « Je ne Tai pas même pleinement ressenti », me paraît placé là tout exprès pour égarer les suppositions, faire croire que le besoin d'amour qui torture Sainte-Beuve n'a pas encore trouvé où se prendre. Plus loin, dans la même lettre, ces nouvelles amicales données du mari d'Adèle : « Victor est calme, serein ; il travaille à son roman et a foi dans l'avenir, même lit-