‹ Le livre d'heures de l'amourChapitre 12 sur 97 · LOU'BLI · texte numérisé non relu

LOU'BLI

TES bras ! ouvre tes bras tout grands, que je me plonge Dans ton sein, que je sois perdu comme en un songe Dans l'attrait de ta chair divine où le sang bout, Dans la vie expirante et dans l'oubli de tout ! Ouvre tes bras! Je sens que rien ne m'aime au monde! Et que la volupté seule est assez profonde Pour que mon cœur s'abîme et, las de ses mépris. Puisse enfin ne plus voir l'homme — qu'il a compris! La face de la haine obsède ma prunelle; La grande humanité, qui n'est pas fraternelle. M'a fait peur, et j'ai fui; mais j'emporte en tous lieux La vision cruelle et fixe dans mes yeux ; Ouvre tes bras tout grands, ô femme! et les replie, Te dis-je, sur mon être entier, pour que j'oublie, Et qu'au fond de mes yeux tristes où l'on peut voir Des spectres de pitié, d'horreur, de désespoir. Vie et mort, trahisons, deuils, amitiés blessées. Toutes ces ombres soient lentement effacées, Comme des rêves noirs que submerge le jour, Dans l'extase que fait aux yeux monter l'amour!

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