‹ Le livre d'amour de Sainte-Beuve,Chapitre 85 sur 166 · Ibid,, p. 279 (4 avril · texte numérisé non relu

Ibid,, p. 279 (4 avril

phie élogieuse du Dictionnaire des Contemporains^ : il redevenait le Sainte-Beiiye d'autrefois.

Mais il y a des situations inextricables et des sentiments qui, une fois morts, ne sauraient revivre. Le charme avait été rompu et Tintimité de jadis ne pouvait plus renaître, quoi qu'ils fissent Tun et l'autre. Sainte-Beuve le sentait peut-être. C'est alors qu'il eut l'idée de partir pour Liège. Puis il y renonça : sans doute, il ne pouvait s'éloigner d'Adèle. Alors, c'est Victor Hugo qui lui demanda d'interrompre cet essai malheureux. Il ne pouvait plus supporter une telle situation. Plein, au fond du cœur, d'amitié pour Sainte-Beuve, il était à la torture quand ils se retrouvaient en présence : il y avait quelque chose entre eux.

Tout m'est un supplice à présent. L'obligation même qui m'est imposée par une personne que je ne dois pas nommer ici, d'être toujours là quand vous y êtes, me dit sans cesse et bien cruellement que nous ne sommes plus lesamis d'autrefois... Cessons donc de nous voir, croyez-moi, encore pour quelque temps, afln de ne pas cesser de nous aimer. Votre plaie est-elle cicatrisée? Je n'en sais rien. Ce que je sais, c'est que la mienne ne l'est pas. Chaque fois que je vous vois, elle saigne. Vous devez trouver quelquefois que je ne suis plus le même. C'est que je souffre avec vous maintenant. Cela m'irrite, contre moi d'abord et surtout, puis contre vous, mon

1. Portraits Contemporains, I, 384. — Cf. aussi les éloges à Hugo dans la pièce à Af"» Pauline F.., {Poésies^ I, 177), qui a paru en 1831 dans les Annales Romantiques^

pauvre et toujours cher ami, et enfin contre une autre dont c'est peut-être aussi le vœu que je vous exprime dans cette lettre.

En post-scriptum, il ajoutait, pour le mieux convaincre qu'Adèle formait le môme désir ; « J'ai fait lire cette lettre à la seule personne qui devait la lire avant vous » et il signait : « Votre ami, votre frère ^ ».

Sainte-Beuve, sur-le-champ, essaya de se justifier : il expliqua sans doute les raisons pour lesquelles il n'avait pas quitté Paris. Et sur-le-champ, à son tour, le malheureux poète s'excusait. Il disait quelle jalousie le torturait : il avait « acquis la certitude qu'il était possible que tout ce qui avait son amour cessât de l'aimer » ; il ne « savait plus oîi il en était avec les deux êtres qu'il aimait le plus au monde » ; « sa vie était empoisonnée » ; il espérait seulement qu'un jour, ils pourraient se revoir-.

Sainte-Beuve accepta ou parut accepter. Ses lettres amicales lui valurent les remerciements de Victor Hugo, touché de le voir « sonder d'une main si délicate une douleur si profonde et si vive^ ». Il s'offrit à soutenir Marioîi Delorme lors

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