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HISTOIRE DE DEUX INCOMPARABLES AMIS

On m'a conlé l quil existait autrefois deux

(1) On lit dans le texte latin :

« Relatum est mini de duobus negotialoribus quorum unus erat in iEgypto , aller Baldach, seque solo auditu cognoverant , et per internuncios pro sibi necessariis mittebant. »

LE LIVRE n'HÉNOCH. 1 01

marchands 1 , dont l'un résidait en Egypte et l'autre à Babylone2. ïls se connaissaient mutuellement de réputation , et s'envoyaient réciproquement, par l'entremise d'un messager3, tout ce qu'ils pouvaient désirer.

Un jour, le négociant qui habitait Babylone partit avec des marchandises pour se rendre en

Et , dans la version romane :

« Jadiz me fust dit que deux marcheans estoient; l'un estoiten Egypte et l'autre à Baldach ; si n'avoit l'un oncques veu l'autre, ains s'entrecognoissoient par messaiges et par lettres que l'un envoioit à l'autre pour marchandise. »

(!) TPD'MMr, marchand, vient de la racine iriD parcourir, aller de côté et d'autre , que les Septante rendent par */j.-nop-uoy.ot.t , composé de -:v dans et r.iipu traverser. OnYoitparlà que les individus désignés sous le nom de a'TIlD, comrrre ceux de notre conte, voyageaient sans cesse pour placer leurs marchandises. Gen. XXIII, 16; XXXVII, 23. Prov. XXXI, 14.

(2) Le fabliau en vers du XII* siècle porte Baudas, et le texte en prose romane du XV0 siècle , Baldach.

(3) rP")U scheliahh , messager, nonce, apôtre. Ce mot est emprunté au syriaque cl a pour éqimaleul rVlSuJ ichaloûahh.

Egypte. Or, quand celui qui demeurait dans ce pays eut reçu la nouvelle de l'arrivée de son fidèle ami 1 , il alla à sa rencontre, l'embrassa , le baisa et l'emmena chez lui. Là, il lui rendit toutes sortes d'honneurs, et lui fit servir, pendant huit jours , un festin splendide. Ensuite , il lui montra son trésor a , ses chanteurs , ses chan-

(0 13DNJ "QrnN son fidèle ami. Les Musulmans donnent le nom de ,% A *l A \ ^a> roûhh al amin (l'Esprit fidèle) , à l'ange Gabriel. Les gouverneurs des places fortes sont aussi revêtus de cette épithète qui fût également donnée au septième khalife Abbas-

side 'l l "Ql ..w & /.Y-— ^ f\9^ Mamon,filsde

Haroûn al Raschid. En hébreu , |q« implique l'idée de stabilité , de fermeté, de durée; delà les mots vq$ êmoûn, foi; *qn omèn , constant; TQjg âmên, ainsi soit-il; n3Dtf amânâh, pacte; H3DK amnâk et C3QK oumnâmj assurément, etc. On l'emploie aussi en parlant des eaux parce qu'elles coulent constamment. D>DT"ID NV?

: a>3aa3 n»D»n "(ru ianb "narca d^Sd rmxa p$>

(Isaïe, chap. XXXIII , v. 16).

(2) » Puis si li a asses moslré

» Or et argent à grant chevax » Ses franchises et ses oiseax.

(Manuscrit de Saint- Germain . ),

d'henocu. 103

teuses1 , et les instruments de musique de formes variées qu'il possédait dans sa maison a.

Mais voici, au huitième jour, le marchand de Babylone se trouva soudain gravement indisposé, et l'Egyptien éprouva un mortel chagrin de la maladie de son meilleur ami. Dans l'inquiétude qui l'agitait , il s'empressa de faire venir tous les

(1) a»ny schârim chanteurs, nTlï? scharôt h cantatrices. Dans YEcclésiaste XII, 4, les mots "VU.! ni33 «filles du chant «désignent les organes qui reçoivent l'impression de la musique. Il est souvent fait mention de chanteurs et de chanteuses dans la Bible. De même que les Châtelains européens du XIIe siècle entretenaient auprès d'eux des Jongleurs et des Trouvères pour s'amuser de leurs récils , on voit encore, dans plusieurs contrées de l'Orient, des seigneurs qui attachent à leur maison des chanteurs et des chanteuses.

(2) "yQi ^3 kelêi zèmèr, instruments de musique. On dit aussi n'HO'ïD mezamrôlh de i»2~ zamûr, chanter, jouer d'un instrument. De ce verbe sont venus noTS mizmôr psaume, ,1112" zimrûh chant, sondes instruments, etc. (en Chaldécn Nlpl signifie musique. Daniel , III, 7, 10, 15). ilQf zûmir qui, dans Isàie, XXV, 5 peut également être rendu par branche ou par chant de triomphe , paraH désigner, ta 2'cbap. du Cantique des Cantiques

(v. 12), le gatouincmcol harmonie» des oiseaux.

Sages, tous les Médecins x de l'Egypte. Cependant , lorsque ces derniers eurent vu le Babylonien , lorsqu'ils lui eurent tâté le bras et la tête , et qu'ils eurent examiné attentivement l'eau de ses

(1) D>**3"n Ràfim, médecins (littéralement : guérisseurs , du verbe keh guérir). Râphâoû est le nom que les naturels d'Othaïti donnent à leurs chirurgiens et à leurs tatoueurs (Captain Cook's Voyage to the Pacific Océan, vol. II, pag. 152). En hébreu, ce mot signifie «ils ont guéri» 1ND1 râfoû. — On lit dans leThalmud:

N-?n:i NEiaipnm onms mdxi Nnama a»n rmbj?

« Malheureuse la ville dont le médecin est goutteux et l'oculiste : N2'3T borgne! » (Vayikra rabba, section V). Molière n'est pas le seul écrivain qui se soit plu à lancer des traits malins contre la Faculté : les Thalmudistesont dit avant lui :D3n^S,{^D,n2Ur3.Ti3«Le meilleur de tous les Médecins est voué à l'Enfer! » (Code Thalmudique , traité Kiddoûschin, manwscr. hébr. de l'Arsenal). D>N5J,nn QJQtël

npsa nniam snmnra ia^a uaurnu >sb nn^ND ai

« En vérité, les Médecins sont des gens heureux : le soleil : n^Ton » contemple leurs hauts-faits et la terre cache leurs fautes. » Cette épigramme a été aussi attribuée à Mcoclès.

Aux Xle et XIIe siècles , on appelait quelquefois les maladies du nom du praticien qui avait trouvé le plus sur moyen de les guérir. C'est ainsi qu'on lit dans un Traité Nosologique •. *birn IVÎ01Ï72

ima ns-iiij asnn au? avn rraTvw in n'arva. \&$m

d'hénoch. 105

pieds ' , ils ne lui reconnurent pas le plus léger

« De même que tu l'as vu dans la maladie appelée Djérôniâh 3*112 3 » ou Schèrôniâh , c'est le nom du médecin qui la guérissait radicale- >. ment »( Manuscrit hébr. de l'Oratoire, n° 145, f° 163 recto) ; et, un peu plus loin: nu gin DJH TOTS N"ipan 'blnl SûH >Sin - La phtisie et la maladie : 31133 iniN NS1U "VîTOn NSll » appelée Tsarfâh: c'est aussi le nom d'un habile médecin qui gué- » rissait radicalement cette affection » (folio 256 verso).

(0 vSsn >Q »wét raglaïv «l'eau de ses pieds» c'est-à-dire son urine, vbai "jon hassêch raglaïv « arroser ses pieds » uriner. Cette dernière locution paraît signifier aussi : satisfaire à une autre nécessité , andare da corpo , comme disent les Italiens (Voyez I. Samuel, XXIV, 4. Juges, III, 24). Dans le Vie conte du Roman deSendâbâr (Manuscrit hébreu de laBibliothèque du Roi, n° 510, folio 15 recto) , le fils du Roi de nU3 Balsora (x t^~> )) égaré

à lâchasse , rencontre au milieu d'une forêt, un Démon qui avait pris la forme d'une jeune fille "irCTm "l^TH P.JTTV >2jN "ICNlhl

(lisez >S;-) -pbai ^DKiK3rni«nn5?3niDNmnnN wim:

« Elle lui dit alors : Je connais très bien le chemin. Et elle le con- » duisit dans un lieu entièrement dévasté. Lorsqu'ils furent arrivés en » cet endroit , la jeune fille reprit : Je vais descendre un peu pour • arroser mes pieds. » — Au XÏI« siècle, la connaissance des urines était encore une science importante ot une partie essentielle de l'art de guérir. Dans le Fabliau du / ilain Mire (Recueil de Barbazan .

symptôme de maladie. Alors ils se doutèrent

tome III, page 1 ; Fabliaux deLegrand d'Aussy, tome III, page 1) , qui a fourni à Molière l'idée de son Médecin malgré lui, une femme, pour vanter le mérite prétendu de son mari, dit qu'il est plus savant en urines qu'Hippocrate:

« Certes , il scet plus de Mecines » Et de vrais jugemens d'orines , » Queonques ne sotYpocras.

(Manuscrit français de la Bill, roy., n° 7218.)

L'Histoire littéraire de la France (tome IX, page 193) dit qu'on ne connaît d'autres écrits sur la Médecine, faits en France dans le XIIe siècle, qu'un commentaire sur la peste et le fameux traité de judiciis ur inarum de Gilles, de Corbeil , chanoine de Paris et médecin de Philippe-Auguste. Cette assertion n'est rien moins qu'exacte, car il existe à la Bibliothèque du Roi un assez grand nombre de Traités de Médecine, composés à l'époque précitée et dont plusieurs ont été traduits en hébreu.

Les Médecins juifs se sont beaucoup occupés des urines; l'un d'eux *Stf"Wn 'V'n'ài Isaac l'Israélite, connu par son ouvrage sur les fièvres niJTTpn 13D Séfêr hakkedahôth,s'esl également rendu célèbre par un livre sur les urines D^nun 13D Sèfèr Hasch'schthanim. La Bibliothèque du Roi possède aussi plusieurs manuscrits de ce dernier ouvrage qui a été traduit en latin et imprimé à Lyon.

Les Médecins modernes reconnaissent dans les urines trois

d'iienoch. 107

({ue l'amour seul avait jeté le désordre dans

ses sens.

sortes de matières qui ont été résumées par Hippocrate en ces termes âbpov buiypoo-j [îpûuzTt au r.ôfiv-i , aoù wg èVwfev èov , ùr.b te» vypw iJmrXn « l'urine est de la même couleur que l'aliment et » la boisson qu'on a pris , et comme une espèce de colliquation de » l'humidité interne » [Livre des Épidémiques , section Ve). Avicenne dit que trois choses sont à considérer dans l'urine. La première, lorsqu'elle sort en un filet mince et qu'ensuite ce filet grossit ; la seconde, lorsqu'elle sort volumineuse et qu'ensuite elle s'amoindrit ; la troisième, lorsqu'elle sort avec force, soit mince, soit abondante (Abrégé du Canon, H3?p3 T13p»ï Manuscrit hébreu , fonds de la Sorbonne, n° 182, folio 247 verso).

VfrB schelhen, urine, précédé de c»2 kis saccoche, est employé très fréquemment par les Médecins Israélites pour désigner la vessie à cause de sa forme qui est en effet celle d'une bourse ou d'un sac. Aucun dictionnaire ne l'explique ainsi ; celui de Buxtorff même se borne à dire que d*3 en thalmudique signifie poche du fiel et matrice ; mais la différence qui existe entre piMj matrice, et mtTfl b*2 vessie, est nettement établie par ce passage d'Ibn iMésué, médecin du khalife Haroùn-al-Raschid d*2 1*3 H3V2 K171 Brlli'l D30K1 ■< Et effectivement, la matrice est située entre ysjift >3fQm ÎTlUffi la vessie et l'intestin droit »> (Man. hébreu , fonds de la Sorbonne, 11 ' 182, folio 225). On lit aussi dans le Lys de la médecine (Man. kébteu de la Hibl. <lu lloi% 11 ini, anciens fonds, f" 240 VCMO .

Le marchand , maître de la maison , n'eut pas plutôt appris que son ami était malade d'amour ,

]rnz;n navai ]n«rn doi nvbnn *iaW maiEnn na'n

« Ces remèdes calment les reins, la vessie, ainsi queles voies urinaires. » Et, dans le Livre des Expériences Médicales, (manusc. hébreu de l'Oratoire, no 141, fo 20recto) ; ïflWn DO Stt DHT1» O^nri'ï « l'eau descend dans la vessie. » Dans les Paralipomènes de Rabbi Abraham Bar SchemTôb (manusc. hébr., fonds de la Sorbonne,n°

m,f<>8recto) ; ^nwn mw byjrn&n Dob m» S>k -pp « La.

corne de cerf est bonne pour la vessie en cas de rétention d'urine. » Dans le Sentier de la Vie (manuscrit hébreu, ancien fonds, n° 410,

folio 29) ntnbnbi NDDiïD^n nunbnb nmiamK'is-iDm

<« Ce sont des remèdes excellents pour la faiblesse de 7nu?n DO » l'estomac et le relâchement de la vessie. » Dans Y Abrégé du Canon (manuscrit hébreu, fonds de la Sorbonne, n° 1 82 , folio 243 recto) ^ "invn DO »bn "1271!? HTl « C'est ici le chapitre relatif aux mala- » dies de la vessie», un peu plus loin on lit: •jrittfn DO DJOtël « En vérité, nSDian >31 H 117.1 13TU DipO ]0 «in IDÏpD » la vessie est située entre le poil de la nudité, c'est-à dire les parties » sexuelles, et l'orifice de l'anus.» (folio 246 verso). Et ailleurs1) i.nc jfl « La rate, les reins, la n'û^m D'ïOm ]ni!M DOI nvSsm » vessie, les œufs, c'est-à-dire les testicules, et la verge» (f°. 245 recto, colon. 2e). Ailleurs encore W)2n "pTPab nvbon m CI « Et la propriété des reins est de conduire "pUM DO "V C'TJHD » le fluide , depuis les vaisseaux jusqu'à la vessie ( folio 246 verso ). *

DHENOCH. 109

qu'il se présenta devant lui et lui demanda s'il se trouvait , dans son habitation , une femme qu'il aimât.

Et le marchand, qui était malade, lui répondit : — a Fais-moi voir , je te prie , toutes les personnes de la maison , et je te désignerai la passionnée de mon cœur '. »

L'Egyptien lui montra donc toutes les jeunes femmes, ainsi que toutes les chanteuses de sa maison , afin qu'il lui désignât celle qu'il choisirait. Il lui montra de même ses propres filles, mais le Babylonien ne fit aucun choix parmi elles , ni parmi les autres.

(1) Variante. Dans le manuscrit de Saint-Germain , le marchand malade tient à son ami un long discours pour lui dépeindre les souffrances que lui fait éprouver l'amour qui le consume. Et ce qu'il y a de passablement invraisemblable, c'est qu'il n'a jamais vu celle qui lui a inspiré cette grande passion.

« Quar nuit et jor du cucr la voi , » Du cuer la voi , noient de l'ucil » De loinz la voi , parlant m'endueil.

» Que est or ce? Tar Dieu ne sai ,

» Mais mnr la vis , mar l'accoinlai , >, Te sai 1res bien par lui morrai.

Or , il possédait dans son habitation une jeune vierge d'une beauté extraordinaire, qui avait grandi près de lui depuis toute petite, et dont il se proposait de faire sa femme \ 11 la lui montra pareillement.

A peine le négociant malade Peut-il aperçue , qu'il s'écria :

— C'est dans cette jeune fille-là que se trouvent réunies et ma vie et ma mort !

Aussitôt que le marchand , maître de la maison, eut entendu ces paroles, il la lui donna pour femme , outre la dot 2 et le présent qu'il devait lui faire comme dot des vierges.

(1) C'est une coutume fort répandue chez les Orientaux d'élever ainsi des jeunes filles d'un physique agréable , pour en faire plus tard leurs concubines ou leurs maîtresses , et, quelquefois , leurs épouses.

(2) ira mohar , douaire en argent ou en marchandises que le fiancé donnait à sa future ou au père de cette dernière. C'était aussi un usage établi chez les Grecs et plusieurs autres peuples de l'Antiquité (Voyez l'Iliade , livre IX , ligne 1 46 ; Potter, antiquités Grecques, livre IV, chap. II; Goguet's Origin of laws, vol. I, page 125). Le mot "ira P^aît être dérivé de ce qu'il facilitait et hâtait souvent le

d'hénoch. 1 1 1

Elle lui fut donc pour femme, et il s^en retourna

en paix avec elle, dans son pays, savoir : à Baby-

lone ".

Après ces choses , il s'écoula quelque temps :

la Fortune tourna contre le marchand égyptien :

il perdit tout son bien , et , voilà : il fut réduit à la

plus affreuse misère. Il dit alors dans son cœur :

mariage. Manou défend aux pères de recevoir des présents en mariant leurs filles. « Un père qui connait la loi ne doit pas recevoir la » la moindre gratification en mariant sa fille, car l'homme qui, par » cupidité , accepte une semblable gratification est considéré comme <• ayant vendu son enfant ( Manava Dharma Saslra , traduction de M. A. Loiseleur Deslongchamps , p. 80). (1) Le manuscrit de Saint-Gcrmain-des-Prés ajoute ce qui suit :

« Firent les noces richement , >• Assez i firent venir gent , » Assez i ot chanté de geste ; » Et moult i firent bêle feste.

» Chascun s'efforce à sa manière , » De faire ilucqucs bêle chiere. »

En général, le Trouvère français est plus prolixe que l'écrivain israëlite; il raconte ensuite qu'à son arrivée à Babylone , l'ami de l'Égyptien recommença les fêtes nuptiales et les prolongea pendant quinze jours*.

— « Je vais aller trouver mon fidèle ami \ le même pour lequel j'ai eu tant d'égards , le même que j'ai traité dans ma maison avec tant d'honneur et de distinction, le même, enfin, dont j'ai satisfait les désirs , et je supplierai devant sa face afin qu'il ait pitié de moi. »

Aussitôt , il prit la résolution de se rendre auprès de son ami, tel qu'il se trouvait, c'est-à-dire privé de vêtements , pieds-nus , et manquant de tout.

Quand il arriva à Babylone , il faisait nuit , et, comme il éprouvait une certaine honte à se présenter chez cet ami qui , peut-être , (à ce qu'il craignait) ne le reconnaîtrait pas, le rudoierait et le ferait chasser de sa maison lorsqu'il le verrait ainsi pauvre , ainsi malheureux , il préféra rester hors de la ville dans un Temple. Il se coucha donc là, et repassa tristement dans son esprit tout ce qui lui était arrivé.

En cet instant , voici : deux, hommes se prirent de querelle dans l'intérieur de la cité , et l'un d'eux tua son adversaire , puis s'enfuit et

d'henoch. 1 1 3

sortit de Babylone «. Bientôt après parurent un assez grand nombre d'individus qui avaient aussi franchi les portes pour voler à la poursuite de l'assassin. Dans leurs perquisitions, il s'approchèrent du Temple , aûn de voir si , par hasard, il avait cherché un refuge de ce côté 2 ; mais il

(1) Variante de la version en prose romane :

« Ainsy comme il estoit là dolens et pensifs , deux Ommes ac- » coururent prez du Temple où il estoit ell'un de ces deux occistl'aul- » tre, puis s'en fouy le murdrier coyement. »

(2) Moïse n'institua d'abord que trois villes de refuge, savoir -|i*3 Bètsér, dans le désert; nDtfl Râmôth, en Galaad et -rS"!} Golan en Bâschân (Deut. IV, 43). Plus tard, on y ajouta "p'Dn Hébrôn, 02X2 Sichem et ^"7p Kèdèsch (Josué, XX , 22). Le bénéfice du refuge semble destiné spécialement à l'homicide involontaire, mais on ne saurait affirmer si l'on ne pouvait pas l'étendre à l'homicide non prémédité ; car il devait être prouvé que le meurtrier n'avait aucune haine pour sa victime la veille ni l'avant-veille, cequi, selonla manière de parler des Hébreux , significprécédemment. Le cas irrémissible est celui dans lequel l'assassin, ennemi connu d'un autre individu, lui a dressé des embûches et lui a donné la mort. Moïse insiste tellement sur la préméditation , qu'il parait vouloir sauver l'homicide sponi.mé (23ûuer's fyfyvbud) fcer tjebrâifc^en ?ttter tourner , chap. III, paragr, '»2; Littérature des Hébreux, tome II, p. 253,

n'y trouvèrent que le pauvre marchand qui était seul et plongé dans l'amertume de ses pensées. Ils l'interrogèrent aussitôt :

— « Sais-tu , lui demandèrent-ils , qui a tué un homme? »

Et il leur répondit :

— « C'est moi ! »

Car il préférait la mort à la vie passée dans l'indigence et la douleur *.

Scolies de Rosenmuller, Deut. IV, 42. Hermeneutica sacra , Chap.I*r,Pentateuque; SSeifagen jur géologie fceg alten %e$ta~ m en t$ \ tomel, page 62).

(1) "OT en Hébreu signifie « être petit, être peu considéré; » mais, en Rabbinique, il se prend dans l'acception de « être chagrin, s'affliger, » et, comme substantif, il est l'équivalent de 2'^V douleur, affliction. C'est par ce dernier sens que j'ai cru devoir le rendre.

On lit le proverbe suivant dans les Contes de Bidpa'i "HON^

« Nos sages (que : nvayn \d mup abisn yx te 13>D3n

leur souvenir soit en bénédiction !) ont dit : Il n'y a rien de plus pénible au monde que la pauvreté » (Manuscrit hébreu de la Bibl. du Roi, no 510, f° 62) ; et ailleurs : yy SdS Tipn «in mWH «La pauvreté est la source de tous les chagrins ; : o»nn ITU1' » elle tranche même la vie » (folio 63) ; ailleurs encore : *ayn nam

d'hénoch, 1 1 5

Sur cette réponse , ils se saisirent de lui et le

jetèrent en prison » ; puis , dès que le matin fut

venu, ils le conduisirent devant les Juges, qui le

p bv nDru noa wnm dki pub bv2 ton 12V □**

«Voici: si un homme pauvre ouvre la nV3Vn 7D 2113 THOn » bouche on dit : c'est un bavard, et, s'il se tait, on dit : c'est un sot. » C'est pour cela, vraiment, que la mort est préférable à la pauvreté » (folio 64).

(1) mua mischmûr, du verbe «iot garder, c'est le latin eustodia et l'anglais custody. Les mots /yian ]-|>3. ,1ADD "UD> etc. «>S3 ,«Sd «rnDWa n>3, .TlDn n>3 semblent indiquer que les Hébreux distinguaient plusieurs modes d'incarcération. La prison dont il est ici question répond à celle que nous appcllions autrefois chartre et que nous nommons vulgairement aujourd'hui violon. Nous disons cependant encore « tenir quelqu'un en chartre privée ».

Moïse n'a point compris la détention au nombre des peines qu'il prescrit dans sa Loi , bien qu'il l'eût connue en Egypte. Deux cas d'écrou seulement sont rapportés au XXIVe chap. du Lévilique et au XVe des Nombres ; mais il est à remarquer qu'ils n'ont point eu lieu sur son ordre. Dans la suite, les Israélites firent une application fréquente de ce châtiment, c'est du moins ce qui résulte des passages suivants: JérémieXX, 2. XXIX, 20; Esdras VII, 2G ; Actes des Ap. V, 18. Quelquefois, les prisonniers étaient enchaînés (2. Samuel III , 34 ; Psaumes CV, 18; Actes, IX, 2. XII, 4). On ne leur donnait ordinairement que du pain et de l'eau (1. Rois XXII, 27).

condamnèrent à mourir suspendu à la potence K

(1) Variantes. On lit dans le texte latin :

« At illi injecerunt manus ineum, atqueligatum secum adcrucem traxerunt.

Et , dans la version en prose romane du XVe siècle :

« Les juges jetterent les mains a lui, si lui loyerent les mains et » le menèrent au gibet. »

Le texte en vers romans du XIIe siècle porte :

» Jugiez fu , quar nel' volt deffendre, » Et as forches fu menez pendre.

Les Thalmudistes distinguent quatre sortes de peines capitales T savoir: nb>pD la lapidation, n3>1U la combustion , y\r\ la mort par le glaive, et psn la strangulation. Les supplices en usage chez les Hébreux étaient la pendaison, la mort par le glaive, et, surtout, la lapidation. Pour la peine du gibet, la formule consacrée était S y nbn nyn « suspendre ou attacher au bois » (Josué , VIII , 29). Dans quelques traductions de la Bible, on lit : « attacher à la croix » mais il me semble que c'est une erreur, car le supplice de la Croix fût , comme on sait, introduit en Palestine par les Romains et demeura toujours étranger à la législation judaïque. Tacite l'appelle servile supplicium (Lib. IV. cap. 2). En effet, on le faisait subir principalement aux esclaves qui avaient abandonné la maison de leur maître ou qui s'étaient révoltés à main armée {Tite-Live, lib. XXII, cap. 33, et lib. XXXIII, cap. 36; Denis d'Halicarnasse, Ant. rom. Lib. V, cap. 7).

d'hénoch. 117

Or, comme on le menait au supplice, une foule immense sortit de la ville pour assister à l'exécution de la sentence rendue par le Tribunal.

Moïse ordonnait de mener hors du camp le criminel qui devait être lapidé (Lévit. chap. XXIV), et c'est de là, sans doute, qu'est venue la coutume d'exécuter les condamnés hors des villes. Lorsqu'on les conduisait à la mort , un archer marchait devant et criait : « Un tel va » être lapidé pour tel crime; il est accusé par tels témoins; si quel- » qu'un peut démontrer son innocence , qu'il approche! »

A huit pas environ du lieu du supplice, on engageait le coupable à avouer son crime. Lorsqu'il était plus près, on le dépouillait de ses habits.

De quel genre de mort qu'on dût le faire mourir, on lui présentait, selon ce que rapporte le Thalmud de Jérusalem, du vin dans lequel on avait mis de l'encens pour l'étourdir et l'enivrer.

C'était toujours avant le coucher du soleil que l'exécution avait lieu et la loi ordonnait que l'on ensevelit le corps le même jour.

L'endroit où on lapidait était élevé d'environ dix à douze pieds. L'un des témoins renversait le patient sur le dos ; s'il se retournait sur le ventre, on le remettait dans sa première posture; s'il ne mourrait pas immédiatement, un autre témoin prenait une pierre et la lui jeltait sur le cœur; si enfin il n'expirait point après avoir enduré ce dernier tourment, tout le peuple le lapidait (Mischna Sanhéd. 6, 4).

Quelquefois on précipitâmes criminels de telle manière qu'il se frois-

Et , parmi les spectateurs , se trouvait le marchand , ami de l'Egyptien , le même que celui-ci, mu par son affection , élait venu voir à Babylone.

Et ce marchand l'aperçut , il le reconnut , mal-

saient contre une pierre aiguë , et, s'ils ne se tuaient pas, on leur en jettait une autre pour les écraser. C'est sans doute à cette coutume que N. S. fait allusion dans le XXIe chap. de Saint-Mathieu (verset 44.), lorsqu'il dit : K«l o ttsuwv èm tbv Xîdov toutov, ayv0Aaa0>j<7STar If âv V «v 7T£<7vî, lu/xriasi ecÙTov (Conférez Saint-Luc XX, 18, et Isa'ie VIII, 15. Voyez aussi mon Cours de langue hébraïque, IXe leçon, p. 20). Le carquois ne parait avoir été nommé en hébreu >bn théli de la racine nSn attacher, pendre, que parce que les anciens guerriers le portaient suspendu à leur ceinture. C'est sans doute par une raison analogue que les Rabbins ont employé le même mot pour désigner le Dragon céleste qui semble effectivement suspendu entre la grande et la petite Ourse. Aben Esraet David Kimchi s'en sont servi dans ce dernier sens ; l'auteur du Roman de Sendâbâr a suivi leur exemple

visd Sd wn>p:a nroi "moa nnra bvn iS rm "maoi

« Et Sendâbâr construisit : >bnm 0033.11 JTlbîQn im ppm » pour le jeune Prince un palais sur une montagne située au milieu » d'un désert. Et, sur les murailles de ce palais, il écrivit tous les livres » qu'il avait composés, et , sur la terrasse , il grava les planètes, les » étoiles ainsi que le Dragon céleste » ( Manuscrit hébreu de la Bibliothèque Royale , n° 510 , introduction folio 5).

dhénoch. 119

gré le changement que la misère avait opéré dans toute sa personne. Aussitôt , il dit en son cœur, que, bien certainement, l'homme qui passait ainsi devant lui pour aller à la mort, devait être son ami d'Egypte ; il se ressouvint , en cet instant solennel , de tous les bienfaits dont il l'avait comblé , et il sentit qu'il ne pourrait jamais lui rétribuer sa récompense.

Il dit donc aux Juges1 :

(1) La Loi mosaïque défend aux juges 1° de recevoir aucune espèce de présent (Exode, XXIII, 8;; et, 2°, d'agir avec partialité (Exode, XXIII, 6). Du temps de N. S. chaque Yille avait encore ses juges qu'on appelait kjmvkI, a axerai ou Afgov-res (Luc. XII, 58. Math. \, 25). Ils siégeaient ordinairement aux Portes , et leurs séances étaient par conséquent publiques. On distinguait alors, sous le nom générique de tri HO » deux Consistoires ou Assemblées composées de notables israélites appelés quelquefois O^na, fbV2 « pères de famille». Les membres de la première mJlQD >3H connaissaient des matières civiles et des délits correctionnels qui n'entraînaient point la peine de mort, mais seulement l'amende ou la prison ; et ceux de l'autre , des matières criminelles. Ces derniers étaient nommés rnWD3 >3H (juges des âmes). Les deux assemblées étaient distinguées par les titres de grand et de petit Sanhédrin

nbna ^mnao et n:op jmnao, du grec Buty** Le grand

— « Pourquoi avez-vous condamné ce malheureux ? il n'a point mérité la mort ; et où le

Sanhédrin , dont le siège était à Jérusalem, comptait soixante-onze membres , ainsi qu'il est dit dans la Mischna : nblTA 11TTÎ13D (Traité Sanhédrin, chap. I , v. 6). Le : fnNT D>3DU bv niVî! président portait le titre de WV7J Naçy> ou de rn>UM V7tf") Rôsch hayeschibâh « Chef de l'Assemblée. » Sous la domination des Romains, les tribunaux juifs ne possédaient qu'un pouvoir fort limité. Le petit Sanhédrin était composé tantôt de vingt-trois membres et tantôt de trois seulement. Dans le premier cas, on l'appelait rVH nublUI D^IOT bv VI et> danslesecond, .n^bw bv VI n»3 L'accusateur était toujours à la droite du coupable dans les tribunaux israëlites.

Pour qu'une bourgade possédât un tribunal de vingt-trois membres , il fallait qu'elle eût au moins cent vingt habitants. Cependant Flavius Joséphe dit qu'il n'y avait que sept juges dans chaque ville ou grande bourgade, ce qui embarrasse extrêmement les Interprètes. Il y en a qui pensent que l'assertion de Josèphe doit s'entendre des sept premiers juges qui étaient les pluséminents et dont les autres n'étaient que les Assesseurs.

Plusieurs Rabbins prétendent qu'il y avait à Jérusalem deux tribunaux composés de vingt-trois membres , l'un à l'entrée de la montagne du Temple, l'autre à la porte du vestibule, et que c'était dans leur sein que l'on choisissait les juges du grand Sanhédrin. Ce grand Sanhédrin était appelé la chambre de pierre parce que le vestibule

conduisez-vous? car ce n'est point lui qui a porté les mains sur l'homme que vous voulez venger , puisque c'est moi seul qui l'ai tué.»

Quand (les exécuteurs) eurent entendu ce discours , ils s'emparèrent du Babylonien , le garottèrent au lieu où il se trouvait, et le conduisirent à la potence '•

des prêlres était entièrement revêtu de larges dalles. Les juges siégeaient en demi-cercle de telle manière que la moitié d'entre eux se trouvait dans le vestibule des prêtres et l'autre moitié dans le vestibule d'Israël. De cette manière chaque membre prenait place suivant le caractère dont il était revêtu, les ecclésiastiques dans le vestibule sacerdotal , les laïques dans le vestibule du peuple. Le président était assis au milieu de la salle.

Les criminels étaient condamnés ù mort dans le Temple, mais ils étaient exécutés ailleurs.

L'illustre Rambam (Maïmonides) dit que ceux qui croient sincèrement à la loi de Moïse doivent pareillement ajouter foi pleine et entière aux décisions du Sanhédrin; mais Flavius Josèphe met une restriction à cette déférence aveugle lorsqu'il est constant que les juges se sont laissé corrompre ou qu'on peut les convaincre de l'iniquité de leur jugement.

(1 ) Le texte ne parle pas de bourreaux; il porte seulement in "HDNH « Kt ils le lièrent dans son lieu et îwyn Sa ini3>Svi IDipDS

Or , le véritable assassin était parmi la foule , mais on ne le reconnaissait point. Voici : il jeta un regard sur sa conduite passée , il réfléchit sur ce qu'il avait fait , puis il dit en son cœur :

— « Quoi ! parce que j'ai tué un de mes semblables , cet innocent , qui n'a point versé son

« le conduisirent au poteau »-, mais il serait absurde d'appliquer ces deux verbes aux Juges. Dans l'imitation hébraïque qui a été faite par Jacob Eichenbaum, d*1333T3»N 2'DT de la ballade si pathétique de Schillerintitulée : £)je Q5ûrgfcfcûft, le principal exécuteur est nommé Car hattabâkhim Q*n3ian 1M7 «prince des égorgeurs» comme dans Gen. XXXIX, 1 . Le passage où se trouve ce mot offre quelque ressemblance avec notre texte, c'est celui où Mœros arrive assez à temps pour empêcher le supplice de son ami qu'il avait laissé en otage à Denis-le-Tyran :

«pian kuSd *o nnmjrn ]>3

*pn : DTOttn nwb anpn

>anma rar\ rpi anïn ba

: riiri >aan nsn 3"«r $w\

« Et, à travers les assistants , il se précipite comme un lion qui dé- » chire sa proie, puis crie au Prince des Égorgeurs : Arrête ! ne tue » point l'innocent ! mais , oh ! fais-moi mourir, car il est caution pour » moi. Me voici! me voici !! » [ri'î'DÏ SlP Kôl simrâh, page 83).

dhÉnoch. 1 23 sang, sera puni, sera pendu; tandis que moi, coupable, j'échapperai à la mort que j'ai méritée Cet événement est assurément suscité

par Dieu même. Quoiqu'il en soit, que le Nom ( de l'Éternel) soit loué et exalté ! car notre Maître est le juste par excellence, il n'existe aucune iniquité dans ses voies , et , certainement , il n'absoudra point le méchant. C'est pour cela que j'appréhende que le Seigneur ne m'amène à une mort * plus cruelle que celle-ci. Ainsi donc je confesserai mon crime et je mourrai maintenant; mais je serai pardonné et j'aurai arraché cet innocent au supplice qui l'attend. » Aussitôt après avoir terminé ces réflexions ,

(0 nn>Q mithâh, mort. Dans le Thalmud et les écrits rabbiniques, niVD 3>*n hhaieb mithah correspond aux formules bibliques T\M2 \Z ben maveth et niQ 1D2U7D ib M misckpath maveth. On lit dans le D*3TT»37 H Gan Idoûnim .-Jardin des délices ( Cet ouvrage fait partie du fonds hébreu de la bibliothèque bodleïennc d'Oxford ) : nn>D 2»n "(San Kfgh 7pW 1D1XH « Celui qui profère un mensonge devant le Pioi est digne de mort» Folio 7 recto .

le Meurtrier se présenta devant les Juges, et leur cria de toute la force de sa voix * :

— « O vous, les Maîtres de la droiture et de l'intégrité l ne commettez aucune injustice dans l'arrêt que vous avez prononcé , et que l'innocent ne soit point mis à mort à la place du coupable !

«Sachez, en vérité, qu'aucun de ces deux hommes n'a tué l'individu qu'on a trouvé assassiné. Effectivement , le meurtrier n'est nullement celui qui, le premier , vous a dit qu'il était l'auteur du crime; car il préfère peut-être la mort à la vie.

<f Et ce n'est pas non plus celui qui vous a prié de laisser vivre ce malheureux, en vous affirmant que lui seul était l'assassin ; car 2 il n'a sans doute

(1) fartantes. Dans le texte latin et la version en prose romane, le discours que le meurtrier adresse aux juges n'est pas aussi étendu que dans le texte hébreu ; il se borne en effet à ces seules paroles :

« Objecitque se in periculo dicens : Me, me qui feci, istum dimittite » innoxium !» — « Ainsy se mist en péril et dist : Je suis cellui qui » tuay l'omme , lessiez ceux ci qui n'y ont coulpes. »

(2) Le mot nSk que j'ai été obligé de rendre ici par « car » est rabbinique et signifie proprement « mais, hormis, si ce n'est » ; il a le

d'hénoch. 1 25

parlé ainsi que pour le sauver , parce qu'il l'aime tendrement , et que son âme est étroitement liée à l'âme de son ami '-

«Ainsi donc, Seigneurs, je vous en supplie, relâchez aussi cet homme, et que le juste ne soit point condamné au supplice que j'ai mérité, puisque je suis le seul , le véritable coupable. Il vaut bien

même sens en Arabe et en Syriaque. LernSTSTOfl "inyO Ma'arich hamma arachôth en donne la définition suivante sous la racine SSx aîleh >3 1Q3 njCC ymSv\ ^H1 «b DN VDD abtf « Le mot «Su est synonyme de : ^n 1723 ,131.11 pi 1K DM » sinon et de cependant. Dans le style de la Mischna il équivaut » à si ce n'est ou à seulement, et il est fréquemment usité dans « l'acception de surtout. »

J'ajouterai qu'il correspond au mot anglais but , dans sa double acception {mais et que). Ainsi, on lit dans un Traité philosophique ■.

bbvon moipD rroSun ab»s an^a vrv ab nubu

« Il y a trois personnes qu'on HlxnnîWa ^S« JTtt' «S "DUTTl »> reconnaît seulement en trois occasions : Onnereconnaîtlesagequ'à » l'heure de sa colère, le brave qu'au combat et le compagnon qu'à » l'heure de la détresse» (Manuscrit hébreu de la Bibliothèque du Roi, ip24,f°205 verso).

(1) Expression tirée de Gen. XLIV , verset 30. ctdel. Samuel, rhap. XX, verset 17.

mieux que je subisse le châtiment dû à mon crime , que j'expire dans ce monde , et que je ne meure point dans le monde qui est à venir1 ! »

(1) Les Persans, comme les écrivains israélites, appellent le monde dans lequel nous vivons ,y fl ^- >* M in djihan (ce mondeci), et nomment celui qui est à venir /y fl -*- ,\\ an djihan

(ce monde-là). Quand ils veulent parler à la fois de l'un et de l'autre , ils les désignent par les mots dou djihan (deux mondes).

Quelquefois, ils nomment la vie future O'p-t akhirat , et très

souvent \\9 fc )\ 6» khanèh ferda (le logis du lendemain).

On a long-temps mis en doute si les Hébreux croyaient à l'immortalité de l'âme. M. Munk a savamment discuté cette question dans le tome IVe de la nouvelle traduction de la Bible de M. Cahen [Nombres) et il reste peu de chose à dire après lui. De tous les passages de l'Écriture sainte où il est fait allusion à une existence future, l'un des plus significatifs est assurément le 7e verset du XIIe chapitre de VEcclêsiaste 2W\

: nana nw n>nban Sa mwn mnm n>TOD ywn bjr nssrn

« La poudre retourne à la terre comme elle y était, mais l'esprit re- » tourne à Dieu qui l'a donné. » L'illustre Moïse benMaïmoûn dit que la croyance à la résurrection des morts forme une partie intégrante de la Loi et que c'est se séparer du judaïsme que de ne pas y croire. En effet, les allusions à la vie future abondent dans les écrits des Rab-

d'hénoch. 127

Quand les Exécuteurs eurent entendu ces paroles , ils laissèrent aller le marchand , s'emparè-

bins, et, pour en citer quelques-unes, on n'a que l'embarras du cboix. Les Thalmudistes ont condamné le suicide de cette manière T3NH » Celui qui se détruit n'aura : *un dSto pbn lb VN 1DÏ2T «point part au monde qui est à venir. » m^n nniNli « Quand tu vois ; *on oblSTn nnN TVOn ÏW1 ûbTWI Win » chacun désirer ce monde-ci, toi désire le monde qui est à venir ! » D>SlDlVsn l'iDlO Enseignements des Philosophes (chap. XII. Manuscrit hébr. de la Bibl. du Roi, n° 24). riTH dSiVH ha'olam hazzeh (ce monde-ci) répond au persan »Lû3» v)l

tn djihan. On lit dans les Contes de Bidpaï : -ib 12 TOI

« ii vaut : ssn nbiyb "\^V2 -jbnwn abiyn ma ^bm^u;

» bien mieux pour toi qu'on te rende la pareille dans ce monde que » si tu t'en allais chargé de ton iniquité dans le monde à venir » (Manuscrit hébr. de la Bibl. du Roi , n° 510, folio 43). Un peu plus loin on trouve une phrase semblable à celle de notre conte: » Je confesserai mon : obiyn mo PI13 NÏEN1 fiVJ înintO « crime et je trouverai le repos hors de ce monde» (folio 44). Et ailleurs :

ib yx bDU ib "ptf >ai bsv; ib ]»« "nzny ib ]n* >m

» Tout homme qui n'a point : *on obiyn ttbl nffl ubvjn » de fortune est réputé sans esprit; or, quiconque est dépourvu » d'esprit, ne possédera ni ce monde-ci, ni le monde futur » (folio 61). C'est l'opposé de la maxime évangélique : Mcoukpiol ci -nTuxoï tû 7:v!Ù//«Ti , c-ci stOrfis éffriv ô ^aaueîa tôîv ovpw&v, «Heureux les pauvres

rent de l'assassin , le lièrent , le conduisirent à la potence, puis l'y suspendirent *.

» d'esprit car le royaume des Cieux est à eux! » {Math. V, 3.) Citons enfin , pour terminer cette longue note , la bénédiction qui , dans les compositions rabbiniques , précède ordinairement le nom de quelque pieux personnage : 'rthï pour jàan obïtfn »nb îaTDÏ « Que » son souvenir subsiste jusqu'à la vie du monde à venir ! » c'est-àdire éternellement.

(i) LeMan. de Si-Germain^* 1830, offre ici une variante remarquable. Les juges embarrassés et ne sachant comment connaître la vérité, conduisent les trois prévenus devant le Roi. Celui-ci leur promet grâce complète à condition qu'ils lui avoueront sincèrement les faits. Il apprend alors les diverses particularités qu'on a lues, et, charmé du rare dévouement des deux amis, ainsi que du repentir sincère de l'assassin, il ordonne qu'on les mette en liberté sur l'heure. Ce dénouement, conforme à la douceur de nos mœurs , diffère complètement de celui qu'a tracé l'auteur asiatique.

Le texte latin porte : « Judices autem non parum admirantes , » hune, alio a morte absoluto, ligaverunt, jamque de judicio du- » bitantes , hune cum reliquis prius liberatis, ante regem adduxe- » runt, eique omnia ex ordine referentes, ipsum etiam haesitare com- » pulerunt. Communi itaque consilio rex eis omne crimen quod sibi » imposuerant condonavit , eo tamen pacto ut criminis sibi impositi » causas patefacerent. At illi rei veritatem ei exposuerunt ; communi » autem consensu omnibus absolulis , indigena qui pro amico mori

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Après ces choses , le négociant de Babylone emmena chez lui son fidèle ami ; il lui donna des robes d'honneur, et, lorsqu'il l'eût magnifiquement habillé, il l'interrogea sur ce qui lui était arrivé depuis le moment de leur séparation.

Alors l'Egyptien lui raconla ses aventures dans le plus grand détail.

Quand il eut terminé son récit, le marchand le combla de marques de distinction , et , après l'avoir établi pour seigneur et pour maître sur sa maison entière , voici : il remit entre ses mains fout ce qu'il possédait.

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