LA PATRICIENNE
Lc4 TcAT^ICIEC^^E
Qu'elle est belle ! » se dit jour et nuit, nuit et jour, Pauvre, obscur, l'amoureux de la patricienne, Qui, jeune çt veuve, riche et de race ancienne, Décourage à la fois et rend hardi l'amour.
Lui n'est rien, qu'un artiste. — Un peu de renommée. C'est le seul bien qu'il ait à lui sous le soleil; Son nom? Jacques. — Comment, avec un nom pareil, Regarder seulement si haute bien-aimée?
N'a-t-elle pas, autour de son cheval pur sang, Amazone à l'œil froid, dédaigneusement belle. Un escadron d'amants, qui, sur un signe d'elle, Osent tout?... Son amour à lui? C'est offensant!
... Il songe à Charles-Quint, — l'histoire est trop connue, Ramassant le pinceau du Titien vieillard Dont le fils devait voir, amoureuse pour l'art, La Béatrix poser devant lui toute nue.
Ces temps sont loin. — D'ailleurs^ est-il célèbre > — Non. Le charme de sa gloire est un air d'espérance; Peut-être sera-t-il un jour un nom de France, Mais pour l'heure il n'est pas. — Son nom est un prénom.
Pourtant plus d'une fois elle a daigné sourire A des mots qu'il a dits, à des vers qu'il a faits, Quand tout son escadron de cavaliers parfaits Souvent la laisse triste et n'a rien à lui dire.
Or, un soir qu'au jardin lentement obscurci,
Dans l'odeur des lilas il est assis près d'elle.
Troublé, — malgré lui-même, il ose... «Enfin! » dit-elle.
Et dans un long baiser, elle ajouta: « Merci! »
lachevauchée 47
Loi CHEVAUCHÉE
MON amazone chevauche, En silence, sous le bois, Au pas; elle est à ma gauche :
Les cœurs se parlent sans voix.
Nos chevaux vont côte à côte, Tête à tête, d'un pas sûr; Comme la futaie est haute I On dirait un temple obscur.
Les cœurs y scMit pris de crainte!
A peine un rayon, là-bas.
L'acier des gourmettes tinte; Le sabot ne s'entend pas.
« Un temps de galop, dit-elle, Pour sortir d'ici plus tôtl »
Troublée, elle était si belle, Que je ne pus dire un mot.
Mon braSj sur sa taille souple, S'alla poser frémissant.
C'était un superbe couple Que nos arabes pur sang!
Ils marchaient très bien d'ensemble, Leurs naseaux se rapprochant...
« Regarde, lui dis-je, il semble Qu'ils se baisent en marchant. »
J'attirai la cavalière, Qui mit son bras à mon cou, Et j'eus la peur singulière D'être arraché tout à coup!
Oui, nous rapprochions nos têtes, Avec des frissons nouveaux!
Dame!... un caprice des bêtes...
Un effroi d'un des chevaux!...
Mais ils marchent côte à côte, Tête à tête, d'un pas sûr.
Comme la futaie est haute!
On dirait un temple obscur!
O forêt! ombres 1 silence!...
Son cheval touchant le mien.
Leur pas cadencé balance Un bonheur aérien!
LACHEVAUCHÉE 49
Que sent le nid sur la branche, Bercé dans le bleu de l'air?
Ou, parmi Técume blanche.
Le goéland sur la mer?
Que sentait, aux anciens âges, Le centaure à larges pas, Prêt à fuir, en bonds sauvages, Une nymphe entre ses bras!
LE HOSSIG^OL
EN ce temps-làj le rossignol N'avait rien d'heureux — que le vol, Rien d'humain que les yeux, et de divin que l'aile Le rossignol ne chantait pas; Son cœur était triste tout bas, En silence il était fidèle.
Le rossignol était muet; La vie en son cœur affluait, Mais gonflait d'efforts vains sa gorge frémissante; 11 sentait comme une aile en lui Se replier, lourde d'ennui...
11 sentait... comme une âme absente!
Et le rossignol se mourait D'un grand désir, d'un grand regret:
Il aspirait au chant, — oubli des plumes roses 1 Et n'ayant qu'une âme d'oiseau, 11 portait envie au roseau.
D'où sort l'humble plainte des choses.
LEROSSIGNOL 5"!
De l'envie, il ne dormait pas!...
Une nuit qu'il était très las.
Dans un jardin royal, à travers mille brancheS; Il vit venir un papillon.
Pâle, — comme un pâle rayon Des lointaines étoiles blanches.
Ce papillon, fils de Psyché, Peu à peu s'étant rapproché.
Dans son bec délicat il le prit avec joie... Oh! le divin papillon blanc!
Un moment il le tint tremblant, Puis se réjouit de sa proie.
Or, c'était l'âme d'une enfant, La fille d'un roi triomphant, Morte en aimant celui dont elle était aimée. Et qui, dans le parc endormi, Venait, autour de son ami, Errer sous la nuit embaumée !
Le rossignol, depuis ce temps.
Toute la nuit, tous les printemps, S'exalte en cris d'amour, à tû-tête, à voix pleine! Il dit comme l'amour est fort.
Plus que la vie et que la mort...
Il chante avec une âme humaine!
ÈC%JT SUT{ U^Ni ÉVEi\^rc4IL
L'amour en aucun temps ne fut un dieu caché- C'est l'ainour en tout temps qui cherche à voir Psyché, Et, malgré les anciens, voici leur vraie histoire... Je la tiens de l'amour lui-même : on peut y croire.
L'Amour aima Psyché. — Tandis qu'elle dormait. Epiant le sommeil de celle qu'il aimait, 11 la vit un moment, la sublime inconnue, La tête sur un bras replié, chaste et nue, Et, comme il inclinait sa lampe, tout tremblant, La lampe répandit un peu d'huile, or brûlant. Et prompte à s'éveiller, l'adorable immortelle. Ses yeux s'ouvrant à peine, ouvrit aussi son aile, Et plus jamais l'Amour n'a revu ni touché L'àme aux ailes d'azur, le papillon Psyché.
Depuis lors il la cherche, en doutant qu'elle existe. Et c'est pourquoi souvent il apparaît si triste!
Or écoutez ce trait du grand enfant, l'Amour: Dans les sentiers d'avril se promenant un jour,