‹ Le livre d'HénochChapitre 13 sur 278 · DIEU XXI · texte numérisé non relu

DIEU XXI

gneur du ciel " ', le « Seig^neur des rois >> -. le « Seigneur du monde >> ^, le « Seigneur de gloire » *, le « Très- Haut » ■'. le « Roi des rois », le " Roi éternel », le « grand Roi » ^, sont employés un peu partout, quelquesuns, comme on peut le voir par les renvois (notes 15-20, p. xx), avec prédominance dans la première et la cinquième partie.

Sous tous ces noms, Dieu exerce une puissance infinie. Il a créé le monde, et toutes ses œuvres se déroulent avec une régularité immuable". Toutes lui sont présentes: comme il connaissait le monde avant qu'il fût, ainsi il sait ce qu'il est maintenant et ce qu'il sera ^, car tout est à découvert devant lui ^ et il connaît toutes choses avant qu'elles soient "'.

Il sait donc les bonnes et les mauvaises actions des hommes, et il les jugera un jour avec une rigueur implacable ".Le Livre d'Hénoch parle quelquefois de la clémence de Dieu, ou plutôt de sa générosité pour les élus et les justes *-, mais assez rarement de sa miséricorde proprement dite, du pardon qu'il accorde aux pécheurs repentants '^. Il célèbre plus volontiers sa justice** et sa haine du péché. A rencontre de l'esprit de la Bible , il va même jusqu'à lui prêter des sentiments de joie sur la ruine du pécheur ' '.

Cette exagération est faite un peu du particularisme des Pharisiens, des justes opprimés et impatients de vengeance

' XIII, 4; cvi, 11. — 2 iXj 4; Lxiii, 2, 4. — 3 Lviii, 4; lxxxi, 10. — ■* xxii, 14; XL, 3: lxxv, 3; lxxxiii, 8, etc. — ^ ix, 3; xlvi, 7; lxxvii , 2; xciv, 8; xcviii , 7, etc. — 6 IX . 4 : lxxxiv, 2: xxv, 3, 5, 7; xxvii, 3; lxxxiv, 5; xci, 13. — ■^ II, 2; V. 2; xi,m , 2. — 8 xxxix, 11. — 9 ix, 5. — lo ix, 11. Le Livre d'Hénoch revient souvent sur la sagesse considérée comme attribut divin; mais il faut forcer le sens des textes pour dire, comme on l'a fait, quelle y est personnifiée en tant que qualité divine. Les passages allégués. LXXXIV, 3, et xlviii, 7, me paraissent ne pouvoir s'expliquer que de la sagesse de Dieu comme attribut. Dans xci, 10 : « La sagesse se lèvera et leur sera donnée, >< il ne s'agit pas de la sagesse divine, mais de la sagesse en général: de même dans l'allégorie de xlii. Cf. Hackspill, Revue biblique, 1" avril 1901, p. 212. — '• i, 3-9: v, 3-9, la cinquième partie, passim, etc. — '* i, 8. — '3 l, 2-5. — '* Ibidem. — '= xciv, 10.

XXII LIVRE D'IIÉNOCH

que sont ou que se croient ses auteurs, un peu aussi de l'excès du sentiment religieux , si profond chez tous les Sémites , sentiment que tout ce livre respire à un degré intense. Toutes ses parties tendent à donner une impression écrasante de la transcendance divine. Dieu demeure au ciel, au milieu de splendeurs effrayantes ^ et dans un isolement terrible. Les anges ne peuvent même pas entrer dans sa demeure et contempler sa face ou soutenir son regard d'après xiv, 21; cependant, d'après lxxi, 8, ils vont et viennent dans sa maison.

§ 2. Le 3I0NDE.

Dieu, en créant l'univers, a voulu montrer la grandeur de son œuvre à ses anges, aux esprits et aux hommes, afin qu'ils contemplent l'œuvre de sa puissance, qu'ils louent l'œuvre grandiose de ses mains et qu'ils le bénissent pendant l'éternité^. Le tableau de l'organisation de cet univers est tracé dans le Livre du changement des luminaires du ciel et dans plusieurs chapitres disséminés au milieu des autres sections. Les éléments en sont empruntés à la Bible et surtout aux traditions hétérogènes^ en vogue d.ans les milieux juifs au ne et au \^^ siècle avant Jésus- Christ. Les images bibliques y sont prises ordinairement dans un sens très littéral et très concret.

L'univers est enveloppé d'eaux des deux sexes. Les eaux du sexe masculin sont en haut, au-dessus du ciel; celles du sexe féminin, en bas, sous la terre*. A l'extrémité, du côté de l'Occident et probablement dans l'enfer^, comme chez les Babyloniens, sont les eaux de vie**; au delà, un fleuve de feu, sans doute le Phlégéton, et enfin

' XIV, 8-20. — 2 XXXVI, 4.-3 Voir infra, p. c-cvi, ch. III, §3, dates et auteurs. — * liv, 7, 8; lx, 7, 8; lxxxix, 2-8. — ^ Dans xxii, 1, le séjour des âmes est placé à l'occident comme les eaux de vie. — ^ xvii, 4. Voir infra, p. en et p. 47, note sur xvii , 4.

LE MONDE xxill

la mer des enfers des Grecs'. Ailleurs, cet enfer grec est remplacé par un gouffre rempli de colonnes de feu*.

Le monde est divisé en quatre régions, dont chacune a une attribution distincte ; on y voit sept montagnes , sept fleuves et sept iles d'une grandeur prééminente^.

Les quatre vents soutiennent le ciel et la terre, qui repose elle-même sur une pierre angulaire^ et qui est fondée sur l'eau ^, tandis que les extrémités du firmament s'appuient sur l'horizon^.

L'univers est éclairé par le soleil et par la lune. Ces astres, ainsi que les étoiles parcourent le monde sur des chars que poussent les vents'; leur éclat et leur chaleur sont alimentés par une masse ignée qui court sans cesse de l'un à l'autre*: ils se lèvent et ils se couchent régulièrement par douze portes ouvertes à l'orient et à l'occident du cieP. Les vents sortent aussi par douze portes ouvertes aux confins de la terre "^. Les portes du soleil et des autres astres répondent aux douze signes du zodiaque , 'qui ne sont pas nommés.

En se levant et en se couchant par ces portes, le soleil, le grand luminaire", et surtout la lune, le petit luminaire'*, règlent la succession du jour et de la nuit, le cours des saisons et celui des années ^''.

Le singulier système de la troisième partie attribue aux années lunaires tantôt 334 et tantôt 364 jours '^; et pour les années solaires, tantôt il les compte de 364 jours et tantôt il oublie les jours intercalaires'^. Ce ne sont pas les seules contradictions qu'il présente : son auteur, bon juif orthodoxe, est très attaché au calendrier hébreu ou lunaire 1^ ce qui ne l'empêche pas de chercher à le com-

^ XVII, 5-8. — î XVIII, 12-16; xxi, 7-10. Gest dans ce gouffre de feu. et non dans lenfer des Grecs, que le Livre d'Hénoch place les tourments des damnés; voir infra, p. xlv. — 3 lxxvii. — ^ .xviii, 2. — 3 Lxix, 17. — 6 xviii. 1-5. — 7 xviii, 4; lxxii, 5; lxxv, s. — 8 xxiii. — s xxxvi, 3; Lxxii, etc. — ^o xxxiv-xxxv ; lxxv, 6; lxxvi , 1. — " lxxii , 36.

— 1* Lxxm, 1. — 13 Lxxiv, 12-17. — '^ Ibidem. — ^^ l.\xv, 2 et lxxii, 35.

Page 1