MON PAUVRE CHEVAL ^Ç
éMOU^ TqAUV\E CHEVcAL
ON pauvre cheval, tournant vers son maître, A demi,
Un œil de reproche: « Ahl je devais être Ton ami !
« Tu m'avais promis la bonne litière
Tout en fleurs, Du repos souvent... et ma vie entière
Est douleurs!
« Ta rude cravache, horrible couleuvre,
Sur mon flanc Que la sueur baigne, est toujours à l'œuvre
Et sifflant 1
« Le mors, par à-coups, me mâche et me broie,.
Dent de fer.
Et ton éperon fouille, oiseau de proie,
Dans ma chair!
« Et toujours je vais, au g^lop, sans halte!...
Dis, pourquoi?
Pitié!.. . Quel est donc le vœu qui t'exalte?
J'en meurs, moi! »
— « Demande pitié, répondis-je, à celle
Dont je meurs!
Et qui n'entend pas, froidement cruelle,
Mes clameurs!
« C'est elle qui fait, faisant ma souffrance,
Ton tourment...
J'ai poussé vers elle un cri d'espérance :
Vainement!
« Je crie aussi, moi, ma douleur, ma rage,
Ma rancoeur.
Et j'entends siffler un serpent sauvage
Dans mon cœur!
« Je sens dans ma bouche un frein qui me ronge;
La Beauté, De son éperon, qui dans les cœurs plonge,
M'a dompté.
« T'épargner? rester maître de moi-même?
Je ne puis:
Je suis au destin. Mon cœur saigne: j'aime,
Et je fuis!