LE MESSIE XXXIX
général. Encore n'est -il employé que dans la forme d'une comparaison : sur les nuées vint un personnage semblable à un homme.
Ici, le Messie n'est pas comparé à un fils d'homme*, il est le Fils de l'homme, un être bien déterminé, doué d'une existence personnelle et indépendante ; personne ne partage ce titre avec lui. Il le porte dans les conditions où Jésus le portera plus tard dans les synoptiques. La nature de son rôle et de ses fonctions écarte toute exégèse qui voudrait voir en lui un personnage coUectif, Israël par exemple , comme on a essayé de le faire pour le Serviteur d'Iah^veh dans Isaïe -.
Dans quelques manuscrits on lit en deux passages^, comme variante de «. Fils de l'homme », l'expression " Fils de la femme x. Comme deux de ces manuscrits, G et M, sont des plus anciens et des meilleurs*, il est difficile d'affirmer avec certitude qu'ils ont été interpolés en cet endroit par une main chrétienne. Il est possible cependant que cette variante soit le fait voulu ou non d'un copiste éthiopien ; il pouvait l'obtenir sans altérer notablement le texte ^. En tout cas, le sens littéral de l'expression « Fils de la femme )> ne paraît pas sensiblement différent de celui de « Fils de l'homme >■.
* Dans une longue dissertation sur le Fils de l'homme, Wellhausen, Skizzen und Vorarheiten, t. vi , 1899, p. 187 sq. , prétend que cette locution, même dans Hénoch , n'est pas un titre mais une comparaison, et il en conclut que plus tard Jésus n'a pas pu se désigner par ces mots ni prononcer réellement les sentences évangéliques dont cette locution est inséparable. En ce qui concerne le Messie dans Hénoch, son opinion a eu peu de succès; il est impossible à qui lit sans parti pris le Livre des paraboles de ne pas voir dans ces mots le « Fils de l'homme » une véritable désignation du Messie, comme l'ont fait Charles, The Book of Enoch, 1893, p. 51 et 312, Appendix B : The Son of man : its origine and meaning ; — Béer, dans Kautzsch, Bie Apokryphen und Pseudepigraphen des Alten Testaments, t. n, p. 232; — Volz, Jiidische Eschatologie, 1903, p. 214, et la plupart des historiens qui ont étudié le concept du Messie dans les Paraboles. — 2 Isa'ie, xlu, 1-4. — 3 lxii, 5; infra p. 131; Lxix, 29, infra, p. 157. — * Voir infra. Version et original. — = Il suffisait d'ajouter un t à he'esi : walda be'esi signifie « fils de l'homme >• et walda be'esit « lils de la femme ».
Le Seigneur des esprits a choisi le Messie selon son bon plaisir \ mais il l'a tenu caché devant lui^, et il ne Fa révélé qu'aux saints et aux justes, sans doute par les livres de l'Ancien Testaments Les rois, les grands et les puissants ne le connaîtront qu'au jour du jugement : (( Ouvrez les yeux, leur dira le Seigneur, et élevez vos cornes pour voir si vous pouvez reconnaître l'Élu*. »
Il l'a choisi, il l'a élu avant la création et pour l'éternité. Son nom a été nommé devant le Seigneur des esprits, devant la Tête des jours, avant que le soleil et les signes fussent créés, avant que les étoiles du ciel fussent faites^. Le Messie préexiste donc à la création du monde, et, en attendant l'heure de sa manifestation, il demeure au ciel auprès de la Tète des jours •"% sous les ailes du Seigneur des esprits ou debout devant lui'.
Ce Messie n'est pas un homme, du moins un homme ordinaire; il n'est pas un ange, car les Paraboles le distinguent toujours des esprits célestes. C'est un être surnaturel sans analogue au monde. L'auteur des Paraboles est-il allé plus loin, a-t-il vu une relation de paternité ou de nature entre Dieu et le Messie? Absolument rien ne permet de l'affirmer. Lors même que l'expression (( mon Fils » ^, dont j'ai déjà parlé et qui n'appartient d'ailleurs pas à cette section, ne serait pas une interpolation chrétienne, elle resterait beaucoup trop isolée et trop imprécise pour servir de base à la théorie de la filiation divine du Messie dans le Liy/'e d'Hénoch.
Le Messie a reçu de Dieu tous les dons : en lui habite l'esprit de sagesse, l'esprit qui éclaire, l'esprit de science et de force, l'esprit de ceux qui se sont endormis dans la justice^. Le Seigneur des esprits l'a gratifié d'une sagesse qui coule comme l'eau devant lui'°; il l'a glorifié*', et sa
' XLVi, 3; xLViii, 6; xux, 4. — * xlviii, 6. — 3 xi.viii, 7; i,xn, 7; lxix, 26. — '• LXii, 1. — 8 XLVIII, 2-6. — c xi.vi, 1-2. — '' xxxix, 7; xux, 2. — 8 cv, 2»; voir supra, p. xxxvm. — 9 xi.ix, 3; voir infra, p. 101, note sur ce passage..— lo xux, 1. — n li, 3.