LE PROBLEME LITTERAIRE LXXVII
dans son etat primitif. LXXVI-LXXVII traitent des vents, des points cardinaux, etc., sujets qui n'ont pas ete annonce"s dans LXXII, 1. De plus, LXXIX, 1-6 et LXXXII, 1-6, forment 1'un et Fautre une conclusion ; LXXXII est incomplet , et il doit se placer avant LXXIX. Malgre 1'analogie partielle du sujet, LXXII-LXXXII n'est pas, au moins dans son etat primitif, du me'me auteur que xxi-xxxvi.
8 Lxxxm-cvm. Cette partie est tout a fait en harmonic avec le sujet propose dans i, 1. Beer y compte six morceaux plus ou moins distincts : 1 LXXXIII et LXXXIV; 2 LXXXVxc; 3 I' Apocalypse des semaines, XCH; xcm, 1-14; xci, 12- 17; 4o les exhortations xci, 1-11, 17, 18; xciv-cv; 5o cvi et CVH; 6 cvm. II est question d'un Messie dans xc, 37, 38, pas du tout dans i-xxxvi et LXXII-LXXXTI. Ce Messie, rejeton d' Abraham, n'est pas celui des Paraboles } etre celeste et preexistant * .
Les efforts de tous ces critiques, les travaux d'analyse penetrante et de comparaison minutieuse auxquels ils se sont livres successivement pendant pres d'un siecle ne sont pas restes steriles. Sans doute, ils n'ont pas resolu toutes les difficultes , mais ils ont fait la lumiere sur quelques points tres importants; sur d'autres, ils ont apporte des solutions probables; sur tous ils ont pose et delimite le probleme. G'est tout ce qu'on pouvait attendre dans 1'etat actuel de nos connaissances. II me reste k exposer ces resultats et a faire le depart necessaire entre les certitudes et les probabilites.
Tout d'abord il est hors de doute que le Livre d'Henoch, malgre une certaine unite apparente, n'est pas Fceuvre d'un seul auteur. Aujourd'hui tous les critiques 2 font de
1 Tout rdcemmentBeer a exposd de nouveau ces vues sur la composition d'Henoch dans Herzog, Realencyclopiidie, 3 B edition, t. xvi, 1905, p. 239-240.
2 Karppe, Etude sur les origines et la nature .du Zohar, etc., 1901, paraifc connaitre assez vaguemenfc la position actuellc de la critique sur la pluralite d'auteurs ou au moins de traditions et sur leur antiquite. Ainsi il ecrit, p. 101 : L'auteur ne precise rienj il pille v^ritablement les parties
LXXVIII LIVRE D'HENOCH
ce fait la base de leurs systemes, et ils reconnaissent au moins que non seulement les fragments noachiques et quelques autres interpolations , mais encore les Paraboles, XXXVII-LXXI, ne sont pas du m6me auteur que i-xxxvi et LXXII-CV.
En etudiant le texte pas a pas, nous n'aurons pas de peine a nous convaincre de ce premier fait et a constater entre les differentes parties du livre des divergences et des contradictions qu'il est impossible d'attribuer a une source unique. Nous ne nous en tiendrons pas la; nous verrons qu'il faut aller plus loin dans la distinction des documents, qu'il faut reconnaitre avec Ewald, Holtzmann, Charles, Clemen et Beer, dans notre apocryphe, le precipite de la litterature qui eireulait aux n e et i er siecles av. J.-C. sous les noms d'Henoch et de Noe", ou plut6t le recueil et I'amalgame des traditions ou des debris de traditions qui s'etaient formees autour des deux patriarches , et qui etaient encore conservees a la me'me epoque. Nous retrouverons cette variete de traditions jusque dans des parties composees par un seul ecrivain. C'est la un autre fait capital.
lo i-v. Ces chapitres, comme 1'a remarque Beer, forment une introduction complete au Livre d'Henoch } surtout a Lxxxm-cvm. En particulier, i, 3-9, et v, 4-9, en resument fort bien tout le sujet : le jugement messianique dans lequel les anges dechus, les impies et les mechants seront punis et les justes recompenses , jugement que les anges ont appris k Henoch et qu'il doit annoncer a son tour aux generations futures.
2o vi -xvi est le recit du cMtiment des anges qui ont peche avec les filles des hommes et leur ont devoile les
bibliques qui se prctent le mieux a ses conceptions,... 1'auteur est un mystique avant la lettre. Selon Karppe, le Livre d'Hdnoch a dtd compose aux environs de l'6re chretienne, mais remanid d differentes dpoques ; tel que nous le possedons , il a son berceau dans le mysticisme chretien de 1'epoque patristique , ibidem, p. 103.