‹ Le livre d'heures de l'amourChapitre 16 sur 97 · MON PAUVRE CHEVAL ^Ç · texte numérisé non relu

MON PAUVRE CHEVAL ^Ç

éMOU^ TqAUV\E CHEVcAL

ON pauvre cheval, tournant vers son maître, A demi,

Un œil de reproche: « Ahl je devais être Ton ami !

« Tu m'avais promis la bonne litière

Tout en fleurs, Du repos souvent... et ma vie entière

Est douleurs!

« Ta rude cravache, horrible couleuvre,

Sur mon flanc Que la sueur baigne, est toujours à l'œuvre

Et sifflant 1

« Le mors, par à-coups, me mâche et me broie,.

Dent de fer.

Et ton éperon fouille, oiseau de proie,

Dans ma chair!

« Et toujours je vais, au g^lop, sans halte!...

Dis, pourquoi?

Pitié!.. . Quel est donc le vœu qui t'exalte?

J'en meurs, moi! »

— « Demande pitié, répondis-je, à celle

Dont je meurs!

Et qui n'entend pas, froidement cruelle,

Mes clameurs!

« C'est elle qui fait, faisant ma souffrance,

Ton tourment...

J'ai poussé vers elle un cri d'espérance :

Vainement!

« Je crie aussi, moi, ma douleur, ma rage,

Ma rancoeur.

Et j'entends siffler un serpent sauvage

Dans mon cœur!

« Je sens dans ma bouche un frein qui me ronge;

La Beauté, De son éperon, qui dans les cœurs plonge,

M'a dompté.

« T'épargner? rester maître de moi-même?

Je ne puis:

Je suis au destin. Mon cœur saigne: j'aime,

Et je fuis!

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